Phénoménologie de la religion et herméneutique théologique dans la pensée du jeune Heidegger est à la fois un Everest un Graal.

Cet ouvrage sur Heidegger s’attache à délimiter la voie phénoménologique qui pointe un possible sens existentiel de la religion. Dans ce dessein il recourt à une étude de la place de la religion dans l’histoire en analysant les différents courants religieux aussi bien que le comportement des différents pèlerins. La direction à emprunter pour Heidegger est celle qui va chercher l’essence de ces choses religieuses au fond de chacun des adeptes. En quête d’une prodigieuse révélation de l’intériorité de chacun.

En termes historiques, deux personnages ressortent plus particulièrement aux yeux d’Heidegger : Saint Paul et Saint Augustin. Pour ce dernier, la vie est un cycle perpétuel de tentation, conduisant l’humain au bord du précipice, au profond du sentiment de déchéance. Au contraire, la réalisation de soi passe par l’intériorisation de sentiments et d’états contrastés en vue d’une pacification et de la plénitude.

Point capital du texte : la considération de tout objet et vécu à partir d’un Dieu mort, une sorte de ‘moment’, d’‘état’ de la plus haute idée du concept pur, de l’infinité. Un point de vue à partir l’abîme du néant où tout être s’enfonce dans une douleur infinie.

C’est dès lors que le questionnement de l’être se dévoile paradoxalement, comme surgissement, déploiement, et comme comme décadence impalpable.

D’une modernité exceptionnelle, cet ouvrage est juste une extraordinaire introduction à la question et au fait religieux. Si la lecture est exigeante – le meilleur se mérite – elle en vaut vraiment la peine.

 

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Phénoménologie de la religion et herméneutique théologique dans la pensée du jeune Heidegger. Commentaire analytique des Fondements philosophiques de la mystique médiévale (1916-1919), Dordrecht, Springer, coll. « Phaenomenologica » 184, 2008, viii + 640 p.
Cette étude tente de reconstruire la première phénoménologie de la religion du jeune Heidegger par l’examen du recueil de notes éparses rédigées entre 1916 et 1919 et intitulé rétrospectivement Les fondements philosophiques de la mystique médiévale. Entre sa thèse d’habilitation et ses premiers cours d’après-guerre, Heidegger se consacre à l’écriture d’une Phénoménologie de la conscience religieuse qui, pour des raisons quelque peu mystérieuses, restera finalement inachevée. Si certains de ses éléments seront repris et assimilés dans les cours sur Paul et Augustin des années 1920 et 1921, de nombreux autres, concernant des auteurs tels que Maître Eckhart, Bernard de Clairvaux, Luther, Schleiermacher ou Adolf Reinach, ou des notions phénoménologiques, théologiques et religieuses, telles que la prédonation, la foi, la prière ou l’a priori religieux, trouvent dans ce texte une thématisation tout à fait spécifique, dictée par une situation biographique et philosophique singulière. C’est pour répondre à cette dimension hapaxique que ce livre tente un commentaire exhaustif des notes heideggeriennes. Et c’est à l’occasion de cette lecture suivie que sont apparues les grandes lignes de ce que l’on peut appeler une « herméneutique théologique » censée guider la phénoménologie sur le terrain religieux nouvellement investi et la familiariser avec des phénomènes qui résistent en certains endroits à son esprit méthodique. Malgré leur caractère introductif, les premières recherches de Heidegger témoignent d’une richesse, d’une profondeur et d’un respect de la vie religieuse inégalés à ce jour et il n’est pas exagéré de dire qu’elles devraient servir de prolégomènes à toute phénoménologie future de la religion. Ainsi, parallèlement au travail d’explication, le travail ici présenté esquisse en ce domaine quelques chemins possibles en prolongeant certaines descriptions heideggeriennes et en posant les bases d’un nouveau dialogue entre phénoménologie, théologie et sciences religieuses.

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