Jil Is Lucky + Laurent Lamarca (Chanson – FR)

La Péniche Lille, concert

Jil Is Lucky + Laurent Lamarca (Chanson – FR), 12 octobre 2016 20:00, La Péniche Lille

15 / 16 €
Portes / Doors / Deuren : 20.00

JIL IS LUCKY
http://www.jilislucky.com/
Un premier album en français, une love story universelle sur fond de cordes et de musique 8-bit, une poésie frontale. Un disque audacieux complété d’une multitude de clips et d’un court métrage tourné en 360° et son multidirectionnel. Exploser les cadres pour traduire le tourbillon des jeux amoureux, c’est plus que du cinéma. Et c’est une première en France. Chanceux ? Non, Jil est ambitieux.
À travers l’héroïne Manon, l’auteur décline la figure emblématique de la Lolita, de la Bovary “ce genre de filles qui SONT la poésie, celles avec qui on évoque jamais ces références car leur charme meurtrier est précisément de les incarner sans les connaître”. La sienne est croquée sous les traits d’une jeune djette parisienne franco-japonaise, clubbeuse et branchée, dont le narrateur tombe fou amoureux dès leur première rencontre dans le club où elle mixe de la chiptune music. Au fil des onze chansons, Jil écrit les chapitres de deux âmes à la dérive: à travers cette Manon qui “cachait ses idées noires sous un carré blond”, il est question du mirage de la passion, du manque à crever, des nuits sans sommeil, des humiliations et des lâchetés, des couleuvres que l’amour peut nous faire avaler, des quais de Seine que l’on évite désormais, de paire de sneakers Willow roses bonbon et d’orages à l’horizon. En “passant les saisons à reculons”, Jil s’attarde sur le concept de l’attente amoureuse, de l’espoir malgré tout, envers et contre tout, de l’angoisse de voir l’autre disparaître, oublier, et même revenir.
Tel un storyboard sonore, la musique plante le décor, chaque chanson illustrant un lieu, une action, un sentiment précis, de la première rencontre aux souvenirs qui hantent, jusqu’à l’obsession. “Un simple regard en arrière comme une bombe”. Esthétique kawaii en bas résille, le monde de la nuit au format 8-bit – “une musique à la fois désuète et éternelle, jouée sur de l’électronique passée d’âge mais ramenant notre génération à une mélancolie très forte, celle de l’enfance, de l’innocence” – en guise de décor de cette romance électro-pop-rock. Pour mettre en musique cette vertigineuse valse à contretemps, Jil a opté pour une dualité entre de luxuriants arrangements de cordes et de cuivres et des sons de jouets tirés d’un vieil ordinateur Commodore, de sega master system ou encore de Game Boy. Entre le monde des adultes et des terrains de jeux plus infantiles. “Un combat entre les cordes et les claviers, entre le côté éphémère, superficiel, du monde de Manon et la profondeur des sentiments”. Sa déclaration, Jil la fait à fleur de peau. Voix au premier plan, terriblement présente dans son dénuement – “Je raconte une histoire au creux de l’oreille” -, beat minimal et tourbillons de violons, Jil transpose le vertige amoureux et le mirage des sentiments grâce à ce qu’il appelle “un détournement de son”, une manière de déstabiliser l’écoute avec des mélanges inédits.
Ancien d’Hypokhâgne et féru de poésie française, Jil savait qu’il se lancerait, un jour, dans l’écriture en français. Comme son narrateur face à sa muse, il s’est jeté à l’eau : “Jusqu’ici, je repoussais l’échéance de peur de ne pas trouver mon style car en français, la forme fait le fond. Je voulais qu’on ait la sensation d’un langage direct, passer d’images brutes à des métaphores poétiques”. Comme dans le titre “Le reste en l’air : “Manon tapait l’écume de ses nuits blanches / Et moi, quelques traits sur ses hanches”. Passer du beau au cru d’un trait de plume. Les images sont chirurgicales : “Manon avait le goût de l’aventure / Contre le capot d’une voiture, elle bougeait la tête en arrière / Ses leggings baissés jusqu’aux chaussures / Avec un autre que moi sur, le dos Manon se laissait faire” (“Le goût de l’aventure”). Dans la chanson “À l’envers”, Jil évoque l’abandon de l’amour-propre (“Si tu revenais demain, j’effacerais d’un revers de la main / La honte, les injures, je me souviendrais de rien / Manon, je le jure, tu le sais bien.” Plus qu’un exercice de style, l’écriture dans la langue maternelle répondait au besoin de plonger, comme le narrateur, dans cette “descente aux enfers passionnels”.Les histoires d’amour finissent mal et MANON ne déroge pas à la règle… Heureusement, de cette passion nait un album d’une obscurité flamboyante comme la lumière noire d’un night club.

LAURENT LAMARCA
http://www.laurentlamarca.com/
Dès le deuxième morceau de son album Nouvelle Fraîche, Laurent Lamarca donne le ton : si la chose est un premier disque, façonné en home-studio avec son plus fidèle acolyte Victor, elle fait suite, déjà, à un parcours riche en épisodes et rebondissements. La chanson se nomme J’ai laissé derrière moi. Derrière Laurent Lamarca, il y a des tas de choses, de gens et d’époques. Une enfance heureuse « au bord des vergers » en banlieue lyonnaise, passée à construire des cabanes, s’émerveiller devant les oiseaux, apprendre la clarinette. Des après-midis dans le garage de son père musicien, transformé en home-studio: c’est là que retentirent les notes de son premier groupe, formé avec cousines et sœurs- un groupe de variété sous influence Voulzy auquel il donna le patronyme Musicale Partition. Laurent Lamarca sourit beaucoup. Gai comme un pinson, curieux, enjoué, le jeune homme rejoue, au quotidien, la ballade des gens heureux: il ponctue ses conversations d’éclats de rire, exprime dès que l’occasion se présente la joie que lui procurent son travail de musicien et le fait de sortir un premier album. Derrière Laurent toujours, il y a d’ailleurs une adolescence placée sous le signe de la musique, partagée entre les groupes de rock à guitares héritées de Noir Désir et les projets trip-hop. “J’ai découvert Portishead avec le titre Glory Box sur la B.O. de Chacun cherche son Chat. J’ai adoré et j’ai d’emblée acheté le disque. Au départ, je trouvais les autres morceaux bizarres. Vite, je n’ai plus écouté que ça et j’ai voulu développer un projet qui irait dans ce sens.” Portishead rime avec Radiohead: ça tombe bien, Laurent place aussi la bande de Thom Yorke, pour l’expérimentation et l’audace sonore, dans son panthéon pop.
Ce Curriculum Vita aurait déjà de quoi convaincre. Il faut pourtant lui ajouter les années passées au sein de XX Mariani, groupe de rock sombre et fougueux formé à Lyon avec le complice Victor, qui accompagne encore Laurent aujourd’hui. « On aimait Sonic Youth et Fugazi, At The Drive… On répétait dans une friche industrielle… On a splitté dans la douleur. » De cette séparation artistique, comme d’une rupture amoureuse, Laurent aurait pu ne pas se remettre. C’était compter sans l’optimisme et la fraicheur du jeune homme, et la proposition que lui fait alors un éditeur parisien. Séduit par le talent de Laurent, il propose au jeune homme d’écrire des chansons pour les autres. Après moult hésitations, Laurent accepte le défi et prend le chemin de la capitale. Un nouveau départ qui prend aussi des allures de retour à la case départ: « Je revenais à ce que je faisais au début : de la variété. Mais j’étais plus riche: entre temps, j’étais passé par plusieurs phases, plusieurs genres, plusieurs époques. » A Paris, Laurent joue alors avec Camelia Jordana et Ycare. Encouragé par ses proches, à qui il fait écouter les maquettes des chansons qu’il compose pour les autres (Luce entre autres), le jeune homme décide de revenir à un projet personnel et de chanter sous son propre nom. Sans artifice, ce sera donc Laurent Lamarca, le jeune homme ayant hérité de ce patronyme solaire de ses grands-parents siciliens.
Le musicien veut raconter des histoires avec une guitare- « comme du Bob Dylan en français ». Solo donc, mais pas tout seul pour autant : Laurent est ouvert, il aime les rencontres, se nourrit des collaborations. Il travaille donc avec l’auteure Helene Pince, collaboratrice de Bertrand Burgalat ou Luce. Pour soigner les arrangements, il convie son ancien acolyte Victor. Au mix, il fait appel à l’omniprésent Julien Delfaud (Revolver, Keren Ann, Phoenix). De ces rencontres naîtront Nouvelle Fraîche, un premier disque à l’écriture sensible et au vaste champ musical, qui apparait comme le trait d’union entre les projets passés du monsieur. On y passe du folk (La Main) à la chanson (Les Jolies Choses), de la pop (Kleptomane) à des ambiances électroniques (Garçon Sauvage). “J’aime bien l’idée d’être à mi- chemin entre Souchon et MGMT” résume l’intéressé avec humour. Si le jeune homme respire la joie, ses textes souvent bouleversent, comme celui d’Autour de moi, écrit pour son grand-père alors que celui-ci savait son heure venue. Le public, d’ailleurs, a vite succombé à la personnalité du jeune homme : il l’a ovationné sur la scène des Francofolies de la Rochelle ou en première partie de La Grande Sophie… “J’ai un gros défaut, confesse le musicien, toujours le sourire aux lèvres. Comme pas mal d’artistes, j’ai envie que les gens m’aiment…” . 2013 devrait voir tous ses vœux exaucés.

Jil Is Lucky + Laurent Lamarca (Chanson – FR) was last modified: août 11th, 2016 by Festivals 2016
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