Musée des Beaux-Arts : exposition Les Tentures du Parlement de Bretagne (Un décor oublié du palais de justice de Rennes)

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Musée des Beaux-Arts : exposition Les Tentures du Parlement de Bretagne (Un décor oublié du palais de justice de Rennes), 26 février 2016,

Le Musée des Beaux-Arts inaugurera le vendredi 26 février 2016 l’exposition Les Tentures du Parlement de Bretagne, Un décor oublié du palais de justice de Rennes. Du 26 février au 7 mai 2016.

 

rennes musée des beaux-artsExposition consacrée à deux tentures de tapisseries réalisées par la manufacture nationale des Gobelins et destinées à deux pièces du Palais de Justice de Rennes (l’Ancien Parlement de Bretagne).

Cet ensemble prestigieux de 21 tapisseries a été conçu et réalisé sur près de trente ans de 1896 à 1922.

Entre 1897 et 1922, la Manufacture nationale des Gobelins réalise un ensemble extraordinaire de 20 tapisseries destinées à compléter des décors du XVIIe siècle au Palais de Justice de Rennes. Ces tapisseries forment deux tentures. La première est destinée à la première Chambre civile et la seconde à la Grand’Chambre. Cette opération, initiée par l’architecte du palais, Jean-Marie Laloy, mobilise pour son financement et son exécution le Conseil Général d’Ille-et-Vilaine et l’État durant une trentaine d’années. À travers la Manufacture des Gobelins, l’État prend en charge le coût colossal du tissage tandis que le département finance la création des modèles (les cartons).

Malmenés par le temps, les tapisseries du Palais et leurs modèles peints ont été progressivement oubliés. Les peintures ont été roulées et mises en réserve. En 1997, la moitié des tapisseries, qui avaient toutes échappé à l’incendie du Parlement en 1994, ont été détruites par les flammes qui ravagèrent cette fois les ateliers de restauration où elles étaient en cours de nettoyage près de Paris.

tentures parlement bretagneLa présente exposition, dévoile pour la première fois au public, les tapisseries qui subsistent encore. De ces dernières, une seule, La Mort de Du Guesclin, est retournée au Parlement. Les autres sont actuellement conservées dans les réserves du Mobilier national et ont été restaurées à l’occasion de cette exposition. Le Mobilier national, partenaire privilégié de cet évènement, prête également toutes les petites maquettes et les cartons relatifs aux tapisseries du Parlement, qu’il conserve dans ses collections. Quant aux Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, autre partenaire essentiel de l’exposition, elles ont permis la présentation d’un grand nombre de dessins inédits, tous restaurés, relatifs au travail de Jean-Marie Laloy pour les tapisseries.

L’ambition de l’exposition est de remettre en lumière ce décor oublié à travers les quelques tapisseries subsistantes, mais surtout avec les petits et grands cartons peints réalisés pour la tenture destinée à la Grand’chambre qui sont conservés en grand nombre.

L’exposition proposera pour la lecture de ces œuvres une approche historique (commande, contexte historique en Bretagne et en France…), iconographique (choix des sujets et leur lecture dans le contexte de la commande), matérielle (processus de création…) et artistique (les artistes décorateurs de la IIIe République et la manufacture des Gobelins, enjeux représentés par la tapisserie dans le développement de la peinture d’histoire et des décors publics). Un catalogue scientifique sous la direction de Guillaume Kazerouni sera publié à cette occasion.

I. Jean-Marie Laloy et la restauration du Palais de Justice de Rennes

rennes musée des beaux-artsJean-Marie Laloy, né en 1851 à Fougères, suit une formation d’architecte à l’École des beaux-arts de Paris, puis s’installe à Rennes en 1878. Devenu architecte du département d’Ille-et-Vilaine le 1er janvier 1884, il a marqué le paysage rennais à l’instar de ses collègues Jean-Baptiste Martenot et Emmanuel Leray, architectes de la ville re- spectivement de 1858 à 1894 et de 1894 à 1932. Il a notamment construit plusieurs édifices d’envergure, relevant alors du conseil général : l’école normale d’institutrices (1882, aujourd’hui Institut d’études politiques de Rennes), l’École d’agriculture (1892, aujourd’hui Agrocampus Ouest), la prison départementale du boulevard Jacques-Cartier (1900, désaffectée), la chapelle et le bâtiment administratif de l’asile Saint-Méen (1906, aujourd’hui hôpital Guillaume-Régnier). Il réalise aussi le théâtre et la bibliothèque municipale de sa ville natale, Fougères, de 1880 à 1886. Républicain convaincu et francmaçon, élu conseiller municipal de Rennes lors des élections municipales de 1881 sur la liste menée par Edgar Le Bastard, il est le porte-parole du « combat laïque », tant par son œuvre d’architecte au service de la IIIe République que par son engagement politique.

Jean-Marie Laloy devient architecte des bâtiments de l’État et du palais de justice de Rennes, ancien Parlement de Bretagne, dont il mène les travaux de restauration, puis, de 1894 à 1917, le programme décoratif. C’est à son zèle et à sa détermination que nous devons la réalisation des tapisseries des Gobelins qui font l’objet de la présente exposition.
II. La Manufacture des Gobelins sous la IIIe République, un nouvel âge d’or de la tapisserie ?
Créée par Colbert à la demande de Louis XIV en 1662, la Manufacture des Gobelins, toujours logée dans les locaux historiques du XIIIe arrondissement de Paris, perpétue l’ancestral métier de lissier, mis au service de la création contemporaine.

tentures parlement bretagne
Les tapisseries du Palais de Justice de Rennes sont la plus vaste entreprise destinée à un seul lieu, menée par la Manufacture au XIXe siècle. Les deux tentures totalisant vingt tapisseries nécessitèrent une trentaine d’années pour leur tissage. La création de ces tapisseries s’inscrit dans une période riche et charnière de l’histoire des Gobelins et plus généralement des institutions françaises : la IIIe République (1870-1940). Le temps de tissage des tapisseries de Rennes correspond quant à lui aux mandats de deux administrateurs : Jules Guiffrey (1893-1908), à l’origine du projet, et Gustave Geffroy (1908-1926), qui en supervise l’achèvement.

Une sélection significative de maquettes (esquisses présentées à la Commission des Gobelins avant la réalisation du grand modèle peint), a ici pour but d’illustrer le style, la variété et la grande richesse des thèmes tissés par la manufacture durant les mandats des deux administrateurs précités. Les auteurs de ces maquettes font partie des meilleurs peintres décorateurs de leur temps. Une grande partie des œuvres de cette section est exposée pour la première fois et a bénéficié d’une campagne de restauration dans le cadre de cette exposition.

III. La tenture du conseil de la Grand’Chambre : neuf tapisseries décoratives à sujets allégoriques

La collaboration entre Jean-Marie Laloy et la Manufacture des Gobelins commencent par l’exécution de la ten- ture destinée à la Première Chambre Civile du Palais de Justice, l’ancien conseil de la Grand’Chambre du par- lement, aujourd’hui parfois surnommée « salle Jouvenet ». De taille relativement modeste si on la compare à la Grand’Chambre, cette pièce renferme néanmoins l’un des décors historiques les plus précieux du Palais.

Après avoir rénové le décor ancien, Laloy souhaite rétablir un décor de tapisserie à la place de celui perdu au moment de la Révolution. Il s’adresse pour cette opération à l’administrateur des Gobelins, Jules Guiffrey, qui accueille ce projet avec enthousiasme et bienveillance. Après négociations, il est admis que le Département prendra à sa charge les frais des modèles et l’État, ce, beaucoup plus élevés, de la réalisation des tapisseries. Neuf compositions seront créées. L’une, destinée au-dessus de la cheminée représente les Armes de France et de Bretagne et les huit autres des figures allégoriques dans des encadrements décoratifs. L’accueil très favorable de ce premier décor, dont l’exécution s’échelonne entre 1897 et 1905, permet à Laloy de mettre en place une opération similaire pour une autre pièce, la Grand’Chambre.

IV. La tenture de la Grand’Chambre : une histoire de la Bretagne en onze pièces

tentures palais justiceLa restauration de la Grand’Chambre du Palais de Justice est une œuvre bien plus ambitieuse que celle de la Première Chambre Civile. Cette grande salle, la plus belle du Palais, renferme son décor le plus ancien et le plus prestigieux. La tenture de onze tapisseries qui vient enrichir cet ensemble dépasse le simple cadre ornemental de celle réalisée pour la Première Chambre. Elle a pour vocation d’illustrer les murs du Palais républicain, en retraçant l’histoire de la patrie bretonne, pour la représenter dans sa gloire et mettre en relief ses liens avec la France.
Dans l’esprit de Laloy, la restauration de la Grand’Chambre, pour être complète, doit également s’accompagner de la restitution du décor tissé perdu à la Révolution. Plus ambitieuse de par ses dimensions monumentales, cette nouvelle entreprise est bien plus complexe et surtout beaucoup plus coûteuse, que pour les tapisseries de la Première Chambre.

C’est à Édouard Toudouze, peintre et décorateur, que sera confiée l’exécution des cartons. Ce dernier livre entre 1901 et 1907 cinq grandes toiles : Le Mariage d’Anne de Bretagne, La Mort de Du Guesclin ; L’Entrevue de Jeanne d’Arc avec le Connétable de Richemont au siège de Beaugency ; Le couronnement de Nominoë et Le Combat des Trente. En 1907, l’artiste meurt à l’âge de 59 ans, laissant inachevée la Prédication d’Abélard. Cette dernière composition sera terminée par son cousin, le peintre Maurice Leloir. Le reste de la commande sera confié à Auguste Gorguet qui devra accorder ses tableaux avec ceux déjà livrés par Toudouze. Gorguet est l’auteur des cinq dernières compositions : Jeanne de Monfort montrant son héritier aux chevaliers bretons ; L’entrée d’Henri IV à Rennes ; Alain Barbe-Torte sur les ruines de Nantes ; L’Allégorie de la Bretagne et La bataille des Vénètes. La tenture de onze tapisseries est achevée en 1922.

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Musée des Beaux-Arts : exposition Les Tentures du Parlement de Bretagne (Un décor oublié du palais de justice de Rennes). Du 26 février au 7 mai 2016.

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