Le classement 2012 relatif à l’accès aux technologies dans le monde est paru. Il pose des questions essentielles sur l’enseignement, la culture et le développement des nouvelles technologies en France et par le monde. Il pointe également des failles et paradoxes.

Édité par l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), organe des Nations-Unies, ce classement place la France en 18e position. La  Corée du Sud remporte la 1ere place devant 7 pays européens et le Japon. Mais de quoi parle ce classement et sur quoi se fonde-t-il ? Il traduit l’index IDI. L’ICT Developpement Index, autrement dit l’index de développement des technologies de l’information, conjugue 11 indicateurs :

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Lignes téléphoniques fixes ou portables, Internet Haut débit, pourcentage d’équipement en informatique et accès internet, pourcentage d’individus utilisant internet mobile ou fixe, niveau d’alphabétisation et de développement des activités tertiaires et secondaires pèsent donc dans ce calcul.

Sans surprise, les pays scandinaves arrivent en tête pour l’Europe. La Grande-Bretagne, la Suisse comme le Luxembourg sont classés avant la France qui se situe juste derrière l’Allemagne mais devant les pays d’Europe du Sud. Un résultat en demi-teinte pour notre République. Comme pour les États-Unis qui se classent 17e et payent ainsi les importantes disparités dans l’accès aux réseaux haut débit et mobiles sur leur territoire.

Certes, ce classement ne mesure l’accès aux informations qu’en quantité et non en qualité. Il ne réfléchit pas plus la question épineuse de la censure de l’information. C’est ainsi que l’Asie se retrouve bien classée ; Hong Kong, Singapour, Macao paradent dans les 20 premiers.

Autre point intéressant : la progression de ce classement durant les dernières années. La Russie poursuit sa progression en entrant dans le Top40. Le Vietnam stagne après de forts investissements, la Chine régresse (78e), dépassée par la Malaisie. L’Inde reste très loin dans le classement, malgré la présence d’entreprises sous-traitantes dans le domaine des technologies de l’information. L’Afrique est le parent pauvre de ce classement avec une stagnation malgré de nets progrès en valeur absolue dans les pays du Maghreb. Tchad, Niger, Mali, Éthiopie ne connaissent aucun progrès et creusent chaque année le fossé technologique. En Amérique du Sud, c’est toujours l’Uruguay qui s’en sort le mieux, avant le Chili et l’Argentine dans un continent qui progresse pourtant graduellement.

En pratique, 70% des lignes internet sont installés dans les pays développés. L’accès aux technologies de l’information permet à la fois de meilleurs échanges commerciaux, mais, surtout, un meilleur accès à l’enseignement et la culture. Comparons 2 pays que tout semble opposer : Vietnam et Finlande.

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Il appert que le Vietnam accuse une faiblesse de développement dans le secteur tertiaire qui pousse beaucoup de diplômés à s’expatrier en… Corée du Sud, leader du classement. Toutefois, l’ICT se fonde sur un modèle de développement occidental en ce qui concerne les taux d’équipement et les types d’équipement. Ce qui brouille l’analyse. Par exemple, beaucoup de Pays en Voie de Développement ont choisi de se passer de lignes fixes pour opérer directement un saut technologique vers l’internet mobile. Autre exemple, le coût d’accès à l’internet n’est pas une valeur prise en compte. Or, les salles internet et autres cybercafés à bas coût sont bien plus nombreux au Vietnam qu’en Finlande. Ce qui d’ailleurs donne au final un nombre d’utilisateurs d’internet faussé. Pour l’anecdote, il faut savoir que la Chine compte de véritables fermes virtuelles d’élevage de héros au jeu en ligne World of Warcraft : des milliers de jeunes Chinois se pressent dans des salles internet pour jouer des dizaines d’heures à suivre. Objectif : revendre à de riches Occidentaux des personnages et héros virtuels d’un bon niveau pour batailler dans le jeu.

Enfin, l’accès à l’information ne signifie pas obligatoirement maîtrise de l’utilisation. Beaucoup d’usagers de smartphones ou d’ordinateurs ne comprennent pas le fonctionnement du réseau internet, de leur machine ou bien encore les risques de manipulation potentiels. En pratique, l’accès internet n’est pas nécessairement utilisé pour l’information éducative et culturelle alors qu’il est bien présent dans des plaisirs bien plus futiles. Les dérives des réseaux sociaux qui ne cessent de faire l’actualité en fournissent un bon exemple.

Comme beaucoup d’indicateurs, il faut creuser pour arriver aux informations clés. Comme le souligne Brahima Sanou, directeur de l’UIT, l’un des premiers impacts de ce rapport porte sur le redécoupage futur des réseaux de communication. Il souligne également le déséquilibre entre besoins et capacités de communication selon les types d’infrastructures qui sont au coeur du débat international sur l’Internet et les réseaux. 8 pays représentent à eux seuls les 2/3 du trafic mondial et… ne figurent pas en tête de classement.

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