sam24 juillet 2021

TDN 2021 : PARTAGEZ UN MOMENT BUCOLIQUE AVEC PASTURE WITH COWS DE CAPTAIN BOOMER

Le collectif Captain Boomer présentera du 9 au 11 juillet Pasture with cows au Parc du Thabor, un tableau vivant qui interroge les rapports entre fiction et réalité et la relation au bétail.

Le collectif belge Captain Boomer met cette année en scène un projet artistique et écologique original. Au programme, une installation grandeur nature dans le cadre du festival des Tombées de la Nuit. « Pasture with cows » se définit par un « tableau de peinture qui devient réalité », selon son directeur artistique et metteur en scène Bart Van Peel. Dans un pré recréé dans le Carré Duguesclin au Parc du Thabor, des vaches broutent, sous l’œil interloqué des spectateurs et sous le regard avisé de comédiens peignant les animaux. Dans une « scène bucolique d’une vache dans un pré, on redécouvre le thème pastoral, l’idéalisation de la vie d’un paysan » et l’idée d’un art encadré. La scène bucolique et le thème pastoral furent des thèmes mis à profit pendant des siècles, d’où l’idée ici de les mettre à l’honneur et de révolutionner le genre. Des comédiens, dans l’espace délimité, dessinent les bovidés, dans un style traditionnel, cherchant à renouveler cet art. Bart Van Peel nous explique : alors même qu’une « peinture arrête le temps, on encadre la réalité pour inviter les gens à rentrer dans l’art. »

Le collectif cherche aussi à rendre compte de la glorification de la relation avec le bétail. Captain Boomer nous interpelle : « Comment ce processus est-il possible, sachant qu’à la fin on achète de la viande ? ». Sans réponse ni morale, l’exposition pose des questions sociales, écologiques et politiques aux spectateurs. « Pasture with cows » appelle à arrêter le rythme de la ville et prendre celui de ces bêtes calmes, qui « nous hypnotisent ». Comme une « machine à zen que l’on pose dans la ville ».

pasture with cows
Vue du haut de l’installation. ©Stephen Wright

Les spectateurs seront très proches des vaches, mais ne vont pas pouvoir les toucher. L’idée est de les faire communiquer avec les animaux, tout en mettant en évidence le fait qu’il s’agisse d’une installation singulière, séparée. Le directeur artistique développe sur la situation des personnes observatrices : « les gens sont pris au piège, obligés de remarquer ce qu’il y a autour ». Finalement, « ça parle à beaucoup de gens, il faut être calme, regarder, être passif. » « Des gens sont là pendant des heures », tranquillement assis en face du dispositif. De quoi donner envie de se poser aux beaux jours devant ce pré revisité.

« Le projet « Pasture with cows » est aussi important qu’il est social, et permet d’indispensables moments de rencontres. »

Bart Van Peel

À souligner, le festival des Tombées de la Nuit est l’un des coproducteurs du projet. Il joue donc un rôle prépondérant dans l’organisation du projet, puisqu’il est un des premiers à en avoir vu le potentiel. Cela fait deux ans que l’idée d’aller à Rennes s’est implantée dans les esprits de l’équipe, concrétisant désormais le projet. Le spectacle a déjà été présenté à Londres, Paris et Anvers : à Londres au Royal Naval College à côté de la Tamise, et à Paris au Parc de La Villette.

À la question du choix du parc du Thabor, Bart Van Peel évoque différentes possibilités. Après mûres observations, la décision du collectif se porte unanimement sur ce parc parce que « symétrique. La forme de la pelouse est en trapèze (quadrilatère à deux côtés parallèles), et une vierge sur un pilier très haut regarde la pelouse. Elle a la perspective parfaite pour voir l’installation, selon le metteur en scène. « Et en pleine ville et très joli parc.» Le fait qu’il s’agisse d’un parc de style classique anglo-français, donne du « romantisme, avec déjà un cadre autour ainsi qu’une esthétisation de la nature qui est déjà présente ». Ici, la peinture vivante sera intégré de manière plus « coulante » puisque l’idée de l’installation est déjà dans le parc.

pasture with cows
Le carré Duguesclin au Parc du Thabor, où aura lieu la performance.

Pourquoi des vaches ? Parce qu’elles représentent des animaux assez sereins, au moins dans les imaginaires. Bart Van Peel met également en valeur le fait que dans nombreuses cultures – en Inde par exemple -, les vaches sont sacrées. Leur « rythme nous apaise ». Pour leur bien-être et pour des raisons sanitaires, ce ne sont pas toujours les mêmes bovidés qui sont sollicités. Ainsi à Rennes, certaines vaches sont originaires de la région et sont « prêtées » par des agriculteurs du coin. Leur place dans l’agro-alimentaire interroge aussi notre rapport au végétarisme. Nombre de gens pensent à devenir végétarien sans parvenir à changer drastiquement leur façon de manger. Bart Van Peel reconnaît volontiers qu’il fait partie de ces personnes. Sachant la lente avancée dans les mentalités, le directeur artistique veut que les gens se posent des questions, comme lui-même pour sa propre alimentation.

« On se moque un peu du discours qu’il y a sur l’agriculture et on interroge les différences entre ville et campagne ». On aperçoit là deux autres objectifs de l’installation : souligner le contraste entre ville et campagne et au moins en rire, au mieux en discuter. Bart Van Peel nous fait part de l’attrait du collectif pour les clichés qui entourent ces deux espaces : la « frustration de la campagne » contre le « mépris de la ville ». Le texte pensé par le metteur en scène met aussi cela en scène, image d’un « cliché que l’on met littéralement en scène et qui vit

pasture with cows
Les comédiens du collectif avec leurs congénères. ©Stephen Wright

Le collectif s’était déjà fait remarquer avec le faux cachalot échoué (voir notre article et série de photos) en 2016. Le point commun ici est que « Pasture with cows » continue d’investir la relation entre fiction et réalité. « Rassembler les gens autour d’une chose naturelle » et interroger la relation entre l’art et la réalité, telle est la mission de Captain Boomer. À l’époque, la baleine n’était pas vraie. Maintenant les vaches le sont, mais sont placées dans un cadre qui ne l’est pas. Ici, loin du message beaucoup plus sombre de la Baleine, on cherche à « jouir d’un tableau de la nature », dans une « idylle totale », une esthétisation de la nature.

« On n’est pas des militants, mais des artistes, on pose des questions à travers l’art » affirme Bart Van Peel. « On veut que les gens découvrent par eux-mêmes et tirent leurs propres conclusions.» Leur approche, différente des ONG réfléchit à la possibilité d’une « nouvelle manière de gérer le bétail. » Mais aussi à la finalité de l’art : le metteur en scène précise le rôle de son collectif dans l’évolution des mentalités. « L’art a un côté politique, il n’est pas gratuit ni sans but. Celui-ci est de changer l’âme et l’esprit. Et la politique suit. » Tout cela, dans une démarche de proposition et non d’injonction.

En estompant les frontières entre réalité et fiction, le Collectif nous donne à voir un autre monde, celui d’une harmonie entre humanité et animal, humain et nature, vivant et art. Tout cela avec une pointe d’humour et d’autodérision, bien sûr, puisque des vaches en plein centre-ville, ça n’arrive pas tous les jours.

INFOS PRATIQUES

« Pasture with cows » au Carré Duguesclin dans le Parc du Thabor du 9 au 11 juillet.

Horaires : 14h30-20h30

Présentation sur le site des Tombées de la Nuit.

Voir la précédente performance de Captain Boomer à Rennes avec sa baleine échouée.

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Le collectif Captain Boomer présentera du 9 au 11 juillet Pasture with cows au Parc du Thabor, un tableau vivant qui interroge les rapports entre fiction et réalité et la relation au bétail.

Le collectif belge Captain Boomer met cette année en scène un projet artistique et écologique original. Au programme, une installation grandeur nature dans le cadre du festival des Tombées de la Nuit. « Pasture with cows » se définit par un « tableau de peinture qui devient réalité », selon son directeur artistique et metteur en scène Bart Van Peel. Dans un pré recréé dans le Carré Duguesclin au Parc du Thabor, des vaches broutent, sous l’œil interloqué des spectateurs et sous le regard avisé de comédiens peignant les animaux. Dans une « scène bucolique d’une vache dans un pré, on redécouvre le thème pastoral, l’idéalisation de la vie d’un paysan » et l’idée d’un art encadré. La scène bucolique et le thème pastoral furent des thèmes mis à profit pendant des siècles, d’où l’idée ici de les mettre à l’honneur et de révolutionner le genre. Des comédiens, dans l’espace délimité, dessinent les bovidés, dans un style traditionnel, cherchant à renouveler cet art. Bart Van Peel nous explique : alors même qu’une « peinture arrête le temps, on encadre la réalité pour inviter les gens à rentrer dans l’art. »

Le collectif cherche aussi à rendre compte de la glorification de la relation avec le bétail. Captain Boomer nous interpelle : « Comment ce processus est-il possible, sachant qu’à la fin on achète de la viande ? ». Sans réponse ni morale, l’exposition pose des questions sociales, écologiques et politiques aux spectateurs. « Pasture with cows » appelle à arrêter le rythme de la ville et prendre celui de ces bêtes calmes, qui « nous hypnotisent ». Comme une « machine à zen que l’on pose dans la ville ».

pasture with cows
Vue du haut de l’installation. ©Stephen Wright

Les spectateurs seront très proches des vaches, mais ne vont pas pouvoir les toucher. L’idée est de les faire communiquer avec les animaux, tout en mettant en évidence le fait qu’il s’agisse d’une installation singulière, séparée. Le directeur artistique développe sur la situation des personnes observatrices : « les gens sont pris au piège, obligés de remarquer ce qu’il y a autour ». Finalement, « ça parle à beaucoup de gens, il faut être calme, regarder, être passif. » « Des gens sont là pendant des heures », tranquillement assis en face du dispositif. De quoi donner envie de se poser aux beaux jours devant ce pré revisité.

« Le projet « Pasture with cows » est aussi important qu’il est social, et permet d’indispensables moments de rencontres. »

Bart Van Peel

À souligner, le festival des Tombées de la Nuit est l’un des coproducteurs du projet. Il joue donc un rôle prépondérant dans l’organisation du projet, puisqu’il est un des premiers à en avoir vu le potentiel. Cela fait deux ans que l’idée d’aller à Rennes s’est implantée dans les esprits de l’équipe, concrétisant désormais le projet. Le spectacle a déjà été présenté à Londres, Paris et Anvers : à Londres au Royal Naval College à côté de la Tamise, et à Paris au Parc de La Villette.

À la question du choix du parc du Thabor, Bart Van Peel évoque différentes possibilités. Après mûres observations, la décision du collectif se porte unanimement sur ce parc parce que « symétrique. La forme de la pelouse est en trapèze (quadrilatère à deux côtés parallèles), et une vierge sur un pilier très haut regarde la pelouse. Elle a la perspective parfaite pour voir l’installation, selon le metteur en scène. « Et en pleine ville et très joli parc.» Le fait qu’il s’agisse d’un parc de style classique anglo-français, donne du « romantisme, avec déjà un cadre autour ainsi qu’une esthétisation de la nature qui est déjà présente ». Ici, la peinture vivante sera intégré de manière plus « coulante » puisque l’idée de l’installation est déjà dans le parc.

pasture with cows
Le carré Duguesclin au Parc du Thabor, où aura lieu la performance.

Pourquoi des vaches ? Parce qu’elles représentent des animaux assez sereins, au moins dans les imaginaires. Bart Van Peel met également en valeur le fait que dans nombreuses cultures – en Inde par exemple -, les vaches sont sacrées. Leur « rythme nous apaise ». Pour leur bien-être et pour des raisons sanitaires, ce ne sont pas toujours les mêmes bovidés qui sont sollicités. Ainsi à Rennes, certaines vaches sont originaires de la région et sont « prêtées » par des agriculteurs du coin. Leur place dans l’agro-alimentaire interroge aussi notre rapport au végétarisme. Nombre de gens pensent à devenir végétarien sans parvenir à changer drastiquement leur façon de manger. Bart Van Peel reconnaît volontiers qu’il fait partie de ces personnes. Sachant la lente avancée dans les mentalités, le directeur artistique veut que les gens se posent des questions, comme lui-même pour sa propre alimentation.

« On se moque un peu du discours qu’il y a sur l’agriculture et on interroge les différences entre ville et campagne ». On aperçoit là deux autres objectifs de l’installation : souligner le contraste entre ville et campagne et au moins en rire, au mieux en discuter. Bart Van Peel nous fait part de l’attrait du collectif pour les clichés qui entourent ces deux espaces : la « frustration de la campagne » contre le « mépris de la ville ». Le texte pensé par le metteur en scène met aussi cela en scène, image d’un « cliché que l’on met littéralement en scène et qui vit

pasture with cows
Les comédiens du collectif avec leurs congénères. ©Stephen Wright

Le collectif s’était déjà fait remarquer avec le faux cachalot échoué (voir notre article et série de photos) en 2016. Le point commun ici est que « Pasture with cows » continue d’investir la relation entre fiction et réalité. « Rassembler les gens autour d’une chose naturelle » et interroger la relation entre l’art et la réalité, telle est la mission de Captain Boomer. À l’époque, la baleine n’était pas vraie. Maintenant les vaches le sont, mais sont placées dans un cadre qui ne l’est pas. Ici, loin du message beaucoup plus sombre de la Baleine, on cherche à « jouir d’un tableau de la nature », dans une « idylle totale », une esthétisation de la nature.

« On n’est pas des militants, mais des artistes, on pose des questions à travers l’art » affirme Bart Van Peel. « On veut que les gens découvrent par eux-mêmes et tirent leurs propres conclusions.» Leur approche, différente des ONG réfléchit à la possibilité d’une « nouvelle manière de gérer le bétail. » Mais aussi à la finalité de l’art : le metteur en scène précise le rôle de son collectif dans l’évolution des mentalités. « L’art a un côté politique, il n’est pas gratuit ni sans but. Celui-ci est de changer l’âme et l’esprit. Et la politique suit. » Tout cela, dans une démarche de proposition et non d’injonction.

En estompant les frontières entre réalité et fiction, le Collectif nous donne à voir un autre monde, celui d’une harmonie entre humanité et animal, humain et nature, vivant et art. Tout cela avec une pointe d’humour et d’autodérision, bien sûr, puisque des vaches en plein centre-ville, ça n’arrive pas tous les jours.

INFOS PRATIQUES

« Pasture with cows » au Carré Duguesclin dans le Parc du Thabor du 9 au 11 juillet.

Horaires : 14h30-20h30

Présentation sur le site des Tombées de la Nuit.

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