Journaliste et historien de la chanson Martin Pénet sort un CD et un livre hommage à Suzy Solidor. L’occasion de revenir sur une grande dame de la chanson française. À tort oubliée.

Un matin de juillet dans la moiteur de Cagnes-sur-Mer, une vieille dame est assise sur un grand fauteuil, au fond de sa boutique d’antiquités. Un rouge à lèvres écarlate rappelle ô combien cette femme fut d’une grande élégance. Elle sourit au petit garçon que je suis et porte une main bienveillante sur mes cheveux.

Quand je lui dis que je suis originaire de Saint-Malo, son visage ridé replonge dans sa jeunesse cachée. Cette femme à la tunique d’antan, coupée dans de la soie, n’est autre que Suzy Solidor, la chanteuse des filles de Saint-Malo, grand succès des années 30.

Par un geste lent, mais très assuré, Suzy Solidor sort un son d’une étrange machine. « Mon petit, cela sert à quoi ? » Par je ne sais quel truchement neuronal, je lui donne le nom. « C’est une corne de brume, » lui dis-je fièrement et promptement. Encore une fois, elle me gratifie d’un sourire et me confie tout doucement : « Je suis de Saint-Servan, pas de Saint-Malo de Saint-Servan ».En cette année de 1976, le bambin que je suis ne relève pas la confidence et s’en va de la boutique sans un regard pour la femme fripée tout de blanc vêtue.

« Je suis de Saint-Servan, pas de Saint-Malo, de Saint-Servan. »

Quelques années plus tard, en 1983, j’apprends sa mort sur les ondes de France Inter. J’en sais désormais beaucoup plus. Suzy Solidor est née à Saint-Malo en 1900 de père inconnu et d’une certaine Louise-Marie Adeline Marion. Domestique chez un avocat malouin sa mère en fut sans doute sa maîtresse et le réceptacle de sa semence fertile.

En mal de père biologique, Suzy Solidor fut tout au long de sa vie persuadée que son père n’était autre que le fougueux homme de Loi, descendant du corsaire Robert Surcouf. On ne le saura sans doute jamais. Mais accréditons bien volontiers cette origine pour donner à notre dame un héritage respectueux de ce qu’elle fut toute sa vie : une chanteuse de Saint-Malo à la réputation nationale.

Compagne vraisemblablement de Mermoz, mais aussi attirée par la douceur féminine, Suzy fut une grande dame de la chanson française. Androgyne avant l’heure, Grace Jones des années folles, la Sarah Bernard des Concerts était l’égérie des peintres et des artistes de son époque (Vand Dongen, Laurencin, Fujita…). L’improbable Cocteau aimait à dire d’elle : « Elle a une voix qui part du sexe ».

Durant de nombreuses années, Suzy Solidor chanta Les Filles de Saint-Malo, La fille des bars, Mon légionnaire… Elle fut également romancière et actrice. Sa vie fut évidemment bien remplie, mais marquée par une passade douteuse au temps de la collaboration. Elle chanta Lily Marlène… De quoi lui causer quelques ennuis à la Libération et passer devant la commission de l’épuration. On préfère quant à nous se souvenir qu’elle porta haut les couleurs de Saint-Malo et de la tour Solidor dont elle porta le nom durant toute sa carrière.

Pratique et nouveau : CD et livret en vente au prix de 25 euros sur ce site.

2 Commentaires

  1. Jai beaucoup aime votre article qui m’ a rappelle mon enfance. J’ai moi même connu Suzy dans mon enfance dans les rues de Saint Servan et je me souviens d’un baiser vole à la sortie de la boulangerie ou j’ achetais mes sucettes. Par la suite, je l’ai revu à Paris en compagnie de ma femme et ce fut pour moi un crève cœur de croiser son regard. J’en ai encore la larme à l’oeil. J’écoute ses chansons au soir de ma vie et je puis dire que les filles de saint Malo ont bien les yeux couleur émeraude. Merci a vous de faire revivre une telle femme qui a inspiré la nouvelle vague et la mode d’avant guerre. Cest cela que l’on attend d’un journaliste qui parle de sa cité. Merci Ah j’oubliais une petite anecdote. Quand j’etais petit je croisais Suzy au Bas Sablons qui était la seule femme en maillot de bain ce qui était choquant pour l’époque et je me souviens encore du regard de ma mère qui me prenait par la main et me disait ce n’est pas une femme pour toi mon marius ! C

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