Taqawan, c’est le nom en langue mi’gmaq du saumon qui revient dans sa rivière natale pour la première fois après un long voyage en mer. C’est aussi le nom que s’attribue William, un jeune Indien lors d’un rite spécifique de jeûne en forêt. Éric Plamondon fait de Taqawan une histoire de lutte et de pêche entre les autochtones et les Québécois de Gaspésie.

TAQAWAN
Taqawan : Coup de coeur de la Librairie le Passeur, Bordeaux

À l’origine, la Gaspésie est peuplée de tribus indiennes dont les Mi’gmaq. Ils chassent pour se nourrir et se vêtir. Ils pêchent dans les lacs et les rivières. Pas plus que pour survivre au jour le jour. Puis les colons sont arrivés après la découverte de l’Amérique par les explorateurs Giovanni Caboto et Jacques Cartier. Années après années, ils ont repoussé les limites de la forêt pour construire des villages, planter des champs mettant en péril le mode de vie de ceux qui vivaient ici depuis des millénaires en harmonie avec la nature.

TAQAWAN
diapositive sur verre. Pêche au saumon sur la rivière Restigouche, N.-B., Circa 1927
Anonyme. Plaque sèche à la gélatine. Don de Mr. Stanley G. Triggs
© Musée McCord

Le récit d’Éric Plamondon commence en juin 1981. Une fois de plus, la police de la Sécurité du Québec assiège les Amérindiens pour interdire la pêche des saumons au filet en vertu de la conservation de la faune et de la flore. Violences, arrestations, interdiction aux enfants de passer le pont Van Horne pour rejoindre la réserve indienne de Restigouche.
Yves Leclerc, garde-chasse, ne supporte plus ces interventions musclées et donne sa démission.
« Qu’on sauve le saumon avec des quotas ou le gibier grâce à des lois de préservation de la faune lui paraît juste, mais pas au prix de jeter des pères de famille en prison, pas au prix de leur taper dessus comme des chiens devant leurs propres enfants. »
Peut-on reprocher aux Indiens la pêche de quelques saumons alors que les Américains multiplient la pêche sportive et que les bateaux usines ratissent le fond des océans? Les réserves indiennes dépendent du gouvernement fédéral, cette manœuvre n’est qu’un moyen de pression post-referendum sur Pierre-Elliot Trudeau, premier ministre canadien.

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Ce même jour, Yves Leclerc trouve dans la forêt une jeune fille indienne en état de choc. Océane, quinze ans a été violée par trois policiers. Il la confie à son ex-amante, Caroline, une jeune Française venue enseigner au Québec. Mais les deux femmes se font enlever. Yves et son ami indien, William partent en chasse pour les retrouver.

Éric Plamondon construit un roman passionnant en mixant agréablement les genres. Taqawan est à la fois un roman noir, un roman politique, historique et écologique. Le rythme est donné par cette intrigue autour de la jeune Océane. Mais l’auteur insère des chapitres plus documentaires, des faits historiques, des légendes, de riches moments de vie quotidienne qui nous aident à cerner les tensions entre un peuple qui doit se résigner sous le pouvoir des autres. Comme le saumon, il faut remonter à la source pour comprendre les peuples.

Ici, on a tous du sang indien et quand ce n’est pas dans les veines, c’est sur les mains.

L’auteur nous offre une belle page d’histoire ralliant son lecteur à la défense d’un peuple grâce à une histoire rythmée, romanesque avec de l’humour, de la beauté naturelle et de l’émotion. Une lecture atypique et mémorable.

Taqawan Éric Plamandon, Quidam Éditeur, janvier 2018, 208 pages, 20 euros, ISBN : 978-2-37491-078-9

Né au Québec en 1969, Éric Plamondon a étudié le journalisme à l’université Laval et la littérature à l’UQÀM (Université du Québec à Montréal). Il vit dans la région de Bordeaux depuis 1996 où il a longtemps travaillé dans la communication. Il a publié au Quartanier (Canada) le recueil de nouvelles Donnacona et la trilogie 1984 : Hongrie-Hollywood Express, Mayonnaise et Pomme S, publiée aussi en France aux éditions Phébus. Taqawan est paru au Québec au printemps 2017.

Prochaine rencontre avec Plamondon : 28 avril 2018, samedi 10h30 pour « La fête de la librairie indépendante » Librairie Mots & Cie — 35 rue Armagnac, 11000 Carcassonne

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