La 42e édition du festival international du court métrage de Clermont-Ferrand a battu tous les records ! Du 31 janvier 2019 au 8 février 2020, pas moins de 170 000 entrées ont été enregistrées pour les projections des 163 films en compétition, issus de plus de 130 pays différents. Unidivers ne pouvait pas passer à côté de cette manifestation, reconnue comme l’une des plus importantes du 7e art !

Court métrage Clermont Ferrand
Affiche réalisée par Susa Monteiro

Se frayer un chemin à travers les foisonnantes propositions de ce festival hors pair demande opiniâtreté et musculature développée ! Unidivers a choisi de les aborder sous un angle qui justement, s’écarte des sentiers battus. Partenaire du festival rennais Court Métrange, réputé pour ses courts métrages insolites et fantastiques, notre rédaction sait que ses programmateurs/trices piochent régulièrement dans les propositions de Clermont-Ferrand pour préparer leurs projections. Afin d’essayer d’anticiper quels films vous verrez à l’écran lors du prochain festival Court Métrange en octobre 2020, Unidivers vous propose donc une pré-sélection, non exhaustive bien sûr, de ses courts métrages saugrenus coups de cœur.

Mais avant, mention spéciale tout de même pour Bruno Collet, notre réalisateur rennais favori qui, à défaut de s’être vu décerner un Oscar, a remporté à Clermont-Ferrand le Prix du Public et le Prix des effets spéciaux par Adobe, pour son admirable court métrage Mémorable.

Court métrage Clermont Ferrand
Mémorable

« Le festival international du court métrage de Clermont-Ferrand est une grande fête de la création internationale : il permet de découvrir le meilleur du «court» de tous les pays et de donner des ailes aux nouvelles générations de cinéastes. » – Franck Riester, Ministre de la Culture

Compétition nationale

  • Champ de bosses d’Anne Brouillet – 2019 – Fiction – (32′) – Prix de la meilleure musique originale

Court métrage Clermont Ferrand

Camille tombe sur le nez. Une chute bête, apparemment bénigne, mais Camille sent son nez qui bouge, qui pousse, à l’intérieur. La peur de ressembler à Fabio et son grand corps d’adolescent, à sa grand-mère déformée par la maladie, aux cochons du vieux, la saisit. La peur de perdre forme.  

En portant à l’écran un phénomène que tout un chacun connaît : la transformation de son corps à l’adolescence, la jeune réalisatrice Anne Brouillet signe ici un court métrage qui malgré le caractère poncif, se veut innovant, intensément haletant et même un brin perturbant. Puisque l’intrigue prend place dans un petit village du nord de l’Alsace, le climat morose et l’environnement rural dans lesquels évoluent les acteurs participent de cette atmosphère angoissante. Pourtant, rien n’était gagné d’avance ! Exceptée la jeune actrice principale, Lise Leplat-Prudhomme, tous les autres acteurs sont des collégiens amateurs qui apparaissent, avec brio, pour la première fois à l’écran.

Compétition internationale

  • Family Plot (Conspiration familiale) de Shuichi Okita – Japon – 2019- Fiction – (23′) – Mention Spéciale du Jury 

Court métrage Clermont Ferrand

Dobashi vient d’emménager et déplore l’absence de WIFI dans son nouvel appartement. Mais dans la maison voisine, il y en a, du WIFI ! Reste à obtenir le mot de passe… Pour cela, le jeune homme va se mettre dans une drôle de situation.

Dans une interview pour le journal du festival de Clermont-Ferrand, le réalisateur japonais Shuichi Okita explique : « Un jour, j’étais chez un ami qui n’avait pas de Wi-Fi, je me suis dit qu’il serait pratique d’utiliser le compte du propriétaire qui habitait à côté. C’est de là qu’est venue cette petite histoire d’intrusion. J’ai d’abord eu l’idée de l’histoire, puis j’ai créé les personnages de Dobashi et de la famille Sada. Avec eux, c’est devenu un récit sarcastique qui évoque notre façon de combler le manque dans la vie. »

Un court métrage qui, malgré son fort potentiel humoristique, ne fait pas l’impasse sur le frisson et les scènes à suspens. Si ce film dure plus de vingt minutes, celles-ci ne se font pas du tout ressentir, on en redemande encore et encore !

Olivier Smolders à l’honneur

Court métrage Clermont Ferrand

Selon Christian Guinot, Olivier Smolders est l’un des cinéastes dont les films ont été les plus sélectionnés par le festival du court métrage de Clermont Ferrand. Depuis son premier film inscrit, sélectionné et primé (Adoration en 1987), 10 films ont été retenus dans les trois compétitions (internationale, labo et nationale, du fait de coproductions franco-belges).

Il est aussi l’un des plus primés avec quatre récompenses dont le Grand Prix Labo 2010 pour Petite anatomie de l’image. Bien entendu, ces prix ne se limitent pas à Clermont-Ferrand et ses films ont été récompensés dans le monde entier.

Malheureusement seuls les spectateurs et critiques qui fréquentent les manifestations dédiées au court métrage et regardent Arte savent qu’Olivier Smolders est un cinéaste passionnant, auteur d’une œuvre profondément originale, novatrice et rigoureuse. […]

Olivier Smolders est né en 1956 à Léopoldville au Congo belge (actuellement Kinshasa, République démocratique du Congo), dans une ville et un pays qui n’existent plus, une « Afrique imaginaire telle que la raconte les livres pour enfants » (Voyage autour de ma chambre – 2008). Est-ce de là que viennent l’imaginaire puissant qui irrigue ses films et leur grande mélancolie ? Rappelons que ce pays a été le lieu de massacres de masse encore occultés aujourd’hui.

Court métrage Clermont Ferrand

La rédaction d’Unidivers a été particulièrement marquée par le film Voyage autour de ma Chambre d’Oliviers Smolders. Sorti en 2008, ce court métrage est une véritable prouesse technique. Tantôt en superposant des images immobiles, tantôt en filmant le monde qui l’entoure au moyen d’un filtre négatif, le réalisateur franco-belge créé ici une œuvre singulière, poétique et radicale, qui explore les fondements de la nature humaine et la difficulté de chacun à trouver sa juste place dans le monde. Un court métrage saisissant bercé par la voix d’Olivier Smolders qui sonde tour à tour son âme jusqu’à progressivement remettre en perspective la vacuité de l’existence.

Hommage à Rosto

Court métrage Clermont Ferrand
Rosto et son Prix des effets visuels à la cérémonie de clôture du festival du court métrage de Clermont Ferrand en 2018

« Décapité (Beheaded – 1999) est le titre du premier film de Rosto. Décapité, c’est ainsi qu’il a laissé le monde du court métrage et de l’animation lorsqu’il a eu sa plus mauvaise idée en partant rejoindre, sans billet retour, ses mondes chimériques en mars 2019. Dépité aussi.

Entre ces deux dates, vingt ans se sont écoulés pendant lesquels Rosto a déroulé, pour notre plus grand bonheur, sa panoplie d’homme-orchestre : cinéaste, scénariste, producteur, illustrateur, designer, acteur, animateur et musicien.

Court métrage Clermont Ferrand
L’affiche 2007 du Festival du court métrage de Clermont-Ferrand réalisée par Rosto.

À part le premier, tous ses films ont été présentés à Clermont et Rosto est ainsi devenu une figure (cf. figure se dit rosto en portugais) familière. Faut dire que lui comme ses films avaient de la gueule…

Son travail a souvent été associé au cauchemar, Rosto parlait plus facilement de rêve. À coup sûr une œuvre baroque caractérisée, comme pour l’architecture du même nom, par une liberté de formes et une profusion d’ornements. Des synonymes de baroque nous donnent biscornu, étrange, excentrique. Tout cela lui va comme un gant, un gant de boxe bien sûr, car on sortait sonné de chaque projection de ses films. Groggy, pas loin du protocole commotion. Voir un film de Rosto, c’est se laisser embarquer par une bande de naufrageurs (Thee Wreckers : nom du groupe de rock de Rosto) sur et dans un océan de souvenirs et de mystères laissant la salle pareille à un radeau de médusés.

Les eaux profondes de Rosto sont aussi là pour nous rappeler, à l’instar d’autres cinéastes néerlandais (Paul Driessen, Michael Dudok de Wit, Bert Haanstra…), que l’élément eau, source de vie dès le ventre de la mère, est aussi une menace de mort pour toute âme qui vit au-dessous du niveau de la mer comme c’est le cas aux Pays-Bas, les bien-nommés. Une menace fantôme voire un trauma… la mort omniprésente chez Rosto. Mais la mort, c’est poser la question de la vie et Rosto l’a posée dans une spirale qu’elle soit trilogique ou tétralogique à travers des constructions filmiques qui ne s’appuient pas sur une ossature narrative forte mais sur le rock et les effets visuels. Comme par hasard, deux prix (Prix de la meilleure musique originale pour The Monster of Nix en 2012 et prix des effets visuels pour Reruns en 2018) obtenus dans ces catégories à Clermont.

Après l’heure de la séparation (Splintertime), nous voilà, nous, tas d’os encore ambulants, mais esseulés (Lonely bones), condamnés à perpète à des rediffusions (Reruns) de ses films, frustrés à jamais des œuvres qu’il avait encore à nous offrir.», Antoine Lopez.

Unidivers ne saurait mieux dire qu’Antoine Lopez pour exprimer toute la complexité de ce phénoménal réalisateur abracadabrant. Quoiqu’il en soit, ses créations répondent à merveille aux thématiques abordées à Court Métrange. Alors les Rennais, à quand l’hommage à cet artiste doté de multiples talents qui fait figure (rosto en portugais) de génie dans le monde du 7e art ?

Sinon, non pas qu’Unidivers veuille que Court Métrange s’y mette aussi, mais la rédaction tenait simplement à partager avec vous une expérience complètement inédite qu’elle a vécu au festival du court métrage de Clermont-Ferrand : un ciné-piscine ! Avis à tous les ciné-hydrophiles…

Court métrage Clermont Ferrand
Ciné-piscine du vendredi 7 février 2020

► Retrouvez ci-dessous le palmarès complet :

Bande annonce d’Olla d’ Ariane Labed, le court métrage vainqueur du Grand Prix de la Compétition Nationale : 

Palmarès National
Grand prix : Olla, d’Ariane Labed (27′)
Prix spécial du jury : Clean With Me (After Dark), de Gabrielle Stemmer (21′)
Prix du public : Mémorable, de Bruno Collet (12′)
Prix Égalité et diversité : Amour(s), de Mathilde Chavanne (32′)
Prix étudiant : Olla, d’Ariane Labed (27′)
Prix Canal : Raoul Pacha, d’Aurélie Reinhorn (28′)
Prix Procirep du meilleur producteur de court métrage : Ikki Films
Prix des effets spéciaux par Adobe : Mémorable, de Bruno Collet (12′)
Prix de la meilleur musique originale : Pierre Desprats pour Massacre, de Maïté Sonnet (27′) et Champ de bosses d’Anne Brouiller (32′)
Prix du meilleur film d’animation francophone : Traces, d’Hugo Frassetto et Sophie Tavert Macian (France/Belgique, 13′)
Prix de la meilleur première oeuvre de fiction : Olla, d’Ariane Labed (27′)
Prix Adami de la meilleure interprétation féminine : Megan Northam dans Miss Chazelles de Thomas Vernay (22′)
Prix Adami de la meilleure interprétation masculine : Lawrence Valin dans The Loyal Man (Un Homme loyal), de Lawrence Valin (37′)
Prix du rire Fernand Reynaud : Raoul Pacha, d’Aurélie Reinhorn (28′)
Prix de la presse Télérama : Disciplinaire d’Antoine Bargain (20′)
Mentions spéciales : Genius loci, d’Adrien Mérigeau (16′), La maison (pas très loin du Donegal), de Claude Le Pape (30′), El infernio y tal (L’Enfer, etc.) d’Enrique Buleo (Espagne, 10′)

Palmarès international
Grand prix : Da Yie (Bonne nuit), d’Anthony Nti (Belgique/Ghana, 21′)
Prix spécial du jury : All the Fires the Fire (Tous les feux le feu), d’Efthimis Kosemund Sanidis (Grèce, 24′)
Prix du public : The Present (Le cadeau), de Farah Nabulsi (Palestine, 24′)
Prix du meilleur film d’animation : Pulsión (Pulsion), de Pedro Casavecchia (Argentine/France, 7′)
Prix étudiant : City of Children (La ville des enfants), d’Arantxa Hernández Barthe (Royaume-Uni, 16′)
Prix Canal+/Ciné+ : I väntan på döden (En attendant la mort), de Lars Vega (Suède, 12′)
Prix du meilleur film européen : Invisível herói (Invisible héros), de Cristèle Alves Meira (Portugal/France, 28′)
Prix du meilleur documentaire : Quebramar (Brise-lames), de Cris Lyra (Brésil, 27′)
Mentions spéciales : Mascot (La mascotte), de Leeha Kim (Corée du Sud, 7′)
The Water Will Carry Us (L’eau nous transportera), de Shasha Huang (Chine, 30′)
Family Plot (Conspiration familiale), de Schuichi Okita (Japon, 23′)

Palmarès Labo
Grand prix : Günst ul vándrafoo (Rafales de vent sauvage), de Jorge Cantos (Espagne, 24′)
Prix spécial du jury : Freeze Frame (Arrêt sur image), de Soetkin Verstegen (Belgique/Allemagne/Finlande, 5′)
Prix du public : Califonia on Fire, de Jeff Frost (États-Unis, 25′)
Prix Festivals connexion-région Auvergne-Rhône-Alpes : Zombies, de Baloji (Belgique/République démocratique du Congo, 14′)
Mentions spéciales : Average Happiness (Les stats en folie), de Maja Gehrig (Suisse, 7′)
Blessed Land (Un Endroit sacré), de Lân Phạm Ngọc (Vietnam, 19′)
El infernio y tal (L’Enfer, etc.) d’Enrique Buleo (Espagne, 10′)

Site festival court métrage de Clermont-Ferrand 

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