Les Inrocks Festival – Nantes

Nantes

Les Inrocks Festival – Nantes, 19 novembre 2016 20:00, Stereolux

SAM. 19 NOV 20H

LESCOP (FR)
Mathieu aime à définir son nouvel album (Echo, sortie à l’automne) comme “du RNB sous Xanax” “Punk fantomatique” ou “Chanson Lo-Fi”. On peut citer Bowie, le krautrock même si c’est moins du côté de Kraftwerk que de celui de Neu! ou Taxi Girl, première période que la filiation se niche.
Si les faiseurs sont légions, Mathieu a su s’en s’inspirer sans verser dans le mimétisme. Et d’ailleurs le voudrait-il que son écriture l’en préserverait, de par sa singularité.
Echo est une longue nuit stylisée, lysergique et fascinante, jalonnée d’ombres portées, une nuit faune peuplée de spectres urbains, de noctambules, de créatures étranges, dangereuses, d’animaux traqués, de filles dérangées, de mauvais garçons, de sorcières de Salem, une nuit oscillant entre narcolepsie et insomnie, où tout semble se mouvoir et s’émouvoir au ralenti, en légère apesanteur.

PARADIS (FR)
L’extase chez Paradis, se niche dans les détails. Une phrase qui ne commence pas tout à fait sur le pied, une note libérée à l’instant magique, une vague de douceur qui vient soudain envelopper une rythmique aiguisée, car ce qui les passionne au fond, c’est le contraste, la dualité, le conflit créatif. C’est parfois douloureux, frustrant, mais le paradis n’est-il pas ce lieu auquel on accède après le combat de la vie sur terre ?
Recto Verso, premier album le 23 septembre

HER (FR)
Her, ce sont toutes les femmes qui les ont inspirés mais surtout l’incarnation d’une dualité. L’un est né en Allemagne et a été biberonné à Krafwerk et Can, l’autre s’est exilé durant son lycée aux Etats-Unis dont il ramènera les racines de la black music. C’est au travers de ces influences diverses qu’ils puisent la richesse de leurs chansons : un mélange entre Frank Ocean et Shuggie Otis, Child of Lov et Aaron Neville. Mais, ne vous y trompez pas, les paroles de Her s’inscrivent aussi dans une génération plongée dans une actualité tourmentée dont ils s’inspirent.
Cette originalité aura sans doute plu à certains producteurs couronnés aux Grammys tels que Joe Chicarelli, Jacquire King, Michael Brauer ou David Kahne avec lesquels ils ont été invité à travailler. Riches de ces expériences c’est finalement avec leur acolyte de toujours, Michael Declerck qu’ils produiront leurs titres. Ne cherchez plus, Her est le projet musical à suivre.

JULIETTE ARMANET (FR)
Juliette Armanet, c’est avant tout : une voix, des textes, et un piano.
Une équation simple, rare, que la chanson française attendait impatiemment.
A la bonne heure : la jeune femme impose aujourd’hui la relève, tout en s’inscrivant très naturellement dans l’héritage de la variété « chic ». La voilà, en digne fille de nos mélodies chéries, celles qui vont de Sheller à Tellier ou encore de Michel Berger à Christophe.
Pop-machine à la voix cristalline, cette auteur-compositeur travaille depuis l’adolescence sur ses refrains entêtants, et sur ses textes, taillés au cordeau. Le cœur de sa musique évoque de douces folies sentimentales dans une écriture fini et racée, qui oscille entre nostalgie et humour noir, sincérité et esprit décalé.

DIM. 20 NOV 18H30

JAGWAR MA (AUS)
En partant de l’idée de génie de saboter l’héritage baggy sound de la fin des 80s, Jagwar Ma a mis au point une formule si imparable qu’on se demande pourquoi personne n’y avait pensé avant. Alliant une efficacité club (un kick puissant) à un psychédélisme vintage du meilleur goût, Jagwar Ma joue les branleurs de génie. Leur premier album, Howlin, sorti en 2013, est un disque totalement schizophrène, cocktail de plage alternant pop, psyché et beats électro. Depuis l’année dernière, le trio australien s’est remis au travail pour concocter dans un laboratoire nomade, les nouveaux titres de leur 2ème album prévu pour la rentrée 2016.

LUH (GB)
Wu Lyf est mort, vive LUH ! En effet LUH (Lost Under Heaven) est un duo formé par Ellery Roberts qui fût le leader à la voix rauque qui a participé à la création d’un nouveau modèle incarnant la fureur sauvage de la jeunesse, l’incandescence post-adolescente et le mythe industriel de Manchester. Ce nouveau projet a pris forme à Amsterdam avec Ebony Hoorn, une jeune inconnue qui partage la vie d’Ellery.
Leur premier album est le blockbuster sombre et romantique que cette association promettait. La voix d’Ellery est toujours la même, tandis que celle d’Ebony vient adoucir l’ambiance et arrondir les angles. Car malgré ses apparences turbulentes, LUH est moins extrême que WU LYF, en tout cas moins brut, moins rêche parce que plus travaillé, plus pensé, plus produit.
Il faut de l’attention pour capter toute l’audace de cette musique d’outre-monde, dont les mystères restent entiers malgré la multiplication des écoutes.

RAT BOY (GB)
Rat des villes ou rat des champs ? Résolument Rat Boy des villes, tant ce jeune banlieusard incarne le grand mélange sonique de Londres où se télescopent dans l’affolement les musiques venues de partout en un joyeux foutoir, un joli défouloir. Jordan Cardy est un jeune homme de 19 ans évoquant autant les Beastie Boys que les productions de Fatboy Slim ou la nonchalance d’un Mac DeMarco.
La musique hybride de Rat Boy mélange punk, pop ou hip-hop, entres hymnes foutraques et tubes Rock & Roll survitaminés Ici, le style est particulier, la diction est rapide et le rythme intense.
En quelques essais il a réussi à créer une sphère unique lui permettant de sortir du lot.

LET’S EAT GRANDMA (GB)
Venues de Norwich, Rosa et Jenny n’ont pas 18 ans et jouent un folk de pythies ivres d’amour et d’hydromel. Les deux jumelles ne sont même pas sœurs, mais la ressemblance des visages, des gestes, du théâtre est plus que troublante. Danse des mains, danse des ombres, danse macabre : le concert évoque les noces païennes de Nico et Coco Rosie, à deux voix de spectres et corps en lévitation.
Elles jouent d’une multitude d’instruments, mais leurs corps, qui se frôlent, se croisent restent ceux qui font le plus de bruit, qu’elles dansent dans une rave de sorcières ou se trémoussent sur un rap des fonds hantés d’une forêt sombre.
C’est aussi déroutant que captivant, aussi hostile que charmeur, on sort perplexe de la salle – mais avec l’impression d’avoir été marabouté, avec des bouts de ficelles.

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