Le film Visages Villages a été présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes. Il marque le retour d’Agnès Varda derrière et devant la caméra accompagnée de « l’artiviste urbain » : JR. À la fois rieur, doux et mélancolique, le film Visages Villages invite le spectateur dans un tour de France des villages au fil duquel les deux artistes conversent ensemble et recueillent les mots de ceux qu’ils rencontrent.

Visage Villages suit l’aventure d’Agnès Varda et de JR à Bonnieux, Pirou-Plage, au Havre où ils rencontrent Claude, Amaury, Marguerite, entendent l’histoire d’Émilie et Émile et croisent un troupeau de chèvres cornues. Ils photographient et affichent sur des façades les portraits des habitants ou animaux avant de continuer leur chemin, leur discussion à deux. Comme l’explique Agnès Varda dans le film : « il y a à la fois un désir de partager avec vous et de continuer nos petites idées, nos petites folies. »

Le film résulte d’abord d’une rencontre entre deux personnes, deux artistes. Agnès Varda et JR se sont rencontrés par l’entremise de la fille de la cinéaste, Rosalie. Aucun des deux n’avait auparavant travaillé en duo, mais après des visites réciproques de leurs ateliers, ils ont décidé de s’engager ensemble dans un nouveau projet qui durera deux ans et deviendra Visages Villages.

Le film se trouve à mi-chemin entre les univers de chaque artiste : le photo-collage propre à JR est un élément central dans le film mis en lumière par la caméra d’Agnès Varda. Leurs volontés artistiques se sont alliées pour nous offrir un documentaire singulier et émouvant mêlant les histoires des visages photographiés par JR et les villages dans lesquels Agnès Varda souhaitait amener son partenaire (l’exilant ainsi loin des zones urbaines où il travaille habituellement).

L’amour des gens et des rencontres partagé par Agnès Varda et JR a motivé leur volonté de voyager à bord du « camion magique » de ce dernier partout en France. Ensemble, ils souhaitaient mener un projet participatif afin de « créer des héros » et modifier la vision que l’on peut avoir de ceux qui nous entourent. Ainsi, l’affichage de la photographie de Jeannette sur la façade de sa maison devient un symbole fort pour cette femme, dernière habitante de son coron sur le point d’être détruit.

VISAGES VILLAGES
Agnès Varda lors de la Cérémonie des Césars en 2014

Le film met aussi en avant l’histoire d’amitié entre les deux artistes. Complices devant la caméra comme devant les spectateurs présents lors de l’avant-première au Ciné TNB le mardi 20 juin, JR et Agnès Varda ne cessent de se taquiner. Le premier rit de sa coiffure « Mont Fuji », sa petite taille ou ses « rides musclées », la seconde se plaît de sa ressemblance avec Jean-Luc Godard constamment caché derrière ses lunettes (arrivera-t-elle à les lui faire enlever ?).

Le documentaire fait écho aux vies personnelles des deux artistes et à leurs souvenirs. Leur périple les emmène à Chérence, petit village du Val d’Oise, où Agnès Varda avait l’habitude de rendre visite à Nathalie Sarraute. Ils se rendent également au domicile de Jean-Luc Godard, ami de la réalisatrice, une scène qui fait partie des plus émouvantes du film. Sur la plage de Sainte-Marguerite-sur-Mer, les souvenirs de JR et d’Agnès Varda s’entremêlent à des époques différentes, de nouveaux se créent notamment par la reproduction pour quelques heures seulement d’un portrait du jeune Guy Bourdin prise par Agnès Varda sur un blockhaus planté de façon quasi irréelle au milieu du sable.

VISAGES VILLAGES
L’artiviste urbain JR

Par leur voyage, JR offre à Agnès Varda « d’emmagasiner le plus d’images possible ». Cette phrase prend tout son sens lorsqu’on découvre que la réalisatrice souffre de problèmes oculaires nécessitant des soins réguliers. Visages villages portent ainsi une réflexion sur le regard et la vision : l’une voit sa vue diminuer quand l’autre refuse de dévoiler son regard tout en passant son temps à photographier celui des autres.

Depuis ses premières photographies, Agnès Varda s’est imposée dans le champ artistique grâce à son art plastique, ses photos et son cinéma. Réalisatrice éclectique de courts comme de longs métrages, elle s’est illustrée dans la réalisation et l’écriture fine de fictions avec La pointe courte (1955), Cléo de 5 à 7 (1962), Les créatures (1966) ou Sans toit ni loi (1985), mais également de documentaires tels Black Panthers (1968) et certains dans lesquels elle apparaît notamment Les glaneurs et la glaneuse (2000) ou Les plages d’Agnès (2008). Maintes fois récompensée pour son œuvre, elle reçoit en 2015 la palme d’honneur du Festival de Cannes.

JR est un artiste ou un « artiviste urbain » qui a choisi la technique du photo-collage dans les lieux publics urbains pour s’exprimer un peu partout dans le monde. En 2007, son projet Face 2 face l’emmène en Israël et Palestine où il affiche les visages des habitants de part et d’autre du mur de séparation. En 2014, il faisait entrer près de 4 000 anonymes au Panthéon en les affichant sur le sol ou les parois du dôme. En 2016, il habillait la pyramide du Louvre, la faisant disparaître et rendant son unité au Palais.

Visages villages, un film d’Agnès Varda et JR, sortie officielle le 28 juin 2017 (1h29), Hors-Compétition au Festival de Cannes.

Un film de Agnès Varda et JR
Catégorie Documentaire
Réalisation Agnès Varda & JR
Musique Matthieu Chedid dit -M-

Photos : Le Pacte

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VISAGES VILLAGES D'AGNES VARDA ET JR
L’installation de JR sur le dôme du Panthéon à Paris

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