Le premier roman d’Aurélien Bellanger est considéré par la majorité des critiques comme un chef d’œuvre. Pourtant, si cet ouvrage présente un réel intérêt, il accuse un flottement stylistique et réflexif.

Il fallut plusieurs mois pour rendre le sous-sol opérationnel : les travaux furent retardés par les nombreux samedis passés, près de Rambouillet, à regarder voler les avions de Manillet. Frédéric effectua là, avec application, ses premiers vols ; il connut l’ivresse des vrilles et l’effroi des piqués. Pascal apprit le fonctionnement des moteurs deux-temps, qui tournaient presque à l’air libre quand le piston désoccultait les lumières d’admission et d’échappement. Ignorant encore la physique exacte du vol et la notion de portance, il imaginait que les avions tenaient en l’air ainsi, en pinçant le mince filet d’air qui passait à travers eux — un air épaissi et glissant, enrichi par des vapeurs d’huile de ricin et doté, grâce à l’essence et au nitrométhane, de propriétés explosives spéciales. Un peu à l’écart du groupe des avionneurs, deux ou trois amateurs de vol stationnaire surveillaient les évolutions de leurs hélicoptères, sanglés à d’énormes télécommandes qui paraissaient à Pascal beaucoup plus compliquées que le ciel bleu.

Ce pavé de 500 pages raconte en détail de l’histoire de la technologie en France des années 1980 à nos jours. De la naissance du Minitel à l’avènement d’Internet. Singulier et passionnant angle d’attaque, dans le monde littéraire, pour un ouvrage qui traite du rapport de la France à sa modernité.

C’est le destin d’un génie avant-gardiste, Pascal Etranger, que le lecteur suit. Après avoir fait fortune dans le monde de la nuit et du sexe, ce dernier s’oriente vers des métiers plus… nobles, principalement fournisseur d’accès à Internet. Toute ressemblance avec Xavier Niel, le patron de la controversée société Free n’étant que pure coïncidence, bien évidemment.

Le roman alternant fiction et réalité offre au lecteur initié un fort ancrage dans la réalité. De fait, les connaisseurs du secteur identifieront facilement l’ensemble des situations et des personnages ; ce qui ajoute à l’intérêt du récit. C’est sans doute là la principale force de La théorie de l’information : du romanesque fait réalité, de la réalité faite roman. Quand la réalité se fait fiction et la fiction réalité – n’atteint-on pas l’apogée de l’information globale et intégrée ?

Un autre point fort de ce roman repose dans son découpage habile en 3 chapitres. Ils peuvent être résumés ainsi : le parcours à la Rastignac de son personnage principal, une architecture inspirée de la théorie de Shannon et une immersion dans la société du numérique. Le tout est servi par une ironie forte et un humour mordant qui finit d’assurer la réussite à cet ouvrage.

Alors, pas de critiques négatives ? Si. D’une part, le style est d’un intérêt qui équivaut à peu près celui que je porte à une puce électronique usagée. D’autre part, ce livre solide aux prétentions universelles laisse  de côté les mouvements philosophiques, sociologiques et politiques qui résonnent pourtant étroitement avec son sujet. C’est aussi étonnant que dommageable à l’objectif aussi bien romanesque que didactique de l’ouvrage. Mais peut-être le romanesque n’est-il pour Aurélien Bellanger qu’un subterfuge à la difficulté de théoriser ? Et inversement.

  Frédéric Bellanger, La théorie de l’information, Gallimard, 496 pages, 22,50 €

La Théorie de l’information est une épopée économique française. De l’invention du Minitel à l’arrivée des terminaux mobiles, de l’apparition d’Internet au Web 2.0, du triomphe de France Télécom au démantèlement de son monopole, on assistera à l’irruption d’acteurs nouveaux, souvent incontrôlables. La Théorie de l’information est l’histoire de Pascal Ertanger, le plus brillant d’entre eux. Adolescent solitaire épris d’informatique, il verra son existence basculer au contact de certains artefacts technologiques : éditeur de jeux en BASIC, pornographe amateur, pirate récidiviste et investisseur inspiré, il deviendra l’un des hommes les plus riches du monde. La Théorie de l’information raconte aussi comment un article scientifique publié en 1948 a révolutionné l’histoire des télécommunications et fait basculer le monde dans une ère nouvelle, baptisée Âge de l’information. Pascal Ertanger s’en voudra le prophète exclusif. La Théorie de l’information évoque enfin le destin d’une planète devenue un jouet entre les mains d’un milliardaire fou.



 

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