Originaire de Fougères, près de Rennes, le musicien Tristan, alias Saro, a été sacré champion du monde de beatbox en battle en mars 2017. Le human beatbox (« boîte à rythmes humaine » en anglais) consiste à produire de la musique en imitant avec sa bouche des instruments, principalement des percussions, et en l’accompagnement ou non de vocalises. Présentation d’un son montant…

Depuis quand le beatbox est-il au cœur de votre vie ?

Saro : J’ai découvert le beatbox il y a dix ans après avoir fait fait dix années de batterie. Un jour, je me suis rendu à un concert dans ma ville natale de Fougères; sur scène, il y avait O’slim, un beatboxer franco-tunisien. À la suite, j’ai réalisé des recherches sur internet qui m’ont permis de découvrir l’Américain Rahzel, le papa du beatbox, puis Kenny Muhammad. Mais à l’époque ce n’était pas très connu, maintenant nous trouvons beaucoup plus de vidéos sur YouTube. C’est comme ça que je suis tombé amoureux du beatbox, je me suis dit « il faut vraiment que je fasse ça ». Cela fonctionnait bien avec mon univers teinté d’électro, entre la trap bass et la house.

SARO

Comment apprend-on le beatbox ? 

Saro : Les gens ont l’impression que c’est impossible, mais ce n’est pas plus difficile que se retrouver avec une guitare entre les mains quand on n’en a jamais fait. Le beatbox, c’est pareil : il faut juste de l’apprentissage et de l’entraînement. Pour atteindre un bon niveau, certains vont mettre six mois, un an, et d’autres quatre ans – ça dépend de chacun. Pour pratiquer le beatbox, il faut apprendre les sons de base pour faire un rythme. Il y a la grosse caisse qui fait « Pff », la caisse claire qui fait « Pss », et la charleston qui fait « Ts ts ts ». Avec ces trois sons là, il est possible de faire un petit rythme tout simple. Après, les possibilités sont multiples, car le beatboxeur utilise la totalité de l’appareil phonatoire et buccal, contrairement au « vocaliste » et au « multivocaliste » qui n’utilise lui que sa voix. Donc cet instrument a cappella regroupe les techniques issus aussi bien du chant, des percussions vocales, de l’imitation, de voix ou d’instruments, des bruiteurs vocaux, du chant diphonique, etc.

En mars dernier, vous avez été sacré champion du monde lors des battles de loopstation. Ça consiste en quoi ? 

Saro : La loopstation c’est une machine qui permet de m’enregistrer en live et qui fait des « loops », des séquences musicales répétées indéfiniment. J’empile les pistes et je fais des morceaux avec. Ensuite dans cette « loop », des effets agissent directement lorsque je joue dans le micro. Puis d’autres effets interviennent sur les pistes que j’ai déjà enregistrées. Durant le concours, il y avait plusieurs catégories : la loop, les solos et les tag team. Ça se déroule sur deux jours. Le vendredi soir, ce sont les quarts de finale et les qualifications en solo. Et le samedi soir, ont lieu les demi-finales et les finales.

En finale de loopstation, votre adversaire était Tioneb, lui aussi beatboxer français… 

Saro : J’étais un peu l’outsider de la compétition, car je n’avais jamais fait de compétition de loopstation avant, j’étais un peu l’inconnu. Tioneb lui ça fait déjà un moment, il avait déjà participé à la compétition l’an passé. C’est un très bon adversaire. Les battles me stressent toujours un peu, je préfère les concerts et faire une heure de show. Il faut savoir que, dans les battles, le public représente 85 % de beatboxers. Lors de la finale, c’était fou, j’étais très stressé, mais à chacun de mes morceaux, le public sautait, dansait, applaudissait, je m’attendais vraiment pas à ça.

Depuis cette victoire, vous enchaînez les dates…

Saro : Fin octobre, je suis allé en Inde au Spoken Festival, c’était vraiment super, j’ai été très bien reçu par le public indien. Ce week-end, j’étais à Londres, j’ai jugé le championnat anglais, c’est la première fois que je jugeais un championnat national, c’était très sympa. Sinon j’enchaîne pas mal de dates, mais surtout en France. Ça fait plaisir d’être reconnu, je fais de la musique pour les gens et j’essaye de faire apprécier ma musique. Mais je m’en rends pas vraiment compte, je ne me pose pas vraiment la question. Quand j’arrive sur une date et que quelqu’un me reconnaît, je dis « ah ouais tu me connais » (rires), ça me fait tout drôle.

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Le 8 décembre prochain, rendez-vous aux Transmusicales, vous avez hâte ?

Saro : Oui, car c’est le festival de ma ville. J’y suis allé de mes 16 à mes 20 ans. Je vais jouer sur la plus grosse scène du Parc Expo qui a une capacité de 8000 personnes, ça va être super, c’est une grande première pour moi. J’ai un set d’une heure qui commence à 1h25 du matin. Je prépare un bon son électro pour le Hall 9 pour faire danser les gens et passer un bon moment.

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Le beatbox commence à faire sa place…

Saro : Le beatbox est de plus en plus médiatisé. Les gens commencent à comprendre que c’est de la musique. Dans leur tête, le beatbox reste une performance, mais nous essayons de faire comprendre au public que c’est aussi de la musique et qu’il est possible de venir nous voir en concert, d’apprécier le beatbox comme de la musique, d’acheter des CD, et de l’écouter dans sa voiture ou chez soi. J’aime bien le côté « underground », mais j’apprécie aussi qu’il soit médiatisé parce que nous en avons besoin en tant qu’artiste. Le beatbox est bien plus qu’une performance. Après, ça dépend de chacun, certains ne font que des battles parce qu’ils préfèrent la performance.

Alors, quels sont vos projets ?

Saro : Je prépare un EP, je n’ai pas encore de date exacte, mais sûrement au printemps prochain. À la suite, j’aimerais enregistrer un album…

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