Comme chaque année, le Président de la République s’est livré à l’exercice des veux. C’était une première pour François Hollande, le président du « changement ». Qu’ont pu penser les Français de ces quelque huit minutes, une durée assez courte eu égard à la conjoncture ? Analyse lucide et… pleine d’espoir.

En ouverture, François Hollande recourt à une posture de meeting. Debout derrière un pupitre en évidence, le cadre se resserre vite pour gommer cette exposition de tribun au profit d’un centrage sur un portrait régalien. Ce mouvement de transition entre le candidat et le président en exercice s’accompagne de l’image de celui qui se tient debout face à la tempête. La posture ne faisant pas tout, venons-en au discours, disponible en intégralité sur le site de l’Elysée comme au pied de cet article.

Fidèle au style administratif français, François Hollande contextualise son discours en rappelant que le pays est en crise sur fond de dette et de chômage qui plombent la situation : bref, les Français sont inquiets. Le choix des deux thèmes « travail » et « dette » étant quasi obligatoires : l’un fait écho à la vie pratique des Français, l’autre est agité par les médias et les politiciens comme un épouvantail qui ferait office de prurit communicationnel.

Dans cette veine, François Hollande poursuit par la sauvegarde de la Zone Euro. Il convoque un mécanisme de stabilité inédit censé avoir tout réglé. Étant donné qu’il critiquait ce mécanisme avant son élection, il prend soin de ne pas citer son nom en lui préférant la locution d’« instruments de stabilité et de croissance ». Des instruments qui sont pourtant loin d’avoir encore prouvé leur efficacité à en croire le silence entretenu autour des mesures appliquées en Italie, Grande-Bretagne, Portugal et Grèce, voire les signaux réservés envoyés par l’économie allemande pour 2013.

Alors faute de preuve, il reste… la « confiance ». L’emploi de ce terme est utilisé à destination de deux catégories : la première, les entrepreneurs ; la seconde, les salariés. Ainsi mis en ordre en confiance par son président,  le pays a le « devoir » d’avancer tandis que la jeunesse retrouvera « espoir ». « Avancer », c’est « l’avenir », et la jeunesse, c’est l’avenir d’une Nation. L’avenir, c’est donc le contraire de « reculer » ou « stagner », situation que connaissent en pratique les jeunes avec le chômage. Reste que cette habituelle rhétorique des politiciens français, qui à tout crin « mise sur la jeunesse » afin de rassurer les parents inquiets, exclut nombre de personnes qui ne se retrouvent que peu ou prou dans cette triple catégorisation bien générale. Les salariés précaires, à la tâche, intérimaires, les chômeurs de longue durée tous âges confondus, les seniors qui ne seront cités par François Hollande que bien tard dans son discours, etc.

Afin de se prémunir contre les critiques, le président utilise la première personne du singulier en l’associant à celle du premier ministre. Je-Ayrault-gouvernement a pris trois décisions.

Primo, le rétablissement des comptes publics. Des mesures sont censées régler le problème. La dette justifie des efforts des Français en rappelant que l’État serait économe. Certes, mais comment et en quel sens « économe » ? Hélas, aucun exemple ne vient étayer ce dernier point. Silence. Pourtant les voies sont nombreuses : de l’appauvrissement du pouvoir d’achat de la classe moyenne par la pression fiscale à la réduction de la pléthore de missions, expertises et sinécures grassement payées à l’instar du train de vie des élus et hauts-fonctionnaires de l’État en passant par l’instauration d’une Cour des comptes dont les rapports seraient enfin contraignants, l’éventail est large. Il est aussi large que la différence entre « économe » et « efficace ».

Deuxio, le « pacte de compétitivité ». Ce fameux pacte qui est servi et resservi. Ici, le plat est réchauffé par un maigre crédit d’impôt de 20 milliards d’euros pour les seules entreprises. (On remarquera l’absence de distinction entre grandes et petites entreprises, alors que la France postcolbertiste souffre d’un mal profond : la trop importante dépendance des PME aux grands donneurs d’ordres). Ce crédit d’impôt doit permettre d’embaucher, d’investir et d’exporter – tout cela dès 2013. L’ordre des termes pose question  : combien d’entreprises sont-elles capables d’embaucher avant d’avoir investi et vendu des biens ?

Tertio, la « maîtrise de la finance » passe par trois outils en cours de création ou à venir. « La Banque publique d’investissement doit permettre aux entreprises d’investir. » Si l’idée en soi est bonne, elle pose la question de l’efficacité des deux principales institutions qu’elle est censée regrouper : Oséo et la Caisse des Dépôts et Consignations. Quand on sait les nébuleuses que sont ces caisses, peut-être conviendrait-il de les soumettre à audit pour les optimiser avant d’envisager de les fusionner ? (Une mesure qui participerait certainement à rendre l’État plus économe et efficace.) Quant à la nouvelle loi bancaire, elle doit éviter la spéculation. On l’espère. Mais est-ce possible alors que ses modalités sont largement plus modestes que les réformes anglaise et américaine (Vickers et Volker), sans parler des atermoiements du gouvernement à encourager une implémentation rapide des accords de réglementations bancaires de Bâle III dans le cadre européen ? La loi Moscovici peut-elle crédible tant qu’elle n’inclut pas ce que demandent nombre de Français, de gauche, de droite ou d’ailleurs : la séparation des activités bancaires ? François Hollande semble avoir beau jeu de rappeler la dette et ses effets négatifs sans rappeler à ce propos l’impact des placements dits toxiques.

Le président se fend d’un semblant de mea culpa : « cette marche en avant ne s’est pas faite sans soubresaut ni contretemps ». Pour autant, ce grand bond en avant dispose d’un calendrier pour sortir « au plus vite, au plus fort ». Mais où est passé le calendrier diffusé durant la campagne du candidat François Hollande ? Il semble oublié au seul profit de priorités étrangères à l’économie (comme le mariage pour tous).

Le président utilise le terme « justice » trois fois.
« Justice fiscale » avec une uniformisation entre les revenus du capital et du travail. Si une avancée appréciable a été faite dans ce sens, cette disposition présente un regrettable effet collatéral : éprouver des épargnants de la classe moyenne dont les marges de manœuvre sont inférieures aux classes plus aisées qui bénéficient de niches ou de techniques d’investissement plus sophistiquées.
« Justice sociale » avec l’augmentation du SMIC et du RSA. Si le RSA connait un coup de pouce, le SMIC n’en bénéficie pas et évolue en fonction de la réglementation en vigueur. À quand une véritable revalorisation de ce dernier susceptible de renforcer le pouvoir d’achat et de participer à la relance de la consommation  ? Réduire l’écart entre RSA et SMIC est une erreur aussi bien économique que psychologique. Une fois les calculs domestiques faits, combien de ménages n’ont-ils pas intérêt à réclamer les minima sociaux et les aides adjacentes plutôt que de travailler au SMIC sans bénéficier de ces dernières ?
« Justice entre les générations ». Certes, la justice entre générations inclut le fait que les jeunes bénéficient d’enseignants plus nombreux et mieux formés. Il y a pour autant bien des versants à cette question et bien d’autres solutions. Nous pouvons citer pour simple exemple la refonte des programmes, des dispositifs d’orientations et de filières mal adaptés au monde du travail comme à l’épanouissement personnel de nombreuses personnes plus ou moins jeunes. Quant au monde de l’enseignement – une locution qui recouvre une réalité vaste et variée –, à quand la mise en place de formations afin de l’aider à être en phase avec le monde actuel, quoi que l’on pense de l’état de l’un comme de l’autre (voir notre article) ?

2013 promet d’être l’année où le redressement engagé en 2012 réussit…enfin. Attention, cette fois c’est « coûte que coûte ». Mais à qui ce redressement coûtera-t-il, alors que l’on parle d’économie et de dette ? 150 000 emplois d’avenir, mais dans quels secteurs ? Aucune précision. Et ce, plus d’un an après que cette décision ait été avancée par le candidat François Hollande.
Les contrats de génération ? « Lier l’expérience du senior avec l’espérance du jeune ». C’est bien, mais insuffisant. En réalité, le jeune devrait être embauché pour aider l’entreprise dans des secteurs qui évoluent et où, précisément, l’entreprise manque d’expérience. D’où le retour à la question des formations professionnalisantes des jeunes et à une vaste réflexion sur le système éducatif français (voir notre article).
« La formation professionnelle sera réformée pour accompagner prioritairement les chômeurs vers l‘activité ». On ne peut que le souhaiter. Mais dans quel objectif, comment et par qui ?
Enfin, le président évoque « la négociation sur la sécurisation de l’emploi ». Cette formule technique a pour objectif de « donner plus de stabilité aux salariés et plus de souplesse aux entreprises ». Ses modalités ? Encore une fois, la patience est de rigueur.

Le président résume alors son présent discours dans un slogan partagé par la large majorité de ses concitoyens : « tout pour l’emploi, la compétitivité et la croissance ». Malheureusement, si ces trois termes sont interdépendants, chacun se manifeste à son rythme : la compétitivité n’aura pas lieu sans évaluer et digérer les impacts de nombreuses années de fausses routes et d’atermoiements.

L’étendue et la complexité de ce chantier se manifestent bien au détour de la désignation réductrice par François Hollande de « tous les domaines » : « dans nos filières industrielles et agricoles, dans le logement, dans l’environnement, dans la santé, dans la recherche, dans les nouvelles technologies ». L’industrie française est disparate, complexe, faite de grandes comme de petites entreprises qui, comme nous l’avons remarqué plus haut, sont trop dépendantes des premières. Par exemple, la filière textile renvoie aussi bien à la confection qu’à l’automobile. Ces désignations réductrices font que les termes employés deviennent des lieux communs.

Enfin, le président précise qu’il a « demandé au gouvernement de proposer une stratégie d’investissements publics comme privés pour moderniser la France à l’horizon 2020 ». Entre 2013 et 2020, il y a 7 ans. C’est long. Mais l’avantage, c’est que si le redressement ne s’est pas fait sentir en 2017, année de la remise en jeu du mandat présidentiel, certains électeurs pourront toujours croire qu’il aura lieu trois ans plus tard !

 Nouvelle conclusion sous forme d’addenda

François Hollande conclut son discours sur la notion d’égalité. Égalité des droits avec le mariage pour tous, mais que devient cette promesse d’égalité qui a mis le feu aux poudres de la fraternité en France faute d’un véritable et nécessaire débat (voir notre article).
Égalité sur le non-cumul des mandats dont on se demande toujours pourquoi son application n’est pas mise en oeuvre. La perspective des municipales 2014 comme le risque de perdre le soutiens de certains barons dans une majorité affaiblie n’est sans doute pas la moindre des raisons (voir notre article).
Et à propos de mesures dites d’égalité promises durant la campagne électorale, où a disparu le vote des étrangers ?

La conclusion n’étant que technique, le président aborde la politique internationale pour conclure en citant une autre promesse : « toutes nos forces combattantes (en Afghanistan) sont rentrées à Noël ». Certes, mais pour mémoire, la promesse ne faisait pas de différence entre les forces combattantes et les forces d’accompagnement et de formation stationnées sur place en Afghanistan. Puis il rappelle que « la France soutient en Syrie l’opposition à la dictature », sans préciser que nombre d’élus de gauche comme de droite ainsi que nombre de nos partenaires géostratégiques craignent que cette opposition se révèle une autre dictature (voir notre article).

La réelle conclusion de ce discours arrive. Elle est consacrée – enfin – à la fraternité sans que la notion ne soit citée. « Conjuguer compétitivité et solidarité ». Louable et désirable intention. Mais trouve-t-elle écho dans les quelques décisions insuffisamment fouillées et trop rapidement exposées par ce discours ? Si François Hollande se veut le président d’une « France réconciliée », en a-t-il les moyens derrière des formules que n’auraient pas reniées son prédécesseur ? Les Français se sont-ils sentis libres et en fraternité avec un discours qui ne cite à aucun moment ces deux valeurs au profit de la seule égalité ? À défaut d’être assis sur trois pieds, la France va-t-elle à continuer à marcher sur une jambe ? L’avenir nous le dira rapidement.

Didier A. et Nicolas Roberti

*

Mes chers compatriotes,

Fidèle à une belle tradition, je présente à chacune et à chacun d’entre vous mes vœux les plus chaleureux pour la nouvelle année.

En mai dernier, vous m’avez confié la tâche de conduire notre pays dans un moment particulièrement grave. Avec une crise historique, un chômage qui progresse implacablement depuis près de 2 ans et une dette record.

Je n’ignore rien de vos inquiétudes. Elles sont légitimes. Et je n’entends pas vous dissimuler les difficultés qui nous attendent. Elles sont sérieuses.

Mais ce soir je veux vous dire ma confiance dans notre avenir : la zone euro a été sauvegardée et l’Europe a enfin mis en place les instruments de stabilité et de croissance qui lui manquaient. Ce résultat semblait, il y a encore 6 mois, hors de portée. Il a été atteint.

Ma confiance, elle est surtout dans la France. Je connais le talent de nos entrepreneurs comme de nos salariés. Mon devoir, mon premier devoir, mon seul devoir, c’est faire que notre pays avance et que notre jeunesse retrouve espoir.

C’est pourquoi, j’ai pris, depuis mon élection, avec le gouvernement de Jean-Marc AYRAULT, trois décisions majeures.

La première, c’est le rétablissement de nos comptes publics. Je veux désendetter la France. Un effort a été demandé. Je sais ce qu’il représente après déjà tant d’années de sacrifices. Je vous assure que chaque euro prélevé sera accompagné d’une lutte drastique pour réduire les dépenses publiques inutiles. L’argent des Français est précieux. Chacun d’entre vous le gagne durement. Il doit donc être au service d’un Etat exemplaire et économe.

La deuxième décision, c’est le pacte de compétitivité. Je veux redonner, dès 2013, des marges de manoeuvre aux entreprises grâce à un crédit d’impôt de 20Mds euros pour leur permettre d’embaucher, d’investir et d’exporter.

La troisième, c’est la maîtrise de la finance : la Banque publique d’investissement est créée, la prochaine loi bancaire nous préservera de la spéculation et la taxe sur les transactions financières sera introduite au niveau européen dès l’année prochaine.

Cette marche en avant ne s’est pas faite sans soubresaut ni contretemps. J’en conviens. Mais le calendrier que j’ai fixé c’est de faire les réformes maintenant pour sortir de la crise plus vite et plus fort.

Ces décisions étaient indispensables, elles avaient été trop longtemps différées. Je les ai prises avec esprit de justice.

Justice fiscale, d’abord. Les revenus du capital sont désormais taxés comme ceux du travail. Et il sera toujours demandé davantage à ceux qui ont le plus. C’est le sens de la contribution exceptionnelle sur les plus hauts revenus qui sera réaménagée, suite à la décision du Conseil Constitutionnel, sans changer son objectif.

Justice sociale. Avec l’augmentation du SMIC, du RSA, de l’allocation de rentrée scolaire. Et le droit de partir à la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler tôt.

Justice entre les générations, avec la priorité donnée à l’éducation nationale, avec des enseignants plus nombreux et mieux formés.

2012 a donc été l’année où ensemble nous avons engagé le redressement.

2013 sera l’année de la mobilisation de tous pour le réussir.

Toutes nos forces seront tendues vers un seul but : inverser la courbe du chômage d’ici un an. Nous devrons y parvenir coûte que coûte.

Avec 150 000 emplois d’avenir pour les jeunes les plus éloignés du marché du travail. Avec les contrats de génération qui permettront de lier l’expérience du senior avec l’espérance du jeune. Ils prendront effet dès demain.

Avec la formation professionnelle qui sera réformée pour accompagner prioritairement les chômeurs vers l‘activité.

Mais l’Etat n’est pas le seul acteur. C’est la raison pour laquelle le gouvernement a ouvert la négociation sur la sécurisation de l’emploi.

Son objectif ? donner plus de stabilité aux salariés et plus de souplesse aux entreprises. Bref, conjurer une double peur. La peur du licenciement pour les travailleurs, la peur de l’embauche pour les employeurs. Cette négociation, si elle aboutit, sera une chance pour la France. Je fais confiance aux partenaires sociaux pour prendre leurs responsabilités. A défaut je les assumerai.

Voilà, le cap est fixé : tout pour l’emploi, la compétitivité et la croissance.

Ce cap sera tenu. Contre vents et marées. Je n’en dévierai pas. Non par obstination, mais par conviction. C’est l’intérêt de la France.

Pour préparer l’avenir, notre pays a besoin d’investir dans tous les domaines ; dans nos filières industrielles et agricoles, dans le logement, dans l’environnement, dans la santé, dans la recherche, dans les nouvelles technologies. J’ai donc demandé au gouvernement de proposer une stratégie d’investissements publics comme privés pour moderniser la France à l’horizon 2020.

Chers Compatriotes, de Métropole, de l’Outremer et de l’étranger, nous avons toutes les ressources pour réussir à la condition de nous retrouver sur l’essentiel. Et si nous pouvons parfois débattre de grandes questions de société et ce sera le cas en 2013, la France est la France quand elle va de l’avant sur l’égalité des droits -y compris le mariage pour tous, sur la démocratie -y compris le non cumul des mandats, et sur le respect de la dignité humaine -y compris lors de la fin de la vie.

La France est également elle-même quand elle défend ses valeurs dans le monde.

*****

Elle l’a fait en Afghanistan. Sa mission est achevée. Comme je l’avais promis, toutes nos forces combattantes sont rentrées à Noël. J’exprime ma reconnaissance à nos soldats pour leur courage et je salue la mémoire de ceux qui sont morts pour la France. Ils sont 88. Et je n’oublie pas les blessés : ils sont plus de 700.

C’est toujours au nom de ces valeurs que la France soutient en Syrie l’opposition à la dictature. Et, au Mali, les peuples africains dans leur lutte contre la menace terroriste.

J’ai une pensée particulière pour nos otages, et pour leurs familles, qui vivent dans l’angoisse. Qu’ils sachent bien que tout est fait pour obtenir leur libération. Sans rien concéder de nos principes.

Une de nos forces, c’est la solidarité. Nous la devons aux peuples opprimés. Nous la devons, tout près de nous, aux plus fragiles, aux malades, aux personnes isolées, à celles en situation de handicap ou qui connaissent la précarité ou la solitude. Ce ne sont pas des assistés. Ce sont des citoyens, un moment meurtris par la vie.

Il y a de l’honneur dans une grande Nation comme la nôtre à être capable de conjuguer compétitivité et solidarité. Performance et protection. Réussite et partage.

C’est l’ambition de cette France réconciliée et confiante en elle-même que je porte pour l’année qui s’ouvre. C’est cette ambition qui donne un sens à l’effort de tous.

Vive la République !

Vive la France !

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