Le Blosne mode d’emploi. Bien entendu, la référence convoque Georges Perec et son roman, La vie mode d’emploi. Le centre culturel Le Triangle à Rennes vient de lancer un projet monumental : écrire le quartier du Blosne. Trois écrivains en résidence, sur trois ans, vont se partager cette expérience littéraire inédite. Une initiative qui marquera l’histoire de Rennes, tant sur le plan social que littéraire.

Blosne mode d'emploiPlaton voulait chasser les poètes de la cité. Charles-Édouard Fichet, le directeur du Triangle, les ferait-il revenir ? Rennes et son rapport à la littérature restent toujours problématiques : les événements se font trop rares et s’avèrent souvent périphériques (voir notre article). Le Triangle œuvre à hausser le niveau, notamment grâce à des résidences de qualité. En 2016, Mathieu Larnaudie y était l’invité. Ce dernier a été séduit par le projet Blosne mode d’emploi : il participera donc à l’expérience au côté d’Arno Bertina, Oliver Rohe et Emmanuel Ruben.

Blosne mode d'emploi
Arno Bertina

« Le Blosne est une réalité. Faisons-en une fiction ». Tels sont les mots de présentation de ce projet. La Vie mode d’emploi se présentait comme un roman-monde avec une ambition démesurée : retranscrire dans le détail la vie d’un immeuble imaginaire d’une rue elle aussi fictive. Démesuré, le projet du Triangle l’est encore plus. « On voudrait que vous vous inspiriez de la méthode de Perec pour écrire le Blosne » dit Charles-Édouard Fichet à ces trois écrivains. Mais qui sont-ils ? Comment vont-ils procéder ? Quel est le but de cette initiative ?

Blosne mode d'emploi
Emmanuel Ruben

Arno Bertina, auteur de Anima Motrix ou Je suis une aventure, décrie le projet « excitant et hors-norme ». Son objectif ? « Pour nous, l’enjeu est d’avoir de l’empathie, de la curiosité, de déconstruire l’image de ces cités ». Pour ce faire, il entend multiplier les voix et les regards. Sa technique reposera donc sur la polyphonie. Emmanuel Ruben, géographe de formation, œuvrera à « arpenter cet espace à la fois en écrivain et géographe ». S’il reconnaît l’aspect cartographique du roman de Perec, il souhaite dépasser son caractère photographique. Oliver Rohe veut « faire justice à la diversité du quartier ».

« Raconter et la France et l’Europe et le Monde à travers le Blosne » : tel est l’objectif assumé du projet. La publication sera du reste nationale. L’initiative n’est donc nullement rennaise ou régionaliste.

Blosne mode d'emploi
Oliver Rohe

Arno Bertina émet quelques réserves : « ce n’est pas une œuvre de commande, nous ne sommes pas là pour augmenter le prix de l’immobilier ». Les écrivains ont déjà commencé à rencontrer les habitants du quartier. Ils comptent aller partout, dans les écoles, au marché, dans les centres sociaux et culturels. Lors de la rencontre, le jeudi 24 novembre, nombreux étaient les habitants du quartier. André Sauvage, l’historien du Blosne, est même intervenu : Emmanuel Ruben et lui ont échangé à propos de l’étrange toponymie du quartier. En effet, comme le dit l’auteur, « Toute la Yougoslavie est là ». On trouve, il est vrai, plusieurs rues ou avenues portant les noms de Serbie ou Zagreb. Entre reportage au long cours et pouvoir de la fiction, le Blosne va s’écrire. Une bonne nouvelle pour ce quartier souvent tristement fantasmé, et généralement pour un Sud de Rennes oublié.

Blosne mode d’emploi est un projet littéraire organisé par le Triangle qui réunit trois auteurs en résidence, Arno Bertina, Emmanuel Ruben et Oliver Rohe.

Consulter la page du Triangle 

Le Blosne mode d’emploi : une vaste entreprise littéraire au Triangle was last modified: novembre 28th, 2016 by Thibault Boixiere

Un commentaire

  1. J’aime beaucoup UNIDIVERS et je lis vos articles régulièrement. J’ai applaudi à maintes reprises certaines de vos lignes. Mais là, NON ! Je ne sais pas si vous étiez dans la salle ? Un tel entre soi ! Nous allons vous saupoudrer notre savoir pour vous rendre plus « civilisés » et plus « intégrés »… Certaines personnes présentes dans le rare public ont oeuvré pour Le Blosne depuis des dizaines d’années et le mépris affiché à leur égard me fait toujours mal. Certes, ils ne font pas de communication à renfort d’affiches et de flyers. Ils ne s’auto-proclament pas défenseurs du lien social et du partage du sensible (concept emprunté à un sociologue jamais cité…). Mais ils sont là, chaque jour. Après, cela peut être une belle expérience littéraire pour ces auteurs… J’espère que ces derniers seront se détacher de la démarche superficielle habituelle de nos cultureux. Je sais qu’ils n’ont peut-être pas le profil en vogue parmi ces professionnels qui se sont décrétés seuls compétents pour parler « culture », mais, des poètes, au Blosne, il y en a beaucoup… Il suffit d’ouvrir les yeux et les oreilles en toute humilité. Encore faut-il y vivre au Blosne ! A bon entendeur.

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