Les Bretons par Pierre-Henri Allain : success stories in Breizh Valley

dans la rubrique Rennes Bretagne, Société, Politique, Economie.

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Publié le 04 Jan 2017

Comment peut-on être BRETON ? Montesquieu ne s’était pas penché sur la question, mais Pierre-Henri Allain y répond à sa manière à la demande d’Henry Dougier, éditeur à l’écoute du monde. Rencontre avec le journaliste auteur du livre Les Bretons.

 

pierre-henri allain

Pierre-Henri Allain par Brigitte Langlais

Unidivers : La collection lancée par Henry Dougier (fondateur des éditions Autrement) pour « partager les émotions des peuples, leurs valeurs » comporte déjà six titres (Les Lituaniens, Les Norvégiens, Les Islandais, Les Allemands, Les Écossais, Les Polonais) et s’apprête à en publier cinq autres tout aussi tournés vers les pays du nord. Que fait la Bretagne parmi ces nations ?

Pierre-Henri Allain : Henry Dougier a une immense passion pour notre région bretonne. Pour lui, elle est à la pointe – dans tous les sens du terme ! Il m’a déjà confié un livre pour la collection R sur la reconversion énergétique en Bretagne. Il a eu envie de l’inclure dans la série Lignes de vie d’un peuple.

U. : Une thématique magnifiquement illustrée en couverture par un avant-bras comme tatoué par le tracé cartographique du pays.

bretons Pierre-Henri Allain : C’est une très belle idée de l’artiste photographe Céline Boyer pour personnifier ces « Lignes de vie ». En l’occurrence, il s’agit de la main de Louri, Bretonne de 26 ans dont les parents et grands-parents ont participé à l’épanouissement et à la reconnaissance de la Bretagne à travers son histoire, sa langue, ses arts, ses musiques, son patrimoine.

U. : Dans le droit fil de ce livre où vous avez sélectionné 25 personnes représentatives de la région Bretagne.

Pierre-Henri Allain : Elles n’y sont pas forcément nées, n’y vivent pas toutes, mais contribuent à dresser un panorama large, un peu décalé des Bretons, dotés d’un certain état d’esprit et d’une forte volonté.

U. : Vous les avez classés en cinq chapitres : les chefs d’orchestre, les esthètes, les rois et reines du terroir, les entrepreneurs et les aventuriers. Comment avez-vous fait pour les sélectionner ? Est-ce que ce sont des gens que vous avez croisés au cours de vos reportages en Bretagne pour Libé ou l’agence Reuters ?

Pierre-Henri Allain : Dans certains cas, oui, comme le géographe Jean Ollivro ou le producteur Jean-François Le Corre. Certains sont de vraies célébrités comme la chanteuse Yelle, les frères Bouroullec ou la patronne de pêche Scarlette Le Corre. D’autres ne sont pas connus du grand public, mais ils ont en commun une attitude collective, rassembleuse et souvent inventive.

U. : Et ils ne restent pas les deux pieds dans le même sabot, comme on dit chez nous !

Pierre-Henri Allain : Oui, ils ont « dépassé leurs limites » comme dit Jack Kerouac que je cite dans ma déclaration d’intention. Souvent, c’était une question de survie.

U. : Parfois, les histoires sont incroyablement belles et dignes d’un conte de fées, comme celle de Yannig et Tangi, deux jumeaux originaires de Colombie, séparés à la naissance et adoptés par deux familles distinctes de Bretagne.

pierre-henri allainPierre-Henri Allain : Les garçons se sont connus à l’âge de sept ans. Ils sont devenus les « sonneurs noirs », des stars de la bombarde et du biniou. Ils ont joué avec Dan Ar Braz, Alan Stivell, Carlos Nunez et même Ibrahim Maalouf !

U. : La musique, c’est l’échange, le mélange, n’en déplaise à certains idiots qui les ont stigmatisés pour leur couleur de peau !

Pierre-Henri Allain : Oui, ils ont certainement contribué à développer le métissage dans les formations traditionnelles bretonnes.

U. : Dans la catégorie « ouverture », on aime aussi l’histoire de Ali Ahamed, champion de canoë-kayak, maître ès break dance à Quimper et organisateur d’un festival de hip-hop. Il arrive que ses danseurs et D-jays se mélangent au bagad Glazik !

Pierre-Henri Allain : Cet esprit d’ouverture s’illustre aussi avec Lisardo Lombardia, le directeur du Festival Interceltique de Lorient.

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Nadine Thouvenin

U. : Et il se diffuse hors de nos « frontières » avec Gérard Pont qui dirige les Francofolies et le Printemps de Bourges.

Pierre-Henri Allain : « La culture, c’est notre pétrole », dit-il !

U. : … et aussi un formidable outil pour faire des miracles. La preuve avec Nadine Thouvenin, et son association IDD (pour Idées détournées) à Lorient.

Pierre-Henri Allain : J’ai rencontré plein de femmes formidables ! Anne Quéméré, la rameuse exploratrice très investie dans l’écologie, Marie Eloy, la fondatrice de « Femmes de Bretagne », Anaïs Kerhoas qui s’impose dans le monde des plantes aromatiques avec les Tisanes d’Anaïs.

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C. Le Coq par Olivier Ezratty

U. : … et Christel Le Coq qui a inventé un sextoy ! La technologie n’est pas absente – on découvre Stéphane Donikian, co-fondateur de Golaem, logiciel de simulation utilisé par les plus grands studios de cinéma mondiaux.

Pierre-Henri Allain : C’est vrai. Mais j’ai une tendresse particulière pour ceux qui raisonnent slow ou bio, comme Jean-Sébastien Piel, agriculteur bio à Saint-Pern (35), Owen Poho, designer installé dans les Monts d’Arrée, Guillaume Le Grand qui relance le transport de marchandises à bord de vieux bateaux à voile ou Corentin de Chatelperron, nomade des mers parti pour trois ans promouvoir des technologies avec un minimum de moyens et un maximum d’efficacité.

U. : En matière de littérature, vous nous apprenez que Caryl Ferey vient de Montfort-sur-Meu !

Caryl Ferey

Caryl Ferey

Pierre-Henri Allain : C’est un homme d’une grande fidélité à la Bretagne et à sa bande de potes du Chien Jaune (NDLR : mythique bar de la rue d’Antrain à Rennes). Il a gardé la rock’n’roll attitude. Du pur breton.

U. : Allez, on ne quitte pas les Bretons sans manger un morceau ou boire un coup ?

Pierre-Henri Allain : Alors je vous emmène déguster un poisson chez Xavier et Mika Pensec au restaurant Hinoki à Brest – ils le préparent dans les meilleures règles de l’art culinaire nippon. Au retour, on fait un détour pour aller boire une bière avec Mathieu Bostyn, au Champ Commun à Augan (56). Cet ex Lillois, devenu un « Ch’ti Breton » est la cheville ouvrière de ce bar, micro-brasserie et épicerie. Il ne tarit pas d’éloge sur sa terre d’adoption et ne pourrait plus en bouger !

Livre Les Bretons Pierre-Henri Allain à paraître en mars 2017 aux Ateliers Henry Dougier, 12€, Diffusion Seuil/Volumen

Ateliers Henry Dougier

Pierre-Henri Allain est journaliste et correspondant permanent du quotidien Libération et de l’agence Reuters en Bretagne. Il a couvert les principaux événements survenus dans la région au cours des trente dernières années. Il est l’auteur de Reconversion énergétique, la Bretagne en pointe, paru en 2015.

Les Bretons par Pierre-Henri Allain : success stories in Breizh Valley was last modified: janvier 4th, 2017 by Marie-Christine Biet