Mathieu Larnaudie, sous la lumière du Triangle : deuxième round ! En février, on écrivait la politique. En mars, on écrit le collectif. Mais que nous réserve le Centre Culturel du Blosne pour avril ? L’écrivain en résidence Mathieu Larnaudie a invité mercredi 2 mars ses contemporains et collaborateurs Alexandre Civico et Hélène Gaudy. Quoi de mieux que trois représentants du presque culte collectif Inculte pour aborder la question ?

 

collectif Inculte TriangleLa littérature est-elle un sport collectif ? Le Triangle, pour sa soirée Sous la lumière, pose la question différemment. Le centre culturel met en parallèle la résidence de l’écrivain avec une série de questions, mercredi soir : Inventer, créer un projet à plusieurs, avec ou sans chef, ça vous paraît possible ? Tout le monde peut y répondre sur ce que les organisateurs ont appelé le « mur d’expression libre ». Pour cette deuxième soirée, Mathieu Larnaudie, auteur notamment de Strangulation ou des Effondrés, a invité deux de ses camarades du collectif Inculte pour en parler : Alexandre Civico et Hélène Gaudy.

collectif Inculte TriangleOn peut se réjouir de cette deuxième soirée, tant la première s’était avérée pour le moins décevante. Le mercredi 3 février, Mathieu Larnaudie avait convié deux de ses contemporains : les auteurs Vincent Message et Arno Bertina. Le thème ? Écrire la politique. Dommage, hélas, que la présence des invités politiques ait passablement éclipsé le questionnement littéraire… Les lectures des auteurs furent admirables. À voir la suite de l’événement, on se dit peut-être qu’effectivement, la lecture d’une œuvre devrait se suffire à elle-même. Ces textes, hautement travaillés d’un point de vue stylistique, mais aussi poétique, amenaient certes les questions. Ils amenèrent du discours. Mathieu Larnaudie eut beau dire qu’il fallait « faire entrer la politique dans la littérature, et la littérature dans la politique », force était de constater que les invités politiques Éric Berroche, élu communiste du quartier du Blosne, ainsi que Franck Pichot, conseiller général du canton de Redon, ont monopolisé la parole par le récit de leurs gloires et de leurs déboires.

collectif Inculte TriangleLe mois de mars amènerait-il un peu de douceur ? Alexandre Civico inaugura mercredi les lectures par un extrait de son premier roman, La Terre sous les ongles. L’écriture, syncopée, incisive, crue, offre un roman de genre sur les mécanismes de la domination. Hélène Gaudy lui emboîte le pas : l’auteur, qui a publié trois romans aux éditions Actes Sud, signe un récit chez Inculte. Mathieu Larnaudie amorce une première approche du collectif en littérature : Hélène Gaudy, pour Une île, une forteresse, se situe pleinement dans la ligne éditoriale estampillée Inculte : on « privilégie les rencontres génériques ». Elle convoque les sublimes déambulations à la fois contemplatives, romanesques et poétiques de Sebald. Elle revient sur la ville de Terezín, en République tchèque, cette « ancienne forteresse militaire devenue antichambre d’Auschwitz pendant la Seconde Guerre mondiale, faux ghetto modèle immortalisé dans un film de propagande nazie ». Mathieu Larnaudie clôture avec un extrait de son (superbe) dernier roman Notre désir est sans remède. Il nous le présente en ces termes : un livre « sur la construction de l’individu démocratique aux États-Unis, au XXe siècle, par le cinéma, comme instrument de l’idéologie américaine ». Son œuvre romanesque puise dans le politique une matière première, que l’écriture, notamment le travail sur la polyphonie ou les structures narratives, transforme, surinvestit, déroute et détourne.

collectif Inculte TrianglePuis vient le moment de parler collectif et surtout, du collectif Inculte. Fondé en 2004 par une poignée d’amis ou de simples connaissances, ce qui était un comité éditorial s’est vite transformé en aventure littéraire. D’abord une revue, puis des publications régulières. Pourquoi ce nom ? Mathieu Larnaudie rigole. Inculte, c’était une réaction amusante à cette mode de faire forcément des objets éditoriaux ultra-esthétiques. Inculte, c’est aussi l’invitation à s’éloigner du modèle d’une haute culture, sous-entendue élitiste. C’est surtout l’idée littéraire de chercher un terrain inculte, vierge. Le pari, on peut le dire, demeure pleinement réussi. Outre plusieurs revues, dont la version française du Believer, la maison d’édition a publié, entre autres, Maurice G. Dantec, Mathias Énard, Jérôme Ferrari. Olivier Hodasava a signé en 2014 Éclats d’Amérique, une complète refonte du récit de voyage via le prisme de Google Street View. Son dernier roman, Janine revient sur la vie d’une égérie fulgurante du rock français. On peut également saluer Projet El Pocero, d’Anthony Poiraudeau, dérive psychogéographique dans une ville fantôme de la crise espagnole.

collectif Inculte TriangleMathieu Larnaudie plaisante : « on a commencé avec 300 euros ». Après un arrêt en 2015, la maison d’édition reprend, diffusée par Actes Sud. Du reste, plusieurs membres du collectif, dont Hélène Gaudy et Mathieu Larnaudie, sont publiés par celle-ci. L’auteur en résidence tente une définition de l’écriture en collectif. Il parle d’une « altération », c’est-à-dire à la fois la rencontre d’une altérité et le pari d’une transformation. L’écriture au sein d’un collectif trouve un lecteur rapide, connu, visible. Inculte s’est essayé à un roman à plusieurs mains, Une chic fille, sur la vie d’une « icône déglinguée du rêve américain », Anna Nicole Smith. Il s’agit de nuancer : nous ne sommes pas dans l’évacuation totale de l’auteur, comme dans Le comité invisible, voire même dans le jeu des hétéronymes de Pessoa. Si chacun mène sa barque littéraire, il n’empêche qu’une talentueuse galaxie d’auteurs converge autour de ce collectif.

Le site du Triangle

Le site des éditions Inculte

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