Un peu de douceur, d’humour décapant dans une période globale toujours mouvementée. Un roman quelque peu surréaliste au nom du désir, des sentiments, de l’amour, du temps qui passe… C’est ce que nous propose le texte fort et touchant – comme d’habitude -, et empreint de délicatesse de François Cérésa, L’une et l’autre.

Sexagénaire fringant, Marc est marié à Mélinda, à peine plus jeune que lui. Le couple hier flamboyant et amoureux, semble aujourd’hui avoir du plomb dans l’aile. Le désir s’est émoussé, le plaisir n’est plus une idée neuve. Mélinda a perdu de sa superbe, et Marc fait preuve en toute occasion d’un cynisme grinçant. L’histoire d’amour touche-t-elle à sa fin ?

À travers l’histoire des ces deux-là voire de ces trois-là – vous comprendrez rapidement pourquoi -, l’auteur nous entraîne dans les montagnes russes qui balancent, rassurent, malmènent, amusent parfois ou déchirent un couple tout au long de la vie. À l’heure où nombre d’unions volent en éclats rapidement dans les trois ans qui suivent un mariage, une union civile, un concubinage, François Céséra fait le pari que les choses peuvent durer, que le désir et les sentiments s’entretiennent malgré des mises à l’épreuve, malgré les doutes, malgré certaines tentations, malgré de francs « coups de canif dans le contrat ». Les hommes sont-ils plus durs envers les femmes avec le temps qui s’égrène et quand les corps commencent à accuser la dure loi de la gravité ? Les femmes sont-elles condamnées à taire leurs désirs, leurs envies, pour répondre à « une loi non écrite » mais édictée par la gent masculine depuis toujours ? Peuvent-elles en toute liberté, suite à la période Simone de Beauvoir et son Deuxième sexe, suite à Mai 68, jouir pleinement de leur liberté et de leur autonomie si fortement revendiquées il y a cinquante ans ? Les hommes sont-ils condamnés, l’andropause pointant son nez, à se préoccuper seulement de leurs problèmes de prostate et se soucier de leurs performances sexuelles ? Et que fait-on du désir ? Comment le réveille-t-on quand on le pense totalement éteint ? Que reste-t-il de nos amours quand on n’arrive plus à se regarder, se parler, se toucher, quand les aléas de la vie nous ont fatigués, quand des dizaines d’années s’affichent au compteur et que l’on s’est enfermé dans les habitudes, dans la routine, dans une espèce de fausse sécurité du couple installé. Mariés un jour, mariés pour toujours. Pas si sûr…

françois Cérésa

Et si on bousculait les codes ? Et si Mélinda, que Marc connaît depuis si longtemps lui apparaissait de nouveau comme au temps de sa splendeur ? Et si il y avait plusieurs Mélinda dans la Mélinda que Marc a épousée ? Et si l’une était l’autre ? Et si l’autre était l’une ? Un 31 décembre tout bascule quand on sonne à la porte et que Marc découvre la personne qu’il a face à lui. Ensuite s’enchaîne un périple à deux à travers l’Europe et le 7e art sous prétexte d’un documentaire… où l’on va croiser de grandes figures de la littérature, du cinéma, de la musique, de la poésie, peut-être un élixir de jouvence érotique pour Mélinda et Marc. Peut-être un temps pour se trouver plutôt que se retrouver.
Tout au long de ce voyage remarquable de fantaisie comme de gravité, François Cérésa nous tient autour d’un des grands thèmes de l’existence : l’amour. Mais l’amour seul ne suffit pas et Marc, le mari, va encore apprendre après des années d’union que les preuves d’amour, les petites attentions, l’écoute, le respect, l’admiration pour l’autre, le respect sont plus forts que tout. Il ne va pas redécouvrir Mélinda, il va la découvrir. Et peut-être d’aucuns savent que pour découvrir l’être aimé(e), il faut parfois toute une vie.
Et si tout n’était qu’éternel recommencement ? Roman tout en finesse, en délicatesse, un petit bijou.

L’une et l’autre un roman de François Cérésa aux Éditions du Rocher. 220 pages. Parution : février 2018. 18€. Couverture : © SunsetBox/Allpix/Aurimages – Photo François CESERA – © DR

françois CérésaJournaliste et écrivain, François Cérésa dirige le mensuel Service littéraire après avoir été de longues années rédacteur en chef du Nouvel Observateur. Il a publié une trentaine de romans, aussi bien historiques qu’intimistes. Son dernier récit, Poupe, paru au Rocher en 2016, sélectionné pour le prix Essai Renaudot, a reçu le prix Louis Barthou de l’Académie française et le prix des Romancières.

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