Créées à Rennes en 2004, les éditions Les Perséides reviennent s’installer dans leur ville de naissance après avoir développé un catalogue varié en histoire et littérature depuis Bécherel, la Cité du Livre. L’éditeur, Thomas Van Ruymbeke, qui y a aussi tenu quelques années un café-librairie, se consacre désormais entièrement à sa première activité.

THOMAS VAN RUYMBEKE
Thomas Van Ruymbeke

Unidivers : Pourquoi un retour à Rennes ?

Thomas Van Ruymbeke : C’est un recentrement. Géographique d’abord, dans une ville dynamique sur le plan culturel, à moins de deux heures de Paris, une heure de Nantes, etc. Plus de visibilité, donc, et plus pratique pour le travail de diffusion des nouveautés. C’est aussi la ville où a été créée la maison d’édition.

U. : Ce changement marque-t-il un moment particulier dans votre parcours professionnel ?

Thomas Van Ruymbeke : Oui. L’édition est un secteur à forte concurrence et aux marges faibles, qui nécessite souvent, pour les plus petites structures, une activité parallèle complémentaire. C’est ce que j’ai toujours fait depuis la création de la maison. Le pari aujourd’hui est de rendre la structure autosuffisante. Pour cela, il fallait pouvoir s’appuyer sur un catalogue suffisamment solide, avec des ouvrages de fonds, et de référence pour certains. C’est le cas aujourd’hui, et j’espère aussi avoir emmagasiné assez d’expérience !

U. : Quelle est la ligne éditoriale de la maison ?

EDITIONS LES PERSEIDES

Thomas Van Ruymbeke : La ligne est plutôt généraliste. Chaque livre est un projet en soi, et je pense qu’il est important de rester curieux, de faire preuve d’éclectisme. Pour autant, des lignes de force existent dans le catalogue. L’histoire atlantique en est la principale, avec une collection (« Le Monde Atlantique ») qui brasse des thèmes et des problématiques résurgents comme la colonisation, l’esclavage et la traite, mais aussi les révolutions sociales et politiques qui ont engendré des sociétés nouvelles dans les Amériques et la Caraïbe. Depuis la parution des Vengeurs du Nouveau Monde en 2005, les textes qui y ont été publiés n’ont de cesse d’interroger « ce passé qui ne passe pas ». Il y a encore beaucoup de travail à faire, on l’a encore constaté récemment avec les mouvements antiracistes et le déboulonnage des statues de négriers qui ont suivi la mort de George Floyd.

EDITIONS LES PERSEIDES

U. : Comment sélectionnez-vous un manuscrit, un.e auteur.e ?

Thomas Van Ruymbeke : Les qualités littéraires, bien sûr, mais c’est surtout le mouvement, le questionnement que la lecture du manuscrit fait naître en moi qui font la différence, qu’ils soient d’ordre esthétique, intellectuel, émotionnel, ou tout à la fois ! La préoccupation économique vient après, je me dis naïvement que si j’ai aimé lire un manuscrit je ne dois pas être le seul à qui cela soit susceptible d’arriver. Mais je me pose aussi toujours cette question : achèterais-je personnellement le livre en question. Oui, non, pourquoi ? C’est la base. Cela permet d’éviter beaucoup d’erreurs de parcours. Si vous-même n’achèteriez pas les livres que vous éditez, pourquoi d’autres le feraient-ils ?

U. : Travaillez-vous seul sur ce projet de maison d’édition ?

Thomas Van Ruymbeke : J’ai longtemps travaillé en solo, mais aujourd’hui je m’appuie volontiers sur d’autres lecteurs ou lectrices, je recueille les avis, les arguments… et j’en tiens compte ! Il y a un petit comité de lecture informel qui s’est créé au fil du temps, au sein duquel figure en bonne place le romancier et essayiste Pierrick Hamelin, avec qui j’échange énormément. Cela permet de créer de l’ouverture, de nouveaux espaces. Pour le reste, j’ai des collaborateurs occasionnels, mais j’assume encore seul toute une variété de tâches, ce qui offre l’avantage d’éviter la routine !

U. : Est-ce facile de travailler dans le monde du livre à Rennes ?

ulysse à l'ouest

Thomas Van Ruymbeke : Rennes compte encore beaucoup de bonnes librairies sur lesquelles on peut s’appuyer, comme le Forum du Livre, Le Failler ou de nouvelles venues comme La Nuit des Temps. Il y a un excellent salon, « Rue des Livres », qui n’a malheureusement pas échappé cette année à la lame du confinement, mais qui est un rendez-vous important pour les acteurs locaux de la profession. Depuis quelques années, Rennes métropole a également intégré Bécherel, la Cité du Livre. On y trouve de belles librairies dédiées à la bibliophilie, mais aussi du livre neuf, comme au café-librairie « Ulysse à l’Ouest », un endroit chaleureux ou sont présentées nos nouveautés.

U. : Justement, quelle est votre actualité, quelles sont vos dernières publications ?

EDITIONS LES PERSEIDES

Thomas Van Ruymbeke : On retrouve l’équilibre que j’essaie de maintenir entre des textes anciens qu’il me paraît intéressant de remettre en lumière et des textes contemporains inédits. Ainsi une anthologie de textes tirés des Parerga et Paralipomena de Schopenhauer, une sévère critique des milieux littéraires de son temps qui est toujours d’actualité ! Un texte inédit à ce jour de Robert Desnos sur Joseph Vacher, l’un des tout premiers tueurs en série français. Une sorte de super-routard du crime, un brun illuminé, qui a inspiré Bertrand Tavernier. Et en littérature contemporaine, par exemple, le livre de Marie-Hélène Rudel, qui a travaillé douze ans dans un EHPAD, Jamais maman ne serait morte sans me prévenir. Marie-Hélène a un don pour l’écriture : avec des mots simples et touchants, elle dit, mieux que tous les discours, la difficulté du métier de soignant et la force qu’il requiert. La critique du système, celui de la fin de vie, et du traitement réservé aux anciens, affleure à chaque phrase, et c’est aussi un bel objet littéraire. Exactement le type d’ouvrages que je souhaite publier à l’avenir.

U. : Comment s’effectuent la diffusion et la distribution des livres ? Et comment se les procurer ?

Thomas Van Ruymbeke : Les livres sont ce qu’on appelle auto-diffusés et auto-distribués. En d’autres termes, cela signifie que je travaille en direct avec les libraires, tous ceux qui le veulent bien. Ce n’était pas un choix au départ, mais ça l’est devenu aujourd’hui. C’est une question d’échelle. La plupart des « petits » éditeurs que je connais qui travaillent avec des distributeurs ont des difficultés à trouver un équilibre, déjà compliqué à établir avec le système institutionnalisé des retours de librairie. Mon réseau de points de vente est encore limité, mais je travaille à son développement, j’y consacre beaucoup plus de temps qu’avant. Il faut miser sur les librairies, face à l’économie virtuelle, ce n’est pas pour rien si les gens les fréquentent toujours, je l’ai constaté un peu partout. Les livres de la maison sont donc a minima commandables en librairie, physiquement présents quand cela est possible. Les gens peuvent aussi évidemment, s’ils le souhaitent, passer par le site internet : lesperseides.fr.

U. : Combien de livres éditez-vous par an ?

Thomas Van Ruymbeke : Environ une dizaine. C’est un bon rythme, qui permet à la fois le renouvellement et la cohérence éditoriale.

U. : Quels sont vos projets pour l’avenir ?

catherine pozzi perseides

Thomas Van Ruymbeke : Il y en a beaucoup ! Le Journal, en partie inédit, de Catherine Pozzi, par exemple. Une œuvre tout simplement bouleversante. La partie du journal, très volumineux, que nous avons retenue, est celle qui concerne la relation de Catherine Pozzi avec Paul Valéry et tout ce qu’elle met en jeu en termes de place de la femme dans la société, de rivalité intellectuelle, voire de plagiat… C’est aussi un véritable roman d’amour écrit à la première personne… et très chaotique. Un régal !

Éditions Les Perséides

11, place du Parlement de Bretagne 35 000 Rennes.

thomas.vanruymbeke@lesperseides.fr

Commandes libraires : Tel : 07 83 44 90 11 

Propos recueillis par Claire Ménard

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