Il aura fallu plusieurs années pour que Zaz s’installe dans le paysage musical français. Avec sa voix singulière et sa gouaille, elle interpelle, horripile ou séduit. Et ne voilà pas qu’elle s’attaque désormais à la ville de Paris. Native de Tours, après un début dans le sud de la France, Zaz arrive à Paris en 2006. N’a-t-elle pas de légitimité pour chanter cette ville qui fascine ? Autant que tant d’amoureux de la Ville lumière.

 

Sa voix la rapproche des chanteuses de rue parisienne du siècle dernier. Ce retour à Paris s’annonce d’autant plus naturel côté marketing que son répertoire est le jazz, un genre qui connait une nouvelle mode. Or, Paris a toujours occupé une place particulière dans le monde jazzy, avec l’imagerie de St-Germain des Prés après la 2de guerre mondiale. Malheureusement, c’est encore la facilité qui l’emporte. Au revoir les titres originaux, bonjour les reprises. Voulait-elle prendre une année sabbatique ? Après tout, pourquoi pas : il peut y avoir de bonnes reprises ! Mais l’album Paris tient sa valeur principalement par la présence d’un amoureux de Paris et du Jazz, Quincy Jones. Il amène dans ses bagages 3 titres et sa dernière protégée : Nikki Yanofsky.

 Le choix de chansons est délibérément « vintage ». Il n’y a qu’à voir l’ouverture par « Paris sera toujours Paris », dans un rythmique jazz plutôt enlevée. On a connu ce titre emmené par Maurice Chevalier ; et la reprise est réussie avec un joli break donnant de la place aux musiciens. La voix de Zaz, toujours un peu trainante, est moins agressive ; ce qui se confirme avec « Sous le ciel de Paris » de Jean Dréjac et Hubert Giraud. Mais à force de vouloir gommer le côté cassant de sa voix, elle en perd de l’énergie. La comparaison avec Piaf, Montand, Mathieu n’est guère en sa faveur, même si elle termine avec plus de fougue. Au contraire, « La Parisienne » de Marie-Paule Belle gagne à avoir un arrangement jazz plus marqué. Le couplet manque toujours d’énergie, mais le refrain est un bonheur.

On se demande finalement si les meilleurs titres ne sont pas les originaux comme ce très nostalgique et cliché « Dans Mon Paris ». La chanson colle parfaitement à la tonalité générale de l’album avec un jazz manouche très 50s. Zaz y laisse libre cours à son art, sa voix se faisant instrument. Cela étant, le « Champs Elysées » façon big band n’est pas désagréable. Elle se fond dans un côté crooner qu’on n’imaginait pas. Le choix du jazz purement vocal pour le « A Paris » de Francis Lemarque peut surprendre. Au moins se démarque-t-elle de Montand dont l’ombre plane toujours (tiens, elle ne va pas sur les « Grands Boulevards » ?).

Autre moment intéressant de l’album : cette rencontre avec Nikki Yanofsky, un duo de jazz classique qui pose un silence avant une envolée plus swing. Nikki est craquante à souhait avec son petit accent et leurs voix sont parfaitement utilisées. Ce vieux Quincy a toujours l’oreille… Autre duo avec « La Romance de Paris » chantée par Trenet et ici interprétée par Thomas Dutronc. C’est frais, léger, mais trop léger pour être remarqué dans l’ensemble. Le « Paris Canaille » de Leo Ferré trouve une jolie réinterprétation où Zaz donne de sa gouaille même si la rythmique de son chant prend des tournures pas toujours bienvenues. « La complainte de la butte » constitue l’une des grosses déceptions de l’album. Zaz a le tort de laisser trop trainer sa voix, singeant nostalgie et sa mélancolie. On est très loin de Mouloudji, Cora Vaucaire, ou même Rufus Wainwright dans Moulin Rouge.

Zaz a la chance d’avoir, avec Charles Aznavour, l’interprète qu’il faut pour « J’aime Paris au mois de mai ». « Paris l’après-midi » est plus intéressant – titre original, au format single de l’époque. Les amateurs de jazz en seraient presque à orienter notre chanteuse dans ce registre à l’avenir, plutôt qu’un mélange trop « popisant ». Et cela se conclut pourtant sur un « J’ai deux amours » créé par Joséphine Baker, avec Géo Koger et Henri Varna. Le titre est modernisé façon gospel ; choix étrange, mais pas désagréable pour autant. La conclusion se voulait sans doute festive…

Finalement, c’est un bon moment que nous fait passer Zaz malgré des faiblesses d’arrangement. Une recette qui paraît facile à la manière des  « Bretonnes » de Nolwenn Leroy ou du pâle « Entre Deux » de Patrick Bruel. Mais encore faut-il réussir le pari. Zaz confirme tout le bien qu’on peut penser d’elle lorsqu’elle a la liberté de chanter ce qu’elle aime. Et cet album, comme souvent pour les reprises, pousse à réécouter les autres versions de chaque chanson. Coup double pour la maison de disque…

Zaz Paris, Warner Music, novembre 204, 15€

01 – Paris Sera Toujours Paris
02 – Sous Le Ciel De Paris
03 – La Parisienne
04 – Dans Mon Paris (Version Manouche)
05 – Champs Elysées
06 – A Paris
07 – I Love Paris J’aime Paris (En Duo Avec Nikki Yanofsky)
08 – La Romance De Paris (En Duo Avec Thomas Dutronc)
09 – Paris Canaille
10 – La Complainte De La Butte
11 – J’aime Paris Au Mois De Mai (En Duo Avec Charles Aznavour)
12 – Paris, L’après-Midi
13 – J’ai Deux Amours


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