Dans Éléphant Martin Suter renoue avec l’esprit de ses meilleurs romans (Le Temps, Le Temps ou Lila, Lila) après une parenthèse accordée à la série policière (Allmen) ainsi qu’à son avant-dernier livre thriller financier (Montecristo). Présentation génétique…

MARTIN SUTER
MARTIN SUTER

Dans Éléphant, Martin Suter déploie un style sobre et concis. Les phrases et dialogues, tout comme les chapitres, sont cours. L’écrivain suisse capte ainsi facilement l’attention du lecteur et nous immerge sans difficulté dans ses intrigues. Ici, l’auteur fait preuve d’une inventivité assez originale : tout comme il les présentait dans son livre le temps, le temps les éléments fantastiques imaginés y côtoient  des notions scientifiques réelles se rapprochant de la fiction. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » comme l’affirmait Rabelais.

martin suter

Effectivement, l’idée du roman repose  sur les manipulations génétiques animales à des fins mercantiles. Comme le titre du livre l’indique, le personnage central du roman est un éléphant; oui, mais nain, de la taille d’un chihuahua, luminescent et de couleur rose !! Suter en parallèle au déroulement de l’intrigue, menée avec un certain suspense, pose à travers les actions de ses différents protagonistes des questions d’éthiques très actuelles : jusqu’à quel point l’homme peut se permettre de modifier le vivant ?

ÉLÉPHANT MARTIN SUTER
MARTIN SUTER

Les Glofish, petits poissons transgéniques fluorescents vendus dans les commerces comme animaux décoratifs, ainsi que les saumons génétiquement modifiés afin qu’ils se développent plus rapidement sont des exemples illustrant la frontière franchie par la science. Les animaux, en l’occurrence les éléphants, ont en Occident une dimension souvent purement bestiale, alors qu’en Asie ils sont considérés comme sacrés (ce qui n’empêche pas pour certains pays d’extrême Orient de consommer des chiens).

GloFish

Suter tisse la toile de son roman sur ces deux visions antagonistes. Tout commence par un phénomène assez étrange: Schoch, un SDF anciennement banquier, à la rue suite à une crise conjugale, aperçoit dans une espèce de grotte près d’une berge dans laquelle il passe ses nuits un minuscule éléphant rose luminescent… Assez porté sur la consommation d’alcool, il croit d’abord à une hallucination, mais en se rapprochant du petit pachyderme, il n’y a aucun doute : la créature est bel et bien réelle. À travers la relation affective de Schoch envers le petit éléphant, Suter dépeint de manière sensible et réaliste les conditions de vie des personnes sans domicile fixe, l’isolement, l’addiction aux toxiques, l’indifférence ou rejet de la part des autres citoyens.

Avait-il plus bu la veille que d’autres soirs ?… D’ailleurs où avait-il été ? Chez les gars aux chiens, près de la gare ? Ensuite à la soupe populaire, pour le repas ?… Il ne se rappelait rien qui fût sorti de l’ordinaire… Schoch s’était avoué depuis longtemps qu’il était alcoolique… Il arrêterait totalement le jour où il aurait une bonne raison de le faire. Un éléphant rose était-il une bonne raison ?

Cette relation qui relève du conte fantastique conduira Schoch à faire la rencontre d’une jeune vétérinaire nommée Valérie qui l’aidera à sortir de la rue en lui donnant une activité utile à savoir alimenter et s’occuper de la petite créature quotidiennement. Cette dernière a été créée par un généticien peu scrupuleux en faisant une insémination artificielle sur une éléphante domestiquée dans un cirque. Kaung, travaillant dans ce lieu en s’occupant des pachydermes à un tout autre rapport avec ces animaux; d’origine birmane, il éprouve un respect sacré pour ces êtres, et considérera le petit éléphanteau comme une divinité.

Kaung se leva, se rendit à l’entrée du chapiteau et referma les bâches.  Puis il revint en vitesse auprès d’Asha, posa la main sur la naissance de sa trompe et lui parla d’une voix apaisante. Petit garçon, déjà, il avait appris à lire dans les yeux des éléphants. Il reconnaissait leur peur, leur colère, leur bonheur et leur douleur. 

Kaung retirera Sabou Barisha, l’éléphanteau rose, des griffes du généticien et suite à des complications, Sabou se retrouvera caché dans l’abri de Schoch, événement par lequel démarrent les aventures des différents protagonistes.

Une nouveauté par rapport aux précédents romans de cet écrivain réside dans le découpage du récit en petits chapitres de 4 à 6 pages, ce qui apporte une grande fluidité dans la narration et une extrême facilité de lecture.

Pour l’écriture de Éléphant, Martin Suter s’est documenté auprès de différents spécialistes qui lui ont affirmé comme étant possible, du point de vue de la technologie génétique actuelle, la conception d’un minuscule éléphant rose…. À suivre donc, et peut-être à retrouver au rayon animalerie de votre jardinerie d’ici quelques années ! Tout ou presque est désormais possible.

Éléphant de Martin Suter est paru aux Éditions Christian Bourgois le 24 août 2017, 360 pages, 22 €.

Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni.

MARTIN SUTER
Né à Zurich en 1948. Publicitaire à Bâle, Martin Suter multiplie les reportages pour Géo, devient scénariste pour le cinéaste Daniel Schmidt, écrit des comédies pour la télévision. Il vit entre la Suisse, l’Espagne et le Guatémala. Small world a obtenu le prix du Premier Roman, catégorie « romans étrangers ». Un ami parfait a été adapté au cinéma en 2006, sous le même titre, par Francis Girod et deux autres de ses romans sont en cours d’adaptation. Martin Suter a également contribué au dernier album de son compatriote le musicien Stefan Eicher, pour qui il a écrit les textes de trois chansons sur Eldorado (2007) et travaillé au projet d’une comédie musicale.

***

À voir au cinéma sur le sujet des modifications génétiques animales : OJKA.

Guitariste chanteur, compositeur dans un registre Folk et Blues, je donne aussi des cours de guitare acoustique. La lecture est ma seconde passion avec un intérêt particulier pour les romans écrits en langue anglaise.

Laisser une réponse

SVP rédigez votre commentaire
Merci d'inscrire votre nom