Les habitants de Klampis Ireng unissent leurs forces pour chercher Semar: bien leur en prend, car ce dernier est habilement caché ! Le lecteur de La quête de Semar rassemble lui aussi toute son énergie pour s’imprégner de ce récit, des codes du théâtre d’ombres, des noms indonésiens, de la culture javanaise, et de ce Semar qui, en personnage exigeant, impose plusieurs relectures avant de se laisser capturer.

Résumé

Semar, personnage mythique et mythologique javanais, valet et conseiller des chevaliers Pandawa, a disparu. Sans sa rassurante présence et ses conseils avisés, c’est la défaite assurée. Le peuple tout entier s’embarque dans une quête d’un autre genre, à la recherche d’un personnage qui ne se cache pourtant pas bien loin.

Un livre exigeant et lumineux, à l’image de la culture indonésienne.

Avec La Quête de Semar, on est loin du rouleau compresseur de la culture occidentale et de son prêt-à-penser. On lit ce conte philosophique comme on assisterait à une cérémonie du thé imprégné de sa culture européenne : sous la beauté et la délicatesse de l’apparat, le message semble abscons, obscur, hermétique.
Car dans la culture asiatique, chacun fournit sa part d’effort et parcourt un bout de chemin pour aller à la rencontre de l’autre, faute de quoi l’étincelle ne jaillit pas. S’embarquer dans le récit de Sindhunata, c’est prendre un aller simple pour une destination inconnue, faire confiance à l’auteur et accepter de se perdre dans un univers improbable. À cette seule condition se révélera la substantifique moelle de ce merveilleux récit.

Semar est un personnage traditionnel du théâtre d’ombres javanais, subtilité qui n’échappera pas au lecteur. Sous ses yeux, les lettres s’envolent et forment des marionnettes qui racontent une histoire. L’écriture, étonnamment visuelle, ne s’appréhende pas par la raison cartésienne. Les mots font appel à une palette hétéroclite d’émotions et de sensations qui forment un tableau insolite ; le lecteur s’abandonne pourtant avec délice dans sa contemplation, passés les premiers écueils. À la faveur d’une lecture affranchie des habitudes et exigences littéraires, Semar se laisse approcher et apprivoiser. On devine qu’il incarne tout à la foi la connaissance de soi, la compréhension du monde, la beauté de la nature, l’idée du Bien et du Mal… Trouver Semar, c’est trouver la source du bonheur en soi, à l’exclusion des biens matériels de ce monde.

Dans ce livre bilingue français-indonésien, illustré de superbes dessins de marionnettes, se cache un trésor de la spiritualité javanaise, multiidentitaire, à l’image de cette société façonnée par des siècles de mélange et d’intégration de cultures de tous horizons.

À conseiller si…

… ce voyage, qui s’assimile à un trek, chargé d’un sac à dos lourd et chaussé de souliers neufs, dans des paysages merveilleux, vous tente : ce récit est une véritable découverte, une lecture très personnelle dont vous seul pourrez savoir ce que vous en rapporterez.

Extraits :

Tant que Semar veille, la vie est idyllique dans le village de Klampis Ireng.

Le village savait protéger les montagnes, garder les rizières et les champs environnants, verts et fertiles, disait-on. Tout ce qui était planté poussait, tout ce qui était à vendre l’était à bon marché. Les gens affluaient, on ne cessait d’aller et venir. Sans relâche on louait Klampis Ireng. Buffles, vaches, poulets, canards, oies allaient en toute liberté, avant de rentrer le soir dans leurs enclos, sans quiconque pour les surveiller. Les animaux cherchaient seuls leur nourriture. Libres et repus, ils ne craignaient pas d’être volés.

Hélène

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Pasar Malam (28 octobre 2011), 126 pages, 15€

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