Rennes d’hier, aujourd’hui : le parc du Thabor. Le paysage urbain de la capitale bretonne évolue sans cesse et le parc du Thabor ne fait pas exception : magnifique parc public actuellement aménagé sur plus de dix hectares, il est aujourd’hui l’un des lieux les plus emblématiques de la ville et des plus appréciés. Pourtant, rien ne prédestinait le Thabor à cette attractivité. Rétrospective.

Le parc du Thabor, poumon vert du centre-ville rennais, est un immense joyau de verdure et de sérénité, aujourd’hui accessible par six entrées ouvertes sur : la Place St-Melaine, l’Allée Jeanne Guillon, la Rue de Paris au sud, le Boulevard de la Duchesse Anne à l’est, la rue de la Palestine au nord et le Square Lucien Rose.

Plan Parc du Thabor aujourd’hui

Classé Jardin de prestige de type 1 par la ville de Rennes, cet espace verdoyant bénéficie d’un entretien considérable pour répondre aux critères d’un jardin très structuré à la décoration florale élaborée et variée, mêlant un jardin à la française, un jardin à l’anglaise et un important jardin botanique.

Un jardin à la française est un jardin avec des garnitures et des agréments, expression du classicisme dans l’art des jardins, autrement dit la recherche de la perfection formelle, d’une majesté théâtrale et d’un goût du spectacle.

Un jardin à l’anglaise, avec ses formes irrégulières, est souvent opposé au « jardin à la française », dont il prend le contre-pied esthétiquement et symboliquement en se proclamant avant tout paysage et peinture. Par ce refus de la symétrie et donc des codes, il devint un symbole d’émancipation vis-à-vis de la monarchie et de ses représentants, notamment sous la Révolution française, alors que l’influence française prédominait jusque là. 

Un jardin botanique est un territoire aménagé par une institution publique, privée, ou associative (parfois à gestion mixte) qui a pour but la présentation d’espèces et variétés végétales.

« Des serres de verre à la roseraie

Au Thabor les enfants se jouaient

Du garde manchot claudiquant

Portant sifflet entre ses dents. »,

extrait du poème Hymne à Rennes écrit par ÉTIENNE MAIGNEN.

Vue Générale prise du Jardin des Plantes. Verger (L.V. 611). Coll. YRG et AmrR 44Z2258 (photo prise entre 1900 et 1960).

Mais pourquoi le parc du Thabor se nomme-t-il ainsi ? A-t-il toujours été aussi développé et sollicité ? Réponses.

Le parc du Thabor à ses débuts

À l’origine, le parc n’était qu’une colline culminant à 56 mètres d’altitude. Celle-ci surplombait la majeure partie du territoire rennais dont l’altitude varie entre 20 et 74 mètres. Selon Paul Banéat, président de la Société archéologique et historique d’Ille-et-Vilaine de 1906 à 1908, le parc du Thabor est mentionné pour la première fois dans des écrits en 1610.

Paul Banéat, né le 5 octobre 1856 et mort le 22 mai 1942 à Rennes, est un historien français, spécialiste de la Bretagne.

À cette époque, le jardin du Thabor n’est qu’un simple verger appartenant à des moines bénédictins : c’est alors une dépendance contigüe à l’Abbaye Saint-Melaine. Les écrits racontent que les moines nommèrent leur jardin, “jardin du Thabor”, en référence au mont Thabor de la Bible, une colline sacrée recelant de nombreux mystères et culminant à 588 mètres d’altitude. Surtout, dans la religion catholique, ce mont jouit d’une réputation spéciale : la Transfiguration de Jésus devant ses trois disciples aurait eu lieu en ses terres.

Abbaye St-Melaine au XVIIe siècle. À droite, le verger du Thabor appartenant aux moines.
De L’Enfer au Théâtre de Verdure 

À la suite du violent incendie qui ravage le centre historique de Rennes du 23 au 29 décembre 1720, l’évêché construit son palais sur le jardin du Thabor et une partie de celui-ci devient alors sa propriété.

Quelque temps plus tard, la ville de Rennes demande aux moines de Saint-Melaine la permission de creuser leur jardin pour y construire un grand réservoir d’eau, destiné à se prémunir contre un potentiel futur incendie. Les moines y consentent en échange d’une redevance. Le site est donc excavé mais, peut-être par manque de temps ou de moyens, le réservoir ne voit jamais le jour. La seule eau qui remplit ce trou abyssal est alors celle de la pluie. Joueurs, les moines investissent cette nouvelle piscine naturelle pour y faire du bateau. Mais irrité par le comportement de ces derniers qui, la nuit, s’amusent bruyamment dans cette mare, l’évêque de Rennes leur aurait lancé : « cet endroit là, c’est l’enfer ! ». Conférant ainsi, d’après la légende, le nom d’ «Enfer» à cet imposant trou d’eau figée dans la terre du Thabor à travers les siècles.

Néanmoins, cet endroit ne semble pas avoir volé sa dénomination. Après la libération de Rennes, en novembre 1944, L’Enfer a été le lieu d’exécution de quelques collabo.

Depuis 2014, L’Enfer a été réaménagé en un remarquable Théâtre de verdure de 250 à 300 places (voir l’article d’Unidivers à ce propos) qui accueille régulièrement des spectacles et concerts dès lors que la période estivale pointe le bout de son nez. Comme quoi, les malheureuses conséquences de l’incendie de 1720 se sont progressivement muées en un espace permettant à la culture de rayonner…

Le Thabor : du jardin privé à l’emblématique parc public

À la fin des années 1790, une école de botanique est créée dans l’ancien palais de l’évêque et le jardin devient lui un jardin botanique, réservé aux étudiants et aux scientifiques de l’université. Aucun visiteur n’est admis dans l’enceinte du Thabor. Il s’agit avant tout d’un jardin scientifique sans vocation contemplative.

Si le parc du Thabor voit son nombre d’entrées se multiplier c’est moins, à l’origine, du fait de sa superficie qu’à cause d’une légère querelle entre la ville de Rennes et l’évêché. Lors de la signature du Concordat de 1801, l’évêque récupère son palais, mais pas les jardins qui eux, restent la propriété de la ville. Étudiants, botanistes et scientifiques ont toutefois besoin de continuer à les fréquenter. Le seul accès pour s’y rendre étant le palais de l’évêque, lequel s’agace de cette situation, la ville ouvre alors une nouvelle entrée par la rue de Palestine en 1812.

Entrée Place Saint-Melaine du Jardin Public.

Puis, dès le début du XIXe siècle, le Thabor gagne progressivement du terrain. Les maires rennais qui se succèdent sont particulièrement friands de cet écrin de verdure. De 1821 à 1830, le maire Louis de Lorgeril achète plusieurs parcelles voisines du parc pour procéder à son agrandissement. En 1826, la démolition de l’église Saint-Jean, abandonnée depuis la Révolution, permet quant à elle d’ouvrir l’actuelle entrée sur la place Saint-Melaine.

Le maire Robinot de Saint-Cyr, à la tête de Rennes de 1861 à 1867, mène lui aussi une politique d’extension du parc du Thabor très active. Pour ce faire, il achète notamment plusieurs terrains très vastes à des particuliers résidant aux abords du parc.

Une esquisse de Bühler en 1867 : de la roseraie, à gauche, à l’Enfer, à droite

Une fois largement agrandi, le parc du Thabor connaît un réaménagement de fond en comble à partir de 1868. À cette date, des experts, répondant aux noms des frères Bühler, de Jean-Baptiste Martenot ou encore de Charles Lenoir prennent les commandes de ce paisible joyau de verdure. 1868 symbolise également l’année à partir de laquelle le Thabor ouvre ses portes aux visiteurs sans plus aucune restriction.

Les frères Bühler, jardiniers et architectes-paysagistes, introduits à l’hôtel de ville par Charles Oberthür, fils de l’imprimeur François-Charles Oberthür, repensent le Thabor dans son entièreté. Denis Bühler met en place le boulingrin (ornement végétal qui se présente sous la forme d’un parterre gazonné en creux), L’Enfer, les jardins à la française et les jardins à l’anglaise. Pour la petite anecdote, lorsqu’il créé les jardins à la française, le jardinier pense la symétrie des lieux autour d’un majestueux cèdre du Liban. Malheureusement, cet arbre n’existe plus aujourd’hui, il est tombé lors d’une tempête en 1967.

De 1858 à 1895, Jean-Baptiste Martenot est l’architecte officiel de la ville de Rennes. La trace qu’il laisse dans le paysage rennais n’est pas négligeable. En plus d’être à l’origine de nombreux bâtiments communaux et groupes scolaires, il signe au Thabor les serres, le kiosque à musique, la volière, ainsi que la somptueuse grille du portail de l’entrée de la Place Saint-Melaine.

Quant à Charles Lenoir, sculpteur renommé et enseignant aux Beaux Arts de Rennes, il est l’auteur, épaulé par ses élèves, de toutes les somptueuses statues qui ornent les parterres verdoyants du Thabor. Parmi les plus connues : LEnlèvement d’Eurydice, réalisée en 1890 et La Chasse de Diane, réalisée en 1894. Un monument à la mémoire de Charles Lenoir se trouve en face de La chasse de Diane. Il s’agissait auparavant d’un buste du peintre rennais, mais celui-ci fut fondu par les Allemands en 1942…

« Un des plus grands agréments du Thabor et du Jardin des Plantes est la diversité des aspects : les terrasses, les pelouses, les allées ombreuses, les bassins de verdure s’y succèdent et s’y entremêlent avec un art et une variété qui donnent un charme infini à cette délicieuse promenade dont la réputation est d’ailleurs justement méritée, et que nous envient les plus grandes villes de France. », Lucien Decombe, dans Notices sur les Rues, Ruelles, Boulevards, Quais, Ponts, Places & Promenades de la ville de Rennes • 1883

Mais pas question de s’arrêter en si bon chemin ! Au début du XXe siècle, le parc du Thabor poursuit de plus belle sa floraison. En 1905, la partie sud du parc, appelée « Les Catherinettes », est aménagée en extension du jardin à l’anglaise. Entre rochers artificiels, cascades et grottes, cette nouvelle partie est l’occasion de conférer un aspect “naturel et sauvage” au Thabor. De la sorte, le parc rennais abrite en son sein tous les looks floraux et herbacés imaginables. « Les Catherinettes » donne sur la rue de Paris grâce à des escaliers monumentaux.

Les Catherinettes. La grotte n’est pas encore construite ; elle le sera à l’emplacement de la petite cascade au centre de la photo.

Simple verger à l’origine, le parc du Thabor est aujourd’hui l’un des plus beaux jardins de France (le plus beau de France même selon la rédaction d’Unidivers, mais bon, restons raisonnables…). Variété et diversité sont au rendez-vous, accompagnées d’une louche de romantisme grâce à l’exceptionnelle roseraie composée de plus de 2000 variétés ! Elle aussi créée par Denis Bühler, cette roseraie abrite un petit secret : « La rose de Rennes ». Michel Adam, rosiériste français dont les pépinières sont situées à Liffré est l’auteur de cette belle rose qui a remporté le Prix de la Rose en 1995.

En plus d’être un espace apaisant où calme et sérénité s’entremêlent, le Thabor est également aujourd’hui l’un des théâtres de la foisonnante culture rennaise. Entre le festival Mythos au printemps, Les Mercredis du Thabor l’été, Un Dimanche au Thabor à partir du mois de mai, et les différentes expositions d’art qui prennent place à à l’Orangerie, la place indispensable qu’occupe le parc du Thabor dans le paysage rennais n’est plus à prouver !

Rose de Rennes à la roseraie du Thabor. Photo : Abujoy

En 2018 les 150 ans du Thabor (et la fabuleuse grainothèque du Thabor)

Promenade au Thabor

Sources :

Galerie de cartes postales de Wiki Rennes (photos éditées entre la fin du XIXe siècle et  1960) : ici 

Poème Hymne à Rennes : ici 

Wiki Rennes sur le parc du Thabor : ici 

Julie Pialot a suivi des études de Lettres Modernes. Pendant une année d'ERASMUS à Pondichéry (Inde), elle a rédigé un mémoire sur la littérature de voyage en Orient, avant de compléter sa formation à l'école de journalisme de Marseille. Passionnée de voyages et de nouvelles découvertes, c'est en Bretagne, son choix de coeur, qu'elle a choisi de mettre en valeur les initiatives culturelles locales.

Laisser une réponse

SVP rédigez votre commentaire
Merci d'inscrire votre nom