MUSIQUE ET CINÉMA : LAURENT KORCIA AU COUVENT DES JACOBINS

Le temps passe vite et il y a déjà près de trois ans que Laurent Korcia n’était pas venu à Rennes faire une démonstration de son merveilleux talent. Depuis le vendredi 16 mars, cette erreur est réparée et le violoniste amoureux de la Bretagne a pu faire connaissance, après une longue et solitaire déambulation dans les rues du centre-ville de Rennes, de son nouveau Palais des Congrès Couvent des Jacobins.

Laurent Korcia aime Rennes… et c’est très bien, car la capitale bretonne lui rend bien ! Il faut reconnaître que les deux soirées du vendredi et du samedi, furent de haut niveau. L’OSB était placé pour ces soirées sous la baguette du chef invité Debora Waldman qui a fait preuve d’une belle autorité en dirigeant cet ensemble de façon rigoureuse.

LAURENT KORCIA JACOBINS

Le thème du cinéma et de sa rencontre avec la musique classique trouvait sa première illustration dans l’ouverture du célébrissime Don Giovanni de Mozart. Milos Forman et lui, semblant s’entendre parfaitement, c’est avec la symphonie numéro 25 en sol mineur K.183, et qui sert d’introduction au film, que nous nous remémorerons les images du Vienne de 1823.., alors que du fond de sa cellule, l’infortuné Antonio Salieri, hurle désespérément …. « Mozart pardonne à ton assassin !»

LAURENT KORCIA JACOBINS
Il convient pourtant de ne pas oublier qu’entre ces deux bons moments, l’exécution de l’andante de la symphonie concertante pour violon et alto en mi bémol majeur K. 364, nous avait permis d’entendre lors d’une première apparition le violon de Laurent Korcia, mais aussi l’alto de Cyril Robert, le local de l’étape, lesquels nous ont proposé un mano à mano harmonieux et équilibré, aucun instrument ne laissant vraiment l’autre prendre le leadership, nous offrant par la même un dialogue raffiné et intelligent. Une remarquable page musicale !

LA NOUVELLE BABYLONE
Restant dans le domaine du cinéma, c’est le film muet des réalisateurs Russes Grégori Kosintsev et Léonid Trauberg La nouvelle Babylone qui est mis en musique par Dmitri Chostakovitch. C’est, pour ce grand musicien, la première participation avec le monde de l’image. Par la suite, on ne dénombrera pas moins d’une quarantaine de musiques de film. On ne saurait reprocher à cette œuvre un quelconque manque d’énergie : c’est un véritable déferlement de cuivres tonitruants, de percussions énervées en diable, alternant avec des séquences sombres. On a l’impression de regarder un kaléïdoscope nous proposant tout le spectre des émotions qu’une musique de film peut produire. Tout y est ! La tempête sur fond de mer déchaînée, l’émotion de retrouvailles, le calme d’un lever de soleil, le drame d’une mort tragique. L’avantage de ce catalogue aux accents satiriques est au moins de mettre en avant quelques-uns des musiciens de l’orchestre.

Laurent Dhoosche

Laurent Dhoosche et son hautbois font merveille comme dans Mozart, la trompette de Fabien Bollich sonne un vigoureux rappel, mais pas moins énergique que le basson de Marc Mouginot. Heureusement en quelques notes légères et virtuoses, Eric Bescond et sa flûte traversière ramènent un peu de calme et d’apaisement. Ce film, censé raconter les amours tragiques d’une vendeuse et d’un soldat à l’heure de la commune à Paris, lesquels, malgré leurs sentiments ne sont pas dans le même camp, a été mis à l’écran en 1929. La musique de Chostakovitch, pas dénuée d’arrière-pensées politiques, lui donne une vraie vie, foisonnante et drolatique.

C’est avec le concerto pour violon en ré majeur opus 35 de Erich Wolfgang Korngold que nous aurons le plaisir de retrouver Laurent Korcia et son merveilleux Stadivarius de 1719, le « Zhan », prêté généreusement par le groupe LVMH. Là aussi s’identifient aisément des accents propres à la musique de film, mais s’agissant d’un concerto, elle n’a aucun besoin d’être fonctionnelle, elle n’illustre aucune situation particulière et laisse s’exprimer l’auteur sans aucune contrainte. Le cinéma américain doit indirectement beaucoup au nazisme, car sans la fuite obligée des élites juives allemandes et autrichiennes, comme Korngold ou Schoenberg, leurs productions n’auraient peut-être pas connu de tels succès. Pour se persuader de l’importance de la musique dans le cinéma, transposons nous à l’époque moderne, saurions nous nier l’impact d’un musicien comme John Williams.

Laurent Korcia nous offre une interprétation étincelante et habitée de cette œuvre qui avait été créée par l’immense violoniste Jascha Heifetz, le 15 février 1947, en compagnie de l’orchestre symphonique de Saint Louis. Il est clair qu’après une telle référence, notre invité n’avait aucun droit à l’erreur, il a eu le bon goût de s’y conformer. Pas de raison alors de s’étonner de l’unanime ovation qui a salué ses divers retours sur scène, il a eu la courtoisie de nous accorder en solo un éblouissant rappel qui a laissé un bon millier de personnes présentes au Couvent des Jacobins, l’œil écarquillé et la bouche un peu béante. Cela aurait valu une photo !

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