Sorti le 28 juin, le film Okja a emprunté des chemins de traverse pour atteindre son public et a dans le même temps créé de nombreuses polémiques. Disponible sur Netflix sans être passé par la case cinéma, ce film va à l’encontre de la chronologie des médias appliquée en France.

Okja, c’est l’histoire d’une amitié entre Mija (Ahn Seo-Hyeon) et Okja, un cochon géant génétiquement modifié. Pendant dix ans, celle-ci s’est occupée de l’animal sans savoir que celui-ci avait été conçu comme un super-produit alimentaire bon et à moindre coût, tant il consomme et pollue peu. À l’issue de ces dix années, la supranationale Mirando (un clin d’œil à Monsanto ?) vient récupérer son bien. C’est alors le début d’une aventure des deux amis pour faire mentir la destinée d’Okja : l’abattoir. Okja est donc un film résolument militant, traitant à la fois du capitalisme, de la surproduction ainsi que des enjeux liés à la maltraitance animale. Cette production Netflix rassemble nombreux acteurs de qualité, Tilda Swinton (fabuleuse dans le rôle de la CEO de Mirando), Jake Gyllenhaal, Paula Dano, Lily Collins… Si le film semble réunir de nombreux atouts pour un grand succès, les conditions de sa diffusion ont créé une polémique.

OKJA NETFLIX
CANNES. Photo by George Pimentel/WireImage

Diffusé durant le Festival de Cannes, le film a connu des réactions mitigées. Acclamé pour sa qualité, nombreux sont ceux ayant regretté ses liens avec Netflix, allant même jusqu’à protester lors de la mention de celui-ci durant le générique. La raison de ce désamour ? Ce film à gros budget a été entièrement produit par Netflix, lui valant ainsi l’exclusivité en matière de diffusion sur sa plateforme s’il le souhaite. Problème pour les cinémas souhaitant le diffuser en France : tout film paru au cinéma ne peut être diffusé en VOD (Video on Demand) que 3 ans après la parution du film, c’est la règle de la chronologie des médias en France. Or, Netflix qui est une plateforme mondiale (75 millions d’abonnés dans le monde) n’a aucun intérêt à se priver de diffusion pendant 3 ans sur le marché français alors même que ses films sont mis en ligne à la même date dans le reste du monde.

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Le film a tout de même été diffusé en France dans une unique salle de cinéma, le Georges Méliès de Montreuil et à titre gratuit, dans le cadre du festival organisé par le magazine SoFilm. Il a été boycotté par la majorité des exploitants, refusant de le projeter. Si quelques salles souhaitaient diffuser le film à titre gratuit et sans visa d’exploitation, elles ont subi la pression de ces exploitants pour ne pas le faire. Un refus des exploitants français qui a peut-être empêché un énorme succès en salle comme cela a été le cas en Corée du Sud. En effet, le film y est sorti simultanément sur Netflix et en salle (chez des cinémas indépendants, les grands exploitants ayant aussi boycotté). Et Okja se place actuellement à la 4e place du box-office local.

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Cette polémique vient réinterroger la pertinence de la chronologie des médias dans un contexte marqué par la mutation des modes de consommation de l’audiovisuel. Lorsqu’un abonnement Netflix coûte entre 7,99 et 11,99€ selon le nombre d’écrans et qu’une place de cinéma coûte en moyenne 10€ (sans réduction), il peut sembler cohérent pour un consommateur de se tourner vers les vidéos à la demande. De plus, avec une offre de films grandissante, on comprend que les exploitants de salle s’inquiètent de cette concurrence. Plus encore si certains films sont désormais diffusés en exclusivité sur les plateformes VOD.

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Les défenseurs des salles de cinéma soulignent, eux, que l’on va vers une désuétude de celles-ci. De toutes parts, on s’interroge sur la manière de faire face à la mutation de la consommation de films, afin que consommateurs, producteurs et exploitants y trouvent leur compte. Quelle serait la solution ? Certains proposent une réduction des laps de temps dans la chronologie des médias qui permettrait aux plateformes de VOD de diffuser plus rapidement les films en France. Du côté du cinéma, on tente de se protéger avec des mesures telles que celles annoncées par le Festival de Cannes : dès 2018, tout film présenté à Cannes devra être diffusé en salle, excluant ainsi les plateformes de VOD ne se prêtant pas au jeu.

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Peut-être l’année 2017 marquera-t-elle l’année de la réforme de la chronologie des médias en France ? En effet, on pouvait lire dans le programme d’En Marche, une volonté de simplifier la réglementation audiovisuelle en matière de publicité, de financement et de diffusion, avec une évolution de la chronologie des médias.

Okja est un film d’aventure fantastique américano-sud-coréen réalisé par Bong Joon-ho, sorti en 2017 et distribué par Netflix.

Réalisation : Bong Joon-ho
Scénario : Bong Joon-ho et Jon Ronson
Direction artistique : Lee Ha-joon et Kevin Thompson
Décors : Bae Jeong-yoon, Deborah Jensen et Gwendolyn Margetson
Costumes : Choi Se-yeon et Catherine George
Photographie : Darius Khondji
Montage : Meeyeon Han et Jin-mo Yang
Musique : Jaeil Jung
Production : Choi Doo-ho et Lewis Taewan Kim ; Brad Pitt et Ted Sarandos (délégués)
Sociétés de production : Lewis Pictures; Kate Street Picture Company et Plan B Entertainment3 (coproductions)
Société de distribution : Netflix
Budget : 50 millions de dollars (estimation)

Ahn Seo-hyeon (VF : Geneviève Doang) : Mija
Tilda Swinton (VF : Frédérique Tirmont) : Lucy/Nancy Mirando
Paul Dano (VF : Donald Reignoux) : Jay
Jake Gyllenhaal (VF : Alexis Victor) : Dr. Johnny Wilcox
Byeon Hee-bong (VF : Thierry Murzeau) : Hee-bong
Steven Yeun (VF : Fabrice Fara) : K
Lily Collins (VF : Jessica Monceau) : Red
Yoon Je-moon : Mundo Park
Shirley Henderson (VF : Marie Giraudon) : Jennifer
Daniel Henshall (VF : Thibaut Belfodil) : Blond
Devon Bostick (VF : Fred Colas) : Silver
Choi Woo-shik (VF : Clément Moreau) : Kim
Giancarlo Esposito (VF : Thierry Desroses) : Frank Dawson

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