LE FESTIVAL RUE DES LIVRES DANS RENNES DURANT 2 SEMAINES EN MARS 2021

C’est un tournant. Et il était fort attendu par les observateurs culturels. La 14e édition du festival Rue des livres se déroulera au mois de mars 2021 dans plusieurs endroits de Rennes et ce, durant une quinzaine de jours. Découvrez cette nouvelle mouture et retrouvez l’entretien que nous avait réservé l’année dernière Anaïs Billaud, coordinatrice de l’association.

Au printemps 2020, le festival Rue des livres fut annulé in extremis. Heureusement, il revient en 2021 avec une formule nouvelle. Plus de lieu unique (gymnase des Gayeulles), mais un éclatement ​dans différents points de la ville, et au-delà. Plus de moment unique, le temps d’un week-end, mais un événement étalé sur une quinzaine de jours, à savoir ​du 10 au 28 mars 2021.

Le Covid contraint le festival à se réinventer, à chercher de nouveaux dispositifs sans rien perdre de ses objectifs : aider le livre et encourager la lecture. Même dans des salles de « petite jauge », l’âme de Rue des livres sera inchangée, avec cette proximité, cette simplicité, cette gratuité et cette convivialité qui font son succès. Seul regret pour l’association : devoir renoncer pour cette édition au salon du livre, aux rangées d’auteurs signant leurs ouvrages derrière une table.

Le programme des animations sera riche. Les trois salariées de l’association y travaillent depuis des mois. Le temps du festival se répartira en deux périodes : la première semaine dédiée au livre jeunesse, avec notamment parmi les invités Jean-Christophe Tixier, Luc Blanvillain, Sophie Adriansen, Katy Couprie, Betty Bone, Janik Coat… La seconde partie sera plutôt consacrée aux propositions « adulte », avec un temps fort le week-end du 21 mars. Sont annoncés, François Morel, mais aussi Julia Kerninon, Michel Moutot, Fab Caro, Simonetta Greggio, Hugo Boris, Vincent Jarousseau…

Où aura lieu ce festival 2021? Un peu partout : à l’Opéra de Rennes, au cinéma l’Arvor en lien avec l’Association Française du Cinéma d’Animation, à la Parcheminerie, au Tambour sur le campus Villejean, à l’Institut Franco-américain, au Musée des beaux-arts, au centre social Carrefour 18, à la MJC La Bellangerais, à la Maison du livre de Bécherel, dans les bibliothèques de Rennes Ville et Métropole. D’autres lieux viendront s’ajouter à cette liste.

La programmation complète sera dévoilée courant février.

Rue des livres 2019

UNIDIVERS — Bonjour Anaïs Billaud, pouvez-vous présenter votre mission au sein du festival ?

ANAÏS BILLAUD — Mon rôle est d’une part de coordonner les actions de l’association à l’année avec deux autres salariés et les bénévoles. L’autre part est l’organisation du festival : l’invitation des auteurs, la programmation des rencontres, des spectacles, des lectures.

Anaïs Billaud Rue des livres
Anaïs Billaud. Crédit : Karine Baudot

UNIDIVERS — Rue des livres célèbre sa douzième édition cette année, pourriez-vous nous rappeler les objectifs de départ du festival, sa genèse et ses évolutions ?

ANAÏS BILLAUD — Rue des livres a été créé initialement par la Maison de quartier de Maurepas. L’intention était de créer un événement populaire autour du livre dans le quartier. Le festival a pris de l’ampleur rapidement étant donné qu’il n’y avait pas d’autres événements généralistes de ce type à Rennes. Le public a donc répondu présent, ainsi que les professionnels du livre. Il y a eu une étape en 2014, lorsque nous nous sommes déplacés de la salle Guy Ropartz à la halle des Gayeulles, changement de lieu qui a permis de mieux se déployer dans un espace plus grand.

Les objectifs de l’événement, mais aussi de l’association à l’année, sont fondés sur l’axe livre, lecture, écriture pour tous les publics. L’idée est de se rencontrer autour des éléments de cet axe, d’apprendre, de découvrir, de se découvrir aussi.

La Bellangerais Maison de quartier Maurepas

UNIDIVERS — Quelles sont les activités de Rue des livres à l’année ?

ANAÏS BILLAUD — Le panel est large, y compris en termes de tranches d’âge. Il y a par exemple le projet Tout petit tu lis qui existe depuis plus de quatre ans, pour les enfants de 0 à 3 ans. Ce sont des séances de lecture animées qui ont lieu régulièrement. Les enfants viennent accompagnés, nous avons un public d’assistantes maternelles très fidèles. L’idée est se dire que plus tôt l’enfant est en contact avec le livre mieux c’est, qu’il faut que cela fasse partie de son environnement quotidien.

TOUT PETIT TU LIS RUE DES LIVRES
TOUT PETIT TU LIS RUE DES LIVRES
TOUT PETIT TU LIS RUE DES LIVRES

Nous organisons aussi des clubs de lecture, y compris en maison de retraite depuis trois ans.

Cette année nous avons relancé le concours Rue des nouvelles, le thème était « Tout est possible… ». Il y avait différentes catégories, pour les enfants, les jeunes, les adultes et aussi une catégorie de textes collectifs pour les scolaires. Nous avons reçu presque une centaine de textes.

Concours d'écriture Rue des nouvelles Rue des livres

Tout au long de l’année, nous organisons aussi des ateliers pour encourager à la pratique de l’écriture, ou encore à des pratiques plastiques, la reliure, le livre d’artiste, etc. Le livre en tant qu’objet est un support très intéressant pour différents ateliers qui permettent d’accéder au livre autrement que par les mots.

UNIDIVERS — Parmi les nombreux auteurs présents sur le salon du livre du festival, certains sont invités à animer des rencontres, comment sont-ils sélectionnés ?

ANAÏS BILLAUD — Une quinzaine de bénévoles de l’association forment un comité de lecture qui se réunit toute l’année une fois par mois pour échanger sur nos lectures. C’est passionnant. Commes les goûts des lecteurs et lectrices sont divers, il y a parfois des coups de cœur unanimes, ou des désaccords. En fonction de ces discussions, on détermine quels auteurs il serait intéressant d’inviter. Même si d’autres étapes sont tout de même nécessaires pour que cela se concrétise, il s’agit tout de même d’une sélection par les lecteurs et pour les lecteurs, et pas seulement une sélection de professionnels. Mais parallèlement à ce travail du comité de lecture, les libraires partenaires font aussi des suggestions.

comité de lecture Rue des livres
Séance du comité de lecture de Rue des livres.

UNIDIVERS — Y a-t-il un équilibre établi entre les auteurs locaux et nationaux ?

ANAÏS BILLAUD — Évidemment nous sommes confrontés aux différences de moyen de communication. Mais on essaie d’être attentifs à toutes les parutions, et notamment à ce qui se fait localement, chez les maisons d’édition régionales qui sont présentes au festival.

Parmi les auteurs invités :

UNIDIVERS — Justement, le salon du festival regroupe un grand nombre d’éditeurs et de libraires…

ANAÏS BILLAUD — À peu près 45 maisons d’édition et librairies louent un emplacement. Chaque année nous recevons plus de demandes, ce qui est bon signe pour nous, mais ce qui nécessite de faire des choix. Nous avons de plus en plus d’éditeurs du Grand Ouest, de Normandie, du Poitou, des Pays de la Loire et bien sûr de Bretagne.

UNIDIVERS — On remarque aussi une participation importante des étudiants de l’Université Rennes 2

ANAÏS BILLAUD — Cette année notre partenariat avec Rennes 2 est très nourri. Pour la deuxième année consécutive, les étudiants du Master Métiers du livre réalisent des parcours pour explorer le salon du livre. Nous réfléchissions à une autre expérience de cette grande librairie où il y a des auteurs en dédicaces pendant deux jours et des nouveautés à découvrir. Trois parcours thématiques seront proposés, qui sont autant d’occasions d’aller à la rencontre des éditeurs et des auteurs de façon privilégiée.

Parmi les nouveaux partenariats de cette année, il y a aussi le Master Médiation du Patrimoine. Trois étudiantes ont conçu et vont animer des ateliers pour les enfants de différentes tranches d’âge. Elles ont construit leurs ateliers à partir de l’univers des auteurs jeunesse invités. C’est encore une occasion privilégiée de les découvrir.

Le dernier partenariat est avec la Licence Arts plastiques, autour d’une nouveauté : le projet Image et mot, qui allie lecture à voix haute et projection de vidéo. Les étudiants ont créé ces vidéos à partir d’extraits de textes des auteurs. C’est à la fois une façon de solliciter la créativité des étudiants et un moyen pour eux d’avoir une expérience formatrice dans l’événementiel.

UNIDIVERS — Un des objectifs énoncés sur le site du festival est de sensibiliser le jeune public et les publics éloignés. Comment vous y prenez-vous ?

ANAÏS BILLAUD — En proposant différents chemins vers le livre. Il y a bien sûr un socle de rencontres qui est la colonne vertébrale de tout événement littéraire. Mais nous essayons aussi de proposer d’autres voies. Cette année nous avons vraiment renforcé les propositions en matière d’ateliers tout public, des ateliers d’écriture, mais aussi de création, un atelier de portraits poétiques, ou plus plastiques. Il y a Image et Mot que j’ai évoqué, ou encore un nouveau format, Cours en case, où un auteur de bande dessinée dissèque une de ces cases et nous explique comment il l’a construite.

Rue des livres
Crédit : Karine Baudot
Rue des livres
atelier bricolivres Rue des livres

Cette année nous avons aussi mis en place l’accueil VIP dont l’objectif est d’accueillir des groupes inscrits au préalable et qui vont bénéficier d’un accueil privilégié où on les guide dans la découverte du festival, de sa programmation, en pointant les moments clés qui peuvent les intéresser en fonction de leurs goûts.

Et puis chaque année, le jeudi et vendredi avant le festival, des auteurs se rendent dans les centres pénitentiaires à la rencontre des détenus, pour des temps d’échange. Le volet le plus important est la médiation en milieu scolaire. Quasiment 1000 élèves rencontrent un auteur dans leur classe après avoir travaillé tout au long de l’année avec leurs professeurs.

Barbara Constantine Rue des livres
Barbara ConstantineEmmanuelle Pirotte Rue des livres

Emmanuelle Pirotte ©Leonardo

UNIDIVERS — Vous essayez aussi d’éclairer la littérature par d’autres pratiques artistiques, pour la faire apparaître comme un « art vivant »…

ANAÏS BILLAUD — C’est par exemple le projet Image et mot que j’ai évoqué. Cela nous intéressait de voir comment de jeunes créateurs faisaient leurs les textes des auteurs. La littérature a tout à gagner à aller vers d’autres formes, et c’est le mouvement global qu’on observe dans les manifestations littéraires à l’heure actuelle. En témoigne le succès des concerts littéraires. Cela vaut pour toute discipline artistique, il y a un appétit de plus en plus grand d’abolir les frontières pour se nourrir des autres univers, supports et pratiques, c’est toujours plus riche. À l’heure où malgré tout la lecture est en berne, c’est intéressant d’aller voir du côté de ces croisements.

UNIDIVERS — La rencontre et le partage sont des valeurs du festival, en quoi la littérature peut-elle les défendre ?

ANAÏS BILLAUD — Elle peut déjà les incarner à travers certaines thématiques qu’elle aborde. Mais surtout, je pense qu’avec le livre on peut découvrir le monde, se découvrir, interroger sa relation aux autres, c’est un support. Ce n’est pas que la littérature défend ces valeurs, c’est qu’elle les permet.

Ainsi le festival est comme une ponctuation :
une parenthèse où l’on prend le temps ;
un point d’exclamation au détour d’une découverte ; une virgule telle une pause pour reprendre du souffle (être inspiré).

*

INFO : Une nouvelle présidente. Rue des livres a renouvelé son conseil d’administration en septembre dernier. Élisabeth Lemau préside désormais l’association. Trésorière depuis plusieurs années, forte d’une carrière dans le monde des bibliothèques, notamment en tant que directrice du Service Commun de la Documentation Université Rennes 2, elle succède à André Bouaissier, président pendant sept ans et désormais vice-président.

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