RENNES. QUAND DES ARTISTES S’APPROPRIENT LE FRAC BRETAGNE

Vendredi 12 février 2020 s’ouvraient Mauve Zone, (No)Time et Go Ghost ! au FRAC Bretagne. Les trois expositions poursuivent la ligne directrice d’Étienne Bernard mise en place à son arrivée et inscrivent son projet dans le temps. Entre installations, peintures et vidéos, le FRAC Bretagne donne à voir la pratique artistique locale des artistes finalistes du Prix Frac Bretagne – Art Norac et la réappropriation des codes de l’institution muséale avec le duo Pauline Boudry et Renate Lorenz, et Francesco Finizio. Un fil rouge qui parcourt les salles, qui, on l’espère, seront prochainement accessibles.

Ce n’est plus un secret, l’art contemporain est depuis longtemps pointé du doigt et conserve une image un peu élitiste. Parfois à juste titre, mais n’oublions pas les structures qui essaient de renverser la tendance et invite tous les publics à découvrir cet art, qui, pour beaucoup, reste inaccessible. Depuis qu’Étienne Bernard a déposé ses valises dans le géant de béton, il se fait fort de contredire Odile Decq et sa forteresse d’art contemporain pensée comme une œuvre d’art.

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De gauche à droite : Paul Brunet, le directeur du Frac Bretagne Étienne Bernard, Francesco Finizio, Hilary Galbreaith, Alisson Schmitt, Anaïs Touchot, Samir Mougas, Camille Gorard et la commissaire d’exposition Elsa Vettier.

Les expositions fraîchement ouvertes – Mauve Zone, Go Ghost ! et (No) Time – sont une nouvelle pierre à cet édifice. Et depuis un an et demi maintenant, les projets artistiques se succèdent avec la même ligne directrice à l’horizon, « il faut en mettre partout », comme le souligne avec humour le directeur du Frac Bretagne. Le projet « Faire archipels » compose les expositions de Pauline Boudry & Renate Lorenz, Francesco Finizio et les artistes finalistes du Prix Frac Bretagne – Art Norac. Il en est le fil rouge.

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Les regards de Camille Girard et Paul Brunet, finaliste pour le prix Frac Bretagne – Art Norac 2021, se posent un peu partout au Frac Bretagne… ouvrez l’oeil !

Le Frac Bretagne : « la maison des jeunes artistes »

« Dans mon esprit, le FRAC n’était pas encore assez ouvert aux jeunes artistes. Ce lieu doit être leur maison et je veux que ce soit ce que revendique ce type d’exposition », annonce en préambule le directeur du Frac Bretagne en soulignant la grande mobilisation des acteurs bretons pour la professionnalisation des artistes qui, on le sait, est difficile à la sortie des écoles d’art. Succédant à Catherine Elkar, son engagement dans le soutien et l’accompagnement des artistes avaient pris la forme d’un Prix : le prix du Frac Bretagne – Art Norac, ouvert aux artistes émergents ou jeunes émergés.

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Après les multiples couacs et reports que la crise sanitaire a engendrés, notamment dans le monde de la culture, encore aujourd’hui d’ailleurs, l’exposition Mauve Zone, « espace fictionnel qui serait en bordure de notre réalité, motif que l’on retrouve souvent dans la science-fiction et les ouvrages de magie », voit enfin le jour. Elle donne la parole à Corentin Canesson, Hilary Galbreaith, le duo Camille Girard et Paul Brunet, Samir Mougas, Alisson Schmitt et Anaïs Touchot, les finalistes du Prix Frac Bretagne – Art Norac.

Les six pratiques artistiques évoluent dans ce lieu imaginaire et offrent une ouverture sur la scène artistique bretonne. « L’enjeu était que la spécificité de chaque artiste soit mise en valeur, des travaux distincts les uns des autres, mais avec des points de convergence, notamment une certaine pratique de l’assemblage, de la mise en relation de certains éléments qui ne se seraient pas forcément rencontrés dans la réalité, du figuratif également », déclare Elsa Vettier, commissaire de l’exposition.

Le leitmotiv étant d’ouvrir grand les portes du Frac aux jeunes artistes qui se sont aventurés hors des espaces d’exposition et jouent avec le bâtiment, ses recoins et interstices. Les graphismes d’Anaïs Touchot, les shuriken dissimulés de Samir Mougas et les post-it de Camille Girard & Paul Brunet, les salles d’exposition ne seront pas les seuls endroits à découvrir. Il est grandement conseillé d’ouvrir l’œil, le bâtiment pourrait vous surprendre et se présenter tel que vous ne l’avez jamais vu.

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Anaïs Touchot, finaliste pour le prix Frac Bretagne – Art Norac 2021, exposition Mauve Zone

« L’institution n’est pas seulement la force accueillante, c’est un lieu qui doit être habité par les artistes. C’est fondamental », Étienne Bernard.

Une réappropriation des canons muséaux par l’exposition

La réappropriation se poursuit avec des artistes, cette fois, internationaux. Elle traverse le corridor, monte les marches et trouve refuge dans la dernière salle, la plus grande.

Précédemment invités à 40m cube dans le cadre des Ateliers de Rennes – biennale d’art contemporain 2018, À Cris Ouverts, le duo d’artistes Pauline Boudry et Renate Lorenz propose l’exposition (No) Time. Un titre qui égrène des indices quant à son contenu. Qu’est-ce que le temps ? Comment le quantifier ? L’exposition, centrée sur une installation vidéo qui se développe autour de la question de la temporalité, semble travailler sur la notion de rupture de systèmes linéaires.

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Pauline Boudry et Renate Lorenz, installation vidéo, exposition (No) Time, Frac Bretagne, 2021

La pièce principale, plongée dans le noir, projette une vidéo où évoluent quatre performeurs.ses. Chacun.e offre une proposition chorégraphique, en solo et en duo, où le ralentissement et l’accélération des mouvements crée une « rupture dans la linéarité du temps ». Les artistes créent ainsi « un pont entre les différents mouvements et histoires que les corps amènent avec eux, jouent avec l’incertitude des mouvements », souligne Pauline Boudry. Ils interrogent le public et bousculent notre perception du temps. Le film ralentit-il ou les danseurs arrivent-ils à danser à différents rythmes ? Le visiteur est happé par la vidéo et les 20 minutes défilent…

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A contrario, après l’obscurité, la lumière. Les murs d’un blanc immaculé accueillent des formes minimales. Les œuvres, tapis de sol utilisés par les danseurs.ses, semblent renvoyées à tout l’histoire à la peinture abstraite et à la collection, l’histoire du Frac Bretagne, « profondément marquée par l’art minimal, l’art abstrait et par extension le noir et blanc ». On peut penser aux carrés de Malevitch ou l’abstraction géométrique d’Aurélie Nemours. « C’est comment l’expérience de la danse, de la scène vont rencontrer les canons de l’art. Cela permet de raccrocher des wagons de façon historique et analytique avec la collection du FRAC Bretagne », précise Étienne Bernard.

Puis, un basculement se produit, la lumière des néons clignote. Cette impression de faux contact électrique, « nous entraîne dans une rythmique lumineuse » et met à mal un système linéaire bien rôdé. « C’est la manière dont la lumière va nous conditionner, influencer notre rythme cardiaque, impacter notre corps », précise le directeur du Frac. Pauline Boudry et Renate Lorenz créent une nouvelle fois une rupture dans la perception normative du spectateur. Avec ces objets, maillon complémentaire de la projection vidéo, Renate et Pauline se jouent du fameux white cube, dans le jargon muséal, et par extension, de toute l’histoire que raconte le FRAC depuis sa création. Comme Étienne Bernard à son arrivée, les deux artistes donnent un coup de pied dans la fourmilière et bousculent des canons de l’institution muséale. Après tout, l’art contemporain, c’est bien, mais est-il obligatoirement ennuyeux ?

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Et ce n’est pas Francesco Finizio qui dira le contraire. L’exposition Go Ghost ! envahit l’espace, sauf les murs, dans une critique des canons muséaux. Le public est invité à rêver, flâner dans ce labyrinthe monté de toutes pièces en deux semaines. Un temps d’habitation, d’occupation nécessaire afin de s’approprier comme il se doit le lieu. Les objets achetés, trouvés, chinés prennent place dans la salle telle « la prise de la bastille, de l’institution avec une certaine radicalité », comme s’amuse à dire Étienne Bernard.

Go Ghost ! est une invitation à une « méthodologie de la curiosité », celle que l’on perd quand on devient adulte. « Les adultes se lassent très vite. Quand ils disent que l’art contemporain n’est pas pour eux, ce n’est pas forcément le cas, mais ils ont décidé, à un certain moment, d’arrêter, d’être curieux. Si on s’autorise à être curieux, à rêver un peu et à sortir de notre pragmatisme de tous les jours, notre regard change », ajoute-t-il. « Au-delà de toute la dimension esthétique du travail de Francesco Finizia, il y a une générosité dans le partage. »

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Francesco Finizio peaufine l’installation de l’exposition Go Ghost à découvrir au Frac Bretagne…

Quelque part, le labyrinthe de l’artiste nous emmène dans « un jeu introspectif » à la recherche de fantômes. Certains que l’on verra, d’autres non, mais vous en trouverez peut-être des nouveaux. Après tout, chacun voit en fonction de son expérience, ses connaissances et son vécu. « Ce serait contreproductif de vous dire à quoi ressemble un tel », précise Étienne Bernard. Alors on taira tous les fantômes que l’on a vus, à vous de les découvrir à la réouverture…

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Souriez, le Frac Bretagne vous attend…

Du 12 février au mai 2020, Expositions (No) Time Go Ghost ! Mauve Zone, Frac Bretagne

Du fait de l’actualité sanitaire, il est actuellement impossible de réserver une visite en groupe constitué.

Pour information, en période d’ouverture :
Un groupe doit être constitué au maximum de 17 personnes, accompagnateurs inclus. Deux visites peuvent être réalisées en même temps. Elles ont lieu le matin et sur réservation : reservationvisite@fracbretagne.fr

Gestes de prévention à respecter lors de votre venue  :
–        Port du masque obligatoire à partir de 6 ans
–        Lavage des mains au gel hydroalcoolique à l’arrivée dans le bâtiment
–        Venez léger, les vestiaires sont actuellement fermés au public
–        Distance de sécurité à respecter : 2m

Réserver une visite en groupe

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