Dans le cadre des Journées Européennes des Métiers d’Art les 6, 7 et 8 avril 2018, nombre d’artisans ont ouvert les portes de leur atelier au public. C’est le cas de la Cité Pierre Louaïl à Rennes, ancienne usine réhabilitée en cité d’artisanat d’art. Un lieu qui reste peu connu des Rennais alors qu’il est habité d’histoire et de savoir-faire d’exception.

Quel est ce bâtiment situé au 13 et 15 Boulevard Franklin Roosevelt devant lequel passent chaque jour des milliers de Rennais ? Des bureaux ? Un hangar désaffecté ? Une pancarte triangulaire grise au dessus de la porte est frappée du nom de « Cité Pierre Louaïl ».

Pierre Louail Rennes

Ancienne usine fondée en 1928, la Cité Pierre Louaïl est dédié depuis 1988 à l’artisanat d’art. La confection de landaus, poussettes et jouets a laissé la place à la restauration de sièges, la fabrication de céramiques, sculptures, et instruments de musique.

Cité Pierre Louaïl rennes

Dissimulés derrière une imposante architecture de béton et de métal, cinq artisans cohabitent dans ce lieu au rude charme industriel du début du XXe siècle. À l’occasion des Journées Européennes des Métiers d’Art, la grande porte bleue du hangar est restée ouverte afin d’accueillir – autour d’une exposition, d’animations et de démonstrations – les visiteurs à visiter le lieu et apprécier l’importance de la fabrication artisanale.

De réputation internationale pour certains, les cinq artisans ont ouvert les portes de leur atelier où leur savoir-faire d’exception est mis à l’œuvre. L’occasion de pénétrer dans l’envers du décor de la fabrication et du processus de création d’un artisan.

Dès l’entrée, une sculpture en fer du sculpteur contemporain sur métaux GIL accueille le visiteur. Une bonne entrée en matière qui ne s’arrête pas et se poursuit avec les nombreuses créations de Thierry Laudren (voir ici notre article). Arpentant les murs du couloir qui dessert chaque atelier, les sculptures fantastiques et absurdes de l’ébéniste-sculpteur accompagnent le visiteur au long de cette plongée dans l’univers de chaque artisan d’art.

Mais avant de pénétrer dans ce long couloir, une halte à l’extérieur était souhaitable. Une immersion dans l’atelier du tapissier-décorateur Bertrand Mainguené. Présent au sein du centre artisanal depuis 1991, son atelier est empreint de cette atmosphère des ateliers de restauration : effluves de meubles anciens et odeurs de sièges éventrés sur fond de tapisseries moirées.

Journées européennes des métiers d'art 2018 Cité Pierre Louaïl Rennes

Les sièges n’ont pour lui aucun secret. Qu’ils soient contemporains ou anciens, ses mains de tapissier-décorateur font des prouesses avec tous les tissus d’ameublement : restauration de sièges, revêtement mural et de « décors de fenêtres » (autrement dit, les rideaux et stores). Très à la mode dans les années 1985-1990, que ce soit le revêtement en lui-même ou la couche installée au préalable, les produits employés étaient souvent de mauvaise qualité, ce qui provoquait un vilain vieillissement sur la durée. Un travail parfait pour Bertrand Mainguené qui restaure aussi bien des biens publics que privés.

Journées européennes des métiers d'art Cité Louaïl Rennes

Un peu plus loin, l’atelier de Françoise Dufayard recèle une myriade de secrets de fabrication. Arrivée en 1988, lors de l’ouverture, cette céramiste est l’une des premières à avoir posé ses outils d’artisan à la Cité. Ses multiples voyages en Asie, de la Thaïlande jusqu’au Sri Lanka, et les céramiques traditionnelles orientales constitue une source d’inspiration inépuisable pour ses créations translucides aux couleurs chaudes.

Journées européennes des métiers d'art Cité Pierre Louaïl rennes

Elle expose depuis 18 ans à Londres où le public comprend davantage la différence entre arts et artisanat et semble davantage sensible aux créations artisanales que nos compatriotes français. À ce propos, la location récente au sein de la Cité Pierre Louaïl de deux ateliers par l’École Européenne Supérieure des Arts de Bretagne (EESAB) suscite un évident mécontentement des artisans.

C’est le cas de Véronique Martin qui oeuvre ardemment à promouvoir des savoirs-faire artisanaux pas assez reconnus. Spécialisée dans la fabrication d’objets, elle a emménagée à la Cité Pierre Louaïl il y a seulement 3 ans où elle dirige l’Atelier d’Art Martin.

Journées européennes des métiers d'art Cité Louaïl Rennes

Dernière arrivante, elle s’amuse à concocter « sa petite cuisine » dans cet atelier où s’entassent moules, peintures et autres outillages. Commandes publiques ou privées, elle travaille avec la symbolique du nombre d’or, utilisé par des centaines d’artistes pour l’aspect esthétique qu’il confère à une œuvre d’art. Omniprésent dans l’art, les plus grands ont fait appel à lui : Léonard de Vinci, Géricault ou, encore, Botticelli.

Ses sculptures sont réalisées en poudre de granit de différents coloris. Elle extirpe plus précisément ce qu’elle aime appeler « la perle », c’est-à-dire la matière où se trouve le plus de mica (une pierre miroitante).

Une fois revenu dans le hall, le visiteur découvre la sculpture de Thierry Laudren en cours de production : une petite fille qui joue à la corde à sauter attendait patiemment son créateur. La tronçonneuse est déjà passée élaguer le surplus de matière du tronc de bois qui va lui donner naissance. Les créations surréalistes de l’ébéniste-sculpteur hantent la Cité de Louaïl depuis 22 ans maintenant. Humains, bestiaire, affiche de films, nature… tout ce qui l’entoure est une source d’inspirations féconde.

Ne s’imposant aucune règle de création, ses meubles-sculptures sont perpétuellement en cours de fabrication selon le sculpteur Thierry Laudren. « C’est très fréquent que je prenne une œuvre terminée pour la modifier et ce, jusqu’à ce qu’elle ne soit pas vendue. Je travaille sur une sculpture depuis 10 ans par exemple ». Bien que son cœur balance un peu plus du côté de la création artistique, Thierry Laudren est également restaurateur des monuments historiques spécialisé dans les pièces en bois sculptées anciennes.

Journées européennes des métiers d'art Cité Louaïl Rennes
La métamorphose du papillon, sculpture-meuble, Thierry Laudren

Une rétrospective serait la bienvenue et offrirait la possibilité de comprendre et d’admirer l’étendue de son travail : un monde peuplé de créatures fantastiques. La créature du cultissime Alien, le huitième passager (1979) inspire La métamorphose du papillon alors que le héros masqué Zorro change de sexe dans le meuble-sculpture Zorro est une femme

Journées européennes des métiers d'art Cité Louaïl Rennes
Zorro est une femme, sculpture-meuble, Thierry Laudren

Restauratrice de céramique, sculpteurs, fabricante de lampes, d’horloges, bijoutier-créateur, feutrière et coutelier… Au total, seize artisans d’art ont également répondu présents à l’invitation de la Cité Pierre Louaïl et ont présenté leur travail aux côtés de celui de Thierry Laudren. Une occasion d’élargir le champ de l’artisanat, de partager sa passion et sans doute de susciter de nouvelles vocations. Le thème de cette année n’était-il pas « Futurs en transmission » ?

Ah, voilà l’atelier de Gilles Pourtoy. Un luthier auquel nous avions consacré déjà un portrait (voir notre article). Évitez de lui rendre visite quand il est pris de boisson si vous ne souhaitez pas être mal reçu.

Docteur en pharmacie, rien ne menait Yoëlys vers le travail de la laine feutrée. Passionnée par la nature et le monde végétal, c’est cependant le moyen qu’elle a choisi pour matérialiser ce que la nature lui inspire. Formée par Sandrine Bihorel, artiste-feutrière de Bazouges-la-Pérouse connue mondialement, cette technique est encore très peu connue en France. Le mélange de couleurs dans ses bijoux et décorations d’intérieur avaient de quoi séduire les enfants et les adultes.

Journées européennes des métiers d'art Cité Louaïl Rennes

Dans un tout autre registre, les couteaux de Pattrice, coutelier, forgeron et graveur, sont de petits bijoux d’exception. Maniant les techniques de l’artisanat depuis l’âge de 16 ans, il n’a jamais cessé de perfectionner son travail. Bijoutier-joaillier de formation, il rencontre la forge et le couteau lors d’un salon artisanal en 1999. Il apprend alors en autodidacte différentes techniques de forge : simple, en sandwich et en damas. Il ne s’arrête pas là et se lance dans l’apprentissage de la gravure sur métaux en 2011, au Conservatoire des Meilleurs Ouvriers de France à Saint-Étienne.

Trouvant des inspirations dans les motifs des cathédrales et de l’Art Nouveau, son intérêt pour la photographie d’insectes, de paysages maritimes et de fleurs diversifie sa palette d’influences.

Les Journées européennes des Métiers d’art sont cette année terminées, la Cité Pierre Louaïl a refermé ses portes. Les artisans retournent dans l’ombre de leurs ateliers avec l’espoir d’avoir partager leurs passions et susciter l’intérêt que ces corps de métiers méritent. Mission accomplie.

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