D’abord connu sous le nom de Youri Blow, le bluesman voyageur Youri Defrance, revient sur les scènes bretonnes avec son nouvel album Ongod. Le globe-trotteur nous transporte dans une exploration des grands espaces, des traditions ancestrales et une quête de soi-même… Magique appel au voyage introspectif.

BLUES CHAMANIQUE, YOURI DEFRANCE
Youri Defrance par Reza Riahi

Votre musique est considérée comme du blues chamanique. Êtes-vous d’accord avec cette définition et, le cas échéant, pourriez-vous nous présenter cette musique ?

Youri Defrance : Oui, tout a commencé à quatorze ans sur un appel du bluesman « Leadbelly » avec la reprise de Kurt Kobain, ensuite Jimi Hendrix et les mercenaires du Delta Blues (John hurt, Charley Patton, Son House, Skip James…). Après, je suis allé puiser la musique ethnique dans mes voyages plus tard vers 18 ans avec les Gnawa et Quechua. A vingt-sept ans, l’appel de la chamane Tsaatane m’est apparu dans un rêve quand je vivais à Brest…J’ai toujours appelé ma musique le « Psyché » blues mais Blues chamanique définit bien mon travail aujourd’hui après mon initiation dans la Taiga à la découverte de mes Ongod (esprits dans le chamanisme mongol).

Vous êtes de Champagne et avez réalisé de nombreux voyages notamment dans les réserves amérindiennes, les cités Incas ou encore en Mongolie. Ce séjour au sein des steppes mongoles vous a particulièrement marqué. Vous y avez rencontré une chamane de la tribu Tsaatane, « le début d’une longue initiation, d’une profonde renaissance » … Combien de temps êtes-vous resté au sein de cette tribu et comment cette rencontre influence votre musique aujourd’hui ?

Youri Defrance : Je suis resté six mois avec la tribu Tsaatane. La rencontre, l’initiation a été profonde. J’ai écouté cet appel, ce rêve de l’eau, une renaissance. C’est une deuxième famille pour moi…écoute ma compo’ « WolfTengriTotem », tu comprendras…

BLUES CHAMANIQUE, YOURI DEFRANCE
Oulan-Bator , Mongolie. Photo : Youri Defrance

Le blues chamanique que vous proposez est teinté de nombreuses sonorités : guitare acoustique et électronique, chant, guimbarde, violon, percussion, Morin Khuur (instrument à cordes mongol)…avez-vous appris seul à jouer de ces instruments au gré de vos voyages ? Y’a-t-il des personnes qui ont joué un rôle particulier dans votre maîtrise de certains instruments ?

Youri Defrance : Oui, les rencontres dans les voyages c’est la meilleure école. Mais j’ai commencé seul la guitare. Je vois des couleurs, plein d’images, j’utilise les notes comme un peintre avec un verre ouvert sur la tête. Ça marche beaucoup avec l’instinct. Souvent dans les concerts je compose des nouvelles compos avec le public…Je reste sur mon fil mais j’adore aller chercher la fausse note pour s’envoler vers l’inconnu et laisser la place à mes Ongod. La Chamane ne m’a pas appris la technique de la Morin Khuur et chant mais sa connexion avec le peuple Mongol, la nature, les ancêtres…et toutes les cérémonies m’ont inspiré vite et m’ont emmené au coeur des nomades !

Votre nouvel album Ongod, « esprit » dans le chamanisme mongol, invite l’auditeur à une introspection spirituelle. Vous considérez-vous comme un chamane tel que Yoga-semilla vous dénomme ?

Youri Defrance : Je fais des cérémonies depuis mon dernier voyage en Mongolie en 2016. Je n’avais pas envie d’utiliser l’habit chamanique et tous les grigri pour les trans mais la chamane Tsaatan m’a donné un masque en me disant que c’était important. Au bout de trois cérémonies j’étais épuisé, j’ai compris que la matière peut aussi protéger des mauvais esprits.

Avez-vous un ou des lieux de prédilection pour composer ?

Youri Defrance : C’est marrant cette question, je viens de m’installer à Lyon et hier mes Ongod m’ont parlé d’un lieu sacré Celtic à trente minutes de la ville. Non je n’ai pas vraiment de lieux, tout est en mouvement pour composer…mais c’est sûr que j’ai besoin de me recentrer avec ma sensibilité et mon feu intérieur, en ce moment c’est en montagne…

La musique est-elle une thérapie ? Et quelles sont, selon vous, les effets du blues chamanique ?

Youri Defrance : Ça fait vingt-trois ans que je ne fais que de la musique malgré des passages très durs avec le côté autoproduction épuisant…j’ai toujours voulu être libre et utiliser ma musique comme un passeport pour voyager ! Après les concerts dans les villes, je prends le temps de rencontrer, d’apprendre directement dans les tribus … Je suis resté cinq mois la première fois en Australie, aux Etats-Unis dernièrement huit mois mais avec une petite oie sauvage ça devient plus compliqué.

Les effets, ça dépend de ta façon de voir la vie, chaque personne est unique, ton écoute en toi, le silence c’est de la musique. Intérieurement l’homme est toujours resté nomade donc ça touche en général cette conscience … et à la fin d’un concert surtout pour les sessions avec la nouvelle lune, tu te sens moins aveugle sur certaines choses du quotidien…

BLUES CHAMANIQUE, YOURI DEFRANCE
Tribu Warlpiri, Australie. Photo : Youri Defrance

Vous proposez une soirée spéciale le 16 février 2018 à Dinan. Il s’agira d’un ciné-concert où le public assistera à une cérémonie de la chamane mongole Enkhetuya. D’autres projets de ce type sont-ils en cours ?

Youri Defrance : Viens voir tu comprendras mieux. Oui, il y aura aussi un repas traditionnel Mongol (des Buuz) pour mieux se connaître et entamer un processus avec la nouvelle lune. Je parlerai de mon initiation et de plein d’autres choses en rapport avec le nomadisme. Ensuite, on entrera dans mes voyages avec le ciné-concert et je finirai avec le tambour chamanique…
Je prépare une petite tournée en septembre/octobre 2018 avec mon percussionniste Robin Vassy mais avant ça, notre premier concert sera en Suisse pour la 9ème édition du festival Blues Rules.

Préparez-vous un nouveau voyage ?
Youri Defrance : Oui, toujours en Mongolie pour TSAGAAN SAR 2019 et j’aimerai retourner au Japon pour découvrir la terre des Aïnous de Sakhaline…

BLUES CHAMANIQUE, YOURI DEFRANCE
Photo : Youri Defrance

10 février à Paris : Centre élément
15 février à Trégastel : Toucouleur
16 février à Dinan : Yourte Semilla (60 places maximum)
17 février à Lorient : Salle en face de la mer, Centre Sagara Vidya (80 places maximum)

Les réservations des concerts chamaniques : whb.assist@gmail.com

TSAGAAN SAR 2018

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