Unidivers Mag soutient haut et fort le festival Transversales cinématographiques (voir nos articles ici, là et encore ici). À l’occasion du bicentenaire des naissances de Wagner et Verdi qui voit fleurir à travers le monde une série d’hommages, mais aussi à Rennes avec la programmation de La Walkyrie de Richard Wagner (voir notre article) ou de Rigoletto de Verdi par l’Opéra de Rennes. Profitant de la célébration de cette année particulière pour les amateurs d’opéra mais également de la musique au sens large, l’université Rennes 2 a placé sous le thème d’« Opéra et cinéma » cette troisième édition des Transversales cinématographiques.

Le festival s’organise autour de plusieurs temps forts que sont la journée d’étude « Opéra et cinéma », un cycle de projections et de tables rondes et également le colloque « Verdi et Wagner 1813–2013 : images croisées », et cela dans différents lieux que sont l’Université Rennes 2, les Champs Libres, le TNB et la Parcheminerie. En ce lundi 11 février, jour de l’inauguration officielle du festival, il est de bon ton de revenir sur cette première journée de festival.

Si inauguration rime souvent avec discours et petits fours, les Transversales n’attendent pas que ces derniers soient présents pour débuter. En effet, tout commence beaucoup plus tôt dans la matinée par une journée d’étude universitaire « Opéra et Cinéma » organisée par Timothée Picard et Jean Cléder (lequel nous avait accordé un entretien). Bien loin d’un lourd cérémonial, la journée se découpe en plusieurs axes thématiques tels que Transposer, adapter ou Affinités électives qui sont composés de plusieurs communications de chercheurs universitaires.

Si les titres de ces dernières peuvent paraître quelque peu obscurs pour le profane – par exemple « Entre monstration et narration, l’influence des opéras chinois sur la mise en scène cinématographique de Tsui Hark » –les différents champs étudiés sont vastes et brossent une bonne partie de l’histoire du cinéma. De Fellini aux multiples adaptations de Carmen à Orson Wells ou Dario Argento, les différentes études et pistes de recherche se centrent sur le film-opéra ou l’opératique qui démontrent, par l’intermédiaire de différents appareils critiques, la porosité qu’il peut y avoir entre les deux arts, les influences mais aussi les détournements des codes de l’un à l’autre. Il est question de langage, de sens, de symbolique et cela démontre au passage l’intérêt de ces sciences à placer l’humain et sa construction au centre des réflexions tout en donnant une vision nouvelle de certains grands classiques évoqués.

Après la clôture de cette journée, mais avant le discours inaugural, est proposée la projection de l’Âge d’Or (60 min 1929) de Bunuel, film mythique du cinéma surréaliste. Mythique, tout d’abord en raison de son histoire : il ne fut projeté qu’une courte période avant d’être interdit jusque dans les années 80. Puis, outre le génie et la maîtrise du réalisateur, il faut noter la présence de Salvatore Dali au scénario. Le film qui laisse la part belle à l’opéra et à la musique classique en nous contant une histoire d’amour quasiment impossible à renfort de symbolisme. Contenant à la fois une partie documentaire sur les scorpions et une fin qui fait écho à une œuvre de Sade, cette œuvre antimilitariste, anticléricale et anti-humaniste est d’une certaine façon incontournable même s’il faut l’avouer quelque peu difficile d’accès.

Le discours et les petits-fours arrivent enfin. L’accent est mis sur la pluralité des lieux et des acteurs qui font vivre ce festival autour de tous les événements qui célèbrent le cinéma, l’opéra et les deux compositeurs. Un accent particulier est mis sur le visuel de cette édition réalisée par des étudiants des Beaux-Arts qui, doit-on l’avouer, est une réussite.

Après un temps à profiter du buffet et de l’accueil qui nous est fait au Tambour commence la deuxième projection qui clôt la soirée, Et vogue le navire... de Roberto Fellini (128 min 1983) qui, pour beaucoup de raisons, est un excellent choix pour représenter la journée et par extension le festival.

En 1914, une cantatrice meurt et sa dernière volonté est de voir ses cendres dispersées au large de l’île qui l’a vue naître. Une croisière funéraire s’organise avec son lot de courtisans, de personnes du gratin politique et artistique. Hommage multiple, tout d’abord à l’opéra avec une distribution de chanteurs issus de la scène lyrique avec de nombreuses scènes chantées d’opéra de Verdi, et ensuite au cinéma avec une mise en scène reprenant l’évolution des techniques du cinéma, Et vogue le navire célèbre, par ces funérailles, la mort de ces deux arts.

Le bateau, cortège funèbre d’un monde à l’aube de la Première Guerre mondiale ne suis en fait que son propre périple vers sa mort, voguant sur une mer imaginaire, l’égal d’un Styx représenté par les trucages du neuvième art. Le cinéma est embarqué dans l’histoire, du quai jusqu’au bateau par l’œil symbolique du journaliste chroniqueur qui fait le lien entre les différents protagonistes. La mort de ces deux arts est poussée à un climax final où la diégèse se rompt dévoilant les studios de Cinecitta, lieu de tournage du film où l’on devine la silhouette du réalisateur derrière sa caméra. On en ressort avec un mélange de sentiments variés bercés par les allégories qu’un Fellini magicien a su développer avec grand talent.

Cette journée inaugurale est sans conteste une réussite avec une programmation riche et exigeante où l’on prend plaisir à découvrir ou à redécouvrir des œuvres diverses par le biais de la transversalité entre les arts, élément important de la création artistique.

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