Alice in wonderland ciné-concert Transversales
Wilfried Thierry - Modulisme

Alice in Wonderland, le ciné-concert du musicien et artiste plasticien Wilfried Thierry est composé sur le deuxième film adapté du roman de Lewis Caroll par W.W Young en 1915. Il sera joué jeudi 23 novembre 2023 au ciné-Tambour dans le cadre du festival Transversales, en partenariat avec Clair Obscur. Le film est suivi d’une table ronde avec l’artiste, Anne Le Hénaff, responsable artistique de Clair Obscur, et Jean-Baptiste Massuet, maître de conférence au département Arts Plastiques de l’université Rennes 2. Entretien avec Wilfried Thierry.

Unidivers – Pouvez-vous me parler votre parcours artistique ? 

Wilfried Thierry – Je fais de la musique depuis 25 ans, peut-être 20. Mon premier ciné-concert date de 2002, ce n’était pas encore une pratique très répandue. C’était sur L’Homme à la caméra de Dziga Vertov et la création avait été proposée à Nantes. Suite à ce ciné-concert, l’association Cinématographe m’avait proposé de faire une création à destination du jeune public sur le film Chang de Merian C. Cooper, le réalisateur du premier King Kong. Assez vite, je me suis retrouvé à tourner avec ce ciné-concert, puis le Forum des images à Paris m’a contacté et proposé une création. Une année, entre 2005 et 2010, ils m’ont proposé de faire une création sur un double programme dont Alice in Wonderland de Young

Alice a tourné pendant quelques années, je reviens dessus presque 10 ans plus tard. Je vais présenter la semaine prochaine une version basée sur ce que j’avais fait à l’époque, mais j’ai tout repris à zéro parce qu’il a fallu faire des retouches, remettre le nez dans mes archives et reprendre un peu les choses avec les instruments que j’ai aujourd’hui.

Alice in wonderland ciné-concert Transversales Clair obscur
Alice in Wonderland de W.W Yang (1915) poster

Unidivers – Avez-vous un style musical ? 

Wilfried Thierry – Non, pas vraiment. La dernière création que j’ai faite, c’était pour Une femme de Tokyo de Ozu. J’ai utilisé un instrument à cordes japonais qui s’appelle le taisho kotoet et un synthétiseur modulaire dans une musique très épurée et minimaliste. Dans Alice in Wonderland, c’est de la musique électronique joyeuse, sautillante, rythmée. D’autres fois, je me suis orienté sur de la guitare et de la voix, il n’y a vraiment pas de registre. 

U. – Qu’est-ce qui a inspiré votre créativité pour réaliser le ciné-concert Alice in wonderland

Wilfried Thierry – Mon travail repose vraiment sur le film en lui-même, qui date de 1915. Comme énormément de films de cette époque, les versions qu’on a aujourd’hui sont incomplètes. Le roman de Lewis Caroll, c’est quand même un récit où on passe du coq à l’âne tout le temps, on a l’impression que la logique de l’enchaînement des événements n’est pas toujours très nette. Avec cette version du film qui devait faire certainement 1h30 de base et qui n’en fait à peu près plus qu’une demie heure, il manque forcément pleins de éléments, ce qui rend le film encore plus chaotique. Il donne encore plus le sentiment de passer d’une chose à l’autre, sans lien logique. C’est vraiment ce côté collage joyeux et absurde qui est la source de mon inspiration.

U. – Comment considérez-vous vos ciné-concerts en terme de création ? Une adaptation de film, un accompagnement…

Wilfried Thierry – Je les vois comme un dialogue entre la musique et le film, presqu’un travail d’analyse critique. On peut faire de l’analyse critique avec des mots, ça m’est d’ailleurs arrivé de le faire. Pour moi, le ciné-concert c’est la même chose avec des instruments de musique. J’essaye de donner mon regard, ce qui est selon moi saillant, et de le transmettre au public. 

La musique oriente le regard sur les images. Sur certains films, c’était incroyable comme les choses que j’avais envie de transmettre avec la musique avaient été ressenties par le public. Certains me l’avaient exprimés clairement après la représentation, mes choix musicaux étaient parfois passés pour des intentions du réalisateur. Historiquement, dans le courant du XXe, il y avait cette idée d’accompagnement avec des musiciens ou des musiciennes qui improvisaient pendant la séance, ce n’est pas du tout mon travail. Je prends vraiment un temps d’analyse puis de composition. J’ai un regard à proposer qui peut ne pas plaire aussi. C’est arrivé sur certains films un peu plus connus que mon interprétation soit vue comme une trahison du film. Mais je ne trahis rien, je propose juste une lecture de mon point de vu et c’est ce qui m’intéresse dans le travail du ciné-concert. 

Alice in wonderland ciné-concert Transversales Clair obscur
Alice in Wonderland de W.W Yang (1915)

U. – Vos créations sont-elles fixes ? 

Wilfried Thierry – Il y a un côté fixe, dans le sens où le regard que j’ai sur le film serait difficilement changeable, je ne pourrais pas tout d’un coup dire complètement autre chose. Peut-être que dans dix ans, si je reprends L’Homme à la caméra, mon premier ciné-concert, j’aurais tellement changé que ce que j’ai à raconter dessus aura changé aussi, mais pour l’instant ça n’a jamais été le cas. Après, les façons d’y arriver peuvent changer. Par exemple pour Gosses de Tokyo de Ozu, j’avais créé un ciné-concert avec une chanteuse franco-japonaise. Suite à ça, le Forum des images m’a demandé de le refaire et la chanteuse ne pouvait plus m’accompagner, alors j’ai entièrement retravaillé la musique. J’avais envie de changement, notamment dans les instruments. La musique n’était donc plus la même, le registre musical avait changé, mais ce que je transmettais à travers n’avait pas du tout bougé.

U. – Il y a un contraste entre l’époque du film d’Alice et la musique électronique très neuve.

Wilfried Thierry – Ce n’est pas une question que je me pose. Là, c’est un film de 1915 et pour la plupart des films jusqu’au milieu des années 20, les productions ne se posaient aucune question sur l’accompagnement musical. Pour moi, ça veut déjà dire que c’est libre. Je trouverais bizarre qu’on essaie de prétendre que la musique est de 1923, en sachant qu’on regarde le film en 2023. C’est selon moi plus logique de jouer avec des instruments d’aujourd’hui, il est toujours vivant ce film, il a toujours du sens. Je n’ai pas envie de l’embaumer et de faire semblant qu’on est toujours en 1915. Je préfère que ce film soit regardé de façon contemporaine, ce n’est pas une vieille chose dans un musée. J’ai envie qu’il reste vivant, car je suis toujours enthousiasmé par ce film. 

Alice in wonderland ciné-concert Transversales Clair obscur
Alice in Wonderland de W.W Yang (1915)

U. – Est-ce que le film d’Alice de 1915 transmet les mêmes choses que les adaptations qu’on connaît plus ? C’est à dire la joie, l’abondance, l’imagination… 

Wilfried Thierry – Oui, c’est foutraque, ça part dans tous les sens. Il y a des costumes complètements dingues, des images folles, des inventions visuelles constantes. C’est vraiment vraiment hyper généreux comme cinéma et j’adore ça. 

U. – Le ciné-concert est-il tout public ? 

Wilfried Thierry – J’ai déjà travaillé à destination du très jeune public et, quand je le fais, je suis obligé de composer avec des contraintes qui font que l’adulte regarde le film avec une certaine distance et amusement. Quand il n’y a pas de contraintes d’âge, je compose sans me poser de questions, ce film ne se prêterait pas à l’extrême exigence du ciné-concert jeune public. 

Qu’ils soient tournés pour le jeune public ou pas, mes ciné-concerts se retrouvent souvent programmés dans d’autres contextes. Le Fantôme de l’opéra, l’avant-dernier ciné-concert jeune public que j’ai créé, a été programmé régulièrement en séance du soir, pas du tout jeune public. Alice in Wonderland avait d’ailleurs déjà été programmé au festival Travelling il y a quelques temps, pas du tout en jeune public non plus. 

INFOS PRATIQUES

Ciné-concert Alice in Wonderland jeudi 23 novembre 2023 à 20h

Lieu Le Tambour (bâtiment O), université Rennes 2 (métro A Villejean-université) Tarif 5€, gratuit pour les étudiant·es de Rennes 2
Réservations

Dans le cadre du festival Transversales
En partenariat avec Clair Obscur

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