YIYUN LI BOULEVERSANT DIALOGUE FICTIF ENTRE UNE MÈRE ET SON FILS

La Douceur de nos champs de bataille de Yiyun Li… Même quand un être vous manque, tout peut être repeuplé…

Yiyun Li

On pourrait trop hâtivement penser que le récit de Yiyun Li, La Douceur de nos champs de bataille, est une forme de journal qui revient avec une certaine mélancolie sur les heures heureuses passées en compagnie du fils aimé, Nikolai (nom d’emprunt), aujourd’hui disparu.

Mais c’est davantage que cela. En convoquant le jeune homme de seize ans pour un huis clos des plus pertinents, c’est à un véritable échange intellectuel que nous assistons pendant près de deux cents pages. Il n’y est pas seulement question des relations mère-fils mais bien de la pensée de l’un comme de l’autre quant à une réflexion fouillée, sourcée, et poussée du sens que l’on donne à l’existence, aux relations avec les uns comme les autres, à la trajectoire que l’on suit, que l’on change, que l’on accepte ou que l’on rejette dès lors qu’on naît et ce, jusqu’à la mort. Et peu importe le temps que l’on passe sur cette terre, seul ou au milieu des autres. Et peu importe quelle place on occupe dans la société.

Les notions de perte, de deuil, de peur de l’oubli, de la peine, du chagrin, des remords ou des regrets sont abordées bien entendu, avec une justesse, une finesse sans pareil. Mais tout ne serait que philosophie dès lors qu’on tente de prendre juste un peu de hauteur, de recul… Comme le commencement d’apprentissage d’une certaine forme de sagesse. Ce récit est d’une force remarquable qui permet de résister à tous les coups même les pires comme celle de la perte d’un enfant, de son enfant, de sa chair…

Pourquoi avoir choisi cette forme dialoguée plutôt qu’un long monologue ? Pour éviter la monotonie ? Peut-être… Surtout pour donner du rythme et pour bien nous laisser sentir que l’être absent peut encore être vivant même s’il n’est plus là physiquement. Que la vie ne s’arrête pas franchement avec la mort. Que dès qu’on évoque une personne, même si son enveloppe charnelle s’est délitée, elle vit encore. On ne peut que souscrire à ce cache-cache intellectuel entre cette mère et son fils. C’est drôle, c’est jouissif autant que c’est cruel et sans détours, sans retour.

Et que dire des thématiques qui tissent en trompe l’œil ce canevas si merveilleusement construit : la maternité, la parentalité mais aussi l’amitié, l’amour, la complicité, le souvenir car le souvenir du bonheur c’est encore du bonheur…

Les grandes thématique qui régissent notre existence sont omniprésentes sans quoi ce ne serait pas littérature : la vie, l’amour, la mort.

Un récit remarquable. À lire, mais surtout à relire… souvent !

Yiyun Li a transformé une épreuve aussi douloureuse que bouleversante en une magnifique œuvre d’art.
The Wall Street Journal

Le livre le plus intelligent, éclairé, déchirant de notre temps.
Sean Andrew Greer, Les Tribulations d’Arthur Mineur (Prix Pulitzer, 2018)

La douceur de nos champs de batailleYiyun Li – Éditions Belfond – 160 pages
Parution : 22 août 2019. 20,00 €. Traduit de l’américain par Clément Baude.

Couverture : © Cerise Heuteur.

YIYUN LI

Yiyun Li est née en 1972 et a grandi à Pékin avant de s’installer aux États-Unis en 1996 pour ses études de médecine. Diplômée en immunologie, elle décide de se consacrer à l’écriture après la parution de son recueil de nouvelles, Un millier d’années de bonnes prières (Belfond, 2011 ; 10/18, 2015), qui lui vaut d’être immédiatement saluée par la critique américaine et de figurer dans la liste des meilleurs jeunes auteurs du magazine Granta. Suivront Un beau jour de printemps (Belfond, 2010 ; 10/18, 2011), traduit dans une vingtaine de pays, acclamé par la presse, Plus doux que la solitude (Belfond, 2015) et Cher ami, de ma vie je vous écris dans votre vie (Belfond, 2018 ; à paraître chez 10/18 le 14 août 2019), avec lequel elle a figuré dans les sélections du Prix Médicis et du Prix du Meilleur Livre étranger.
Yiyun Li vit à Oakland, en Californie, avec sa famille.

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