Invitation à voyager par Russell Banks. L’écrivain nord-américain publie, aux éditions Actes Sud, un recueil de récits autobiographiques consacrés à ses nombreuses péripéties. Son style embrasse toutes les facettes du voyage, à la fois géographiques, amoureuses, politiques et, surtout, littéraires. Parfait vade-mecum pour la saison estivale !

 

VOYAGER RUSSELL BANKSRussell Banks : pour ceux qui ne le connaissent pas encore, cet écrivain nord-américain de 77 ans est l’une des plumes contemporaines les plus célèbres des États-Unis, à l’égal d’un Paul Auster ou d’un Don DeLillo. Dans une veine, il faut le dire, différente : on retrouve dans son oeuvre une tradition littéraire prononcée, moins postmoderne et sophistiquée que sincère et brutale. Il y a quelque chose de Faulkner, Hemingway, London ou Lowry chez cet écrivain traveller et fortement politisé. On lui doit plusieurs romans, notamment Le Livre de la Jamaïque, American Darling ou encore De Beaux Lendemains, superbement adapté au cinéma par Atom Egoyan. Preuve qu’il est un écrivain-voyageur : il écrira pour Francis Ford Coppola, puis pour Walter Salles, l’adaptation du roman Sur la route de Jack Kerouac.

On pourrait à la fin se lasser de ces écrivains célèbres et vendeurs qui, à maturité, publient mémoires ou recueils de courts textes. Le recueil de Banks échappe à cet écueil. Précisément parce qu’il recueille un ensemble de textes thématiquement cohérent et stylistiquement fort. La moitié du livre est composé d’un seul long récit, intitulé Voyager, l’autre d’une myriade de courts textes analogues. Voyager est une rose des vents qui s’égrène dans les Caraïbes, en Europe, sur les sommets de l’Himalaya, dans les Andes et bien entendu, sur le continent nord-américain. Le titre original du recueil possède du reste un sous-titre : Travel Writings.

VOYAGER RUSSELL BANKS
Clairement, Voyager s’inscrit dans la tradition américaine du récit de voyage. Du reste, Russell Banks conte sa jeunesse hippie à Chapel Hill. Ses voyages laissent souvent place à un récit enchâssé, celui des réminiscences, en somme : celui d’un autre voyage, qui s’appelle la vie. Ses quatre mariages prennent une grande place dans le recueil. Et le désir perpétuel de fuite. Russell Banks évite le cliché du récit de l’écrivain-voyageur. Toujours, il enregistre les ravages de la mondialisation sur l’idée même de voyage. Désenchanté, l’écrivain se fait aussi touriste. Amour, expériences limites, entretien avec Fidel Castro : l’invitation au voyage est surtout littéraire. Par l’écriture, Russell Banks éprouve une distanciation : il n’est pas Hemingway, et de toute manière, le monde et la littérature ont changé.

 Voyager Russell Banks, éditions Actes Sud, collection Lettres anglo-américaines, juin 2017, 22,50 euros, 314 pages.

 

 

Laisser une réponse

SVP rédigez votre commentaire
Merci d'inscrire votre nom