Soixante jours. Faire entendre au monde la voix de ceux qui risquent leur vie dans l’espoir d’un monde meilleur, dessiller les yeux des foules d’anonymes sur les migrants, telle est la promesse faite par Sarah Marty à Yoldas. Quand ce maçon kurde arrive chez Sarah pour reconstruire le mur d’enceinte écroulé de sa propriété, elle voit en lui cette blessure intime de l’homme qui a frôlé la mort. Il se confie, elle écrit son histoire et celle des quatorze autres Kurdes partis sur les chemins sombres et glacés de l’Europe pour fuir leur pays en guerre.

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Le Kurdistan est à peine visible sur une carte du monde, ce pays ressemble à un oiseau avec une aile en Turquie, une aile en Iran, une patte en Syrie, une patte en Irak. La guérilla fait rage entre le PKK qui revendique l’autonomie kurde et le gouvernement turc qui n’acceptera jamais l’indépendance.

Je veux aller dans un pays où le soleil se lève, je vais où les rires sont permis et où les couvre-feux n’existent plus. »

Ils ont vu leurs parents humiliés, leur conjoint, leur frère ou leur sœur assassinés. Submergés par la peur, attirés par une vie meilleure, ils sont quinze Kurdes à partir grâce à Erdouan, le passeur. Avec trois mille cinq cents euros, il leur promet de les emmener en Italie en cinq jours. Pour Yoldas, Ezra et son bébé, Beritan, Citseko le boxeur, Tekin, les frères Ferhat et Mirkan, le couple Cevdet et Sibel, les amis Welat et Osman, Yusuf et les deux enfants de sa sœur morte sous les décombres, commence une odyssée dangereuse sur les routes d’Europe qui durera soixante jours.

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Traversant la Bulgarie, la Serbie, la Macédoine, l’Albanie dans des bus bringuebalants, des camions, cachés dans des citernes , traversant les forêts, les rivières, tapis dans les fossés ou des maisons en ruine, sautant dans des trains en marche, le froid, la peur et la faim sont une autre forme de misère. À chaque passage de frontière, les douaniers imposent des bakchichs. Dans chaque planque, il faut attendre pendant des jours le passeur suivant. Le réseau est une véritable mafia qui profite de cette misère.

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Au fil des jours, le désespoir et le doute s’installent. Ont-ils eu raison de partir ? Est-ce lâcheté ou courage que de fuir son pays ? Puis la solidarité entre les quinze migrants donne le courage aux plus faibles de continuer. Les cœurs s’ouvrent, les confidences se font, les secrets se dévoilent. Les histoires de chacun les portent pendant les longues heures de marche. Lors des moments plus heureux, la musique, leurs projets leur redonnent de l’espoir.

La vraie gardienne de la mémoire kurde c’est la musique qui s’échappe partout, elle retrace toutes les épopées de notre peuple.

Mais combien résisteront à l’étape finale où, entassés à deux cents sur un canot pneumatique, ils se retrouvent enfin largués à cent mètres des côtes italiennes sans se soucier de leur aptitude à nager ?

Sarah Marty fait de cette histoire vraie un récit particulièrement humain et bouleversant. Les rescapés porteront en eux les histoires de leurs camarades jusqu’à leur dernier souffle. Leur nom et leur histoire resteront dans les mémoires des lecteurs de cette histoire qui doit être lue et entendue pour changer notre regard sur les migrants.

Soixante jours de Sarah Marty, Denoël, 3 mai 2018, 288 pages, 20 euros, ISBN : 9782207142257

Sarah Marty est diplômée de l’ESEC Paris (École Supérieure d’études cinématographiques). Elle a été scripte, assistante-réalisatrice sur des publicités, des longs métrages de télévision et de cinéma et est désormais productrice. Pour ce premier ouvrage, elle a reçu le Prix spécial du jury Matmut.
Yoldas vit aujourd’hui en banlieue parisienne.

Un commentaire

  1. Merci beaucoup pour cette superbe critique, très complète (carte, extraits très bien choisis) et très bien écrite ! Je suis Sarah Marty, l’auteur de soixante jours. Ce livre est tout pour moi… il est plus qu’un livre, il est l’espoir d’un autre monde… je vous embrasse.
    Et bravo pour la mise en page!

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