Mediapart et La Découverte ont décidé de s’associer pour créer la Revue du crieur.  Une revue ambitieuse et novatrice destinée à un large lectorat. Si son nom sonne comme une évidence – les deux « maisons » ont un « crieur » de journaux pour logo –, sa ligne s’est, elle aussi, imposée par leurs forces complémentaires : le journalisme d’investigation et l’édition d’idées engagée.

 

la revue du crieurQue sait-on du premier numéro du Crieur, revue issue de la collaboration entre Edwy Plenel (Mediapart) et Hugues Jallon (éditions La Découverte) ? Qu’il rend hommage à François Maspero, mort en avril dernier. Qu’il propose un programme, pour ne pas dire un manifeste, ambitieux – quoiqu’un brin grandiloquent. À mi-chemin entre une vulgarisation assumée et un élan didactique – on l’espère ironique –, les slogans de la revue s’emploie à expliquer au lectorat qu’intello n’est pas un gros mot ou que le monde des idées n’est pas prise de tête. Voilà la première nouvelle d’une revue qui, heureusement, en contient de meilleurs.

Toutefois, la ligne éditoriale tient dans ce croisement, voire ce paradoxe. Certains s’étonneront que Mediapart soit à l’origine d’un magazine papier en collaboration avec La Découverte. Le papier s’exhibe – ce qui n’a pour le coup rien de révolutionnaire à une période où les mooks pullulent dans le paysage éditorial et journalistique français. La presse en ligne ne tue pas le papier, elle le rend moins loquace, moins événementiel, mais plus esthétique. Cela étant dit,  l’originalité du projet ne tient pas dans sa forme, son contenant (d’autant que le graphisme et l’iconographie demeurent, hélas, assez pauvres), mais plutôt dans la collaboration entre Mediapart et La Découverte. A l’engagement quotidien, tenace et citoyen du premier, s’adjoint la littérature du second, à savoir un corpus universitaire où les sciences humaines sont le plus souvent privilégiées.

revue du crieurCe serait donc cela La revue du Crieur : décloisonner les sphères ? Faire avec de l’universitaire une presse un peu plus populaire (l’objectif étant de « mettre en scène de manière détonante des sujets trop souvent cantonnés au monde universitaire ») ? Regardons d’un peu plus près les dossiers. Marcel Gauchet et Michel Onfray (les « réactionnaires »), le complot Illuminati, Google, Youtube, le marché de l’art contemporain, etc. Pour ceux qui connaissent la plupart des thèmes abordés, ils n’y trouveront rien qu’ils ne connaissent déjà. Pour les autres (seront-ils beaucoup à la lire ?), La revue du Crieur est une porte d’entrée claire et concise dans une analyse du monde des idées et de la culture ( les notes bibliographiques qui terminent chaque dossier sont parfaites). éditions la découverte La revue du Crieur serait donc un reader’s digest d’une sphère de revues universitaires inaccessibles au grand public ?

Hélas, les thèmes abordés, séduisants, restent des thèmes de surface au regard des phénomènes contemporains. Quoiqu’en dise l’éditorial – qui condamne, à raison mais pêle-mêle, les conformismes, les clientélismes et l’entre-soi –, si la revue évite toute chapelle, elle semble toutefois se cantonner à une seule et même paroisse. Mais, pour se dédouaner, elle en appelle au recul critique, sorte de brèche à la Arendt qui prend le risque de l’immobilisme et du consensus. Reste que la revue du Crieur a le mérite, sur le fond, de proposer à un large public un contenu réservé ailleurs à des cercles fermés. La suite au prochain numéro que les rédacteurs viendront (cette fois-ci) présenter en novembre à la librairie Planète IO (7 rue Saint-Louis, Rennes).

françois masperoEditorial de la revue du Crieur

En souvenir de François Maspero

Mediapart et La Découverte ont réuni leur force et leur image pour créer ensemble une revue consacrée aux idées et à la culture, la Revue du crieur. Notre pari est que les lecteurs n’ont jamais eu autant soif de comprendre et de savoir. Dans un contexte où les événements tragiques s’ajoutent aux impasses politiques, l’exigence de recul et de regard critiques n’a jamais été aussi nécessaire.
Le titre s’imposait comme une évidence : nos logos portent chacun le visage d’un petit crieur public, cette belle figure qui incarne l’esprit démocratique attaché à la presse et au livre. Or nous avons en partage celui qui nous l’a inspiré pour les uns et laissé en héritage pour les autres : François Maspero, disparu le 11 avril 2015. Libraire, éditeur, écrivain, traducteur, mais aussi animateur ou initiateur de plusieurs revues, son œuvre-vie nous lègue une trace que nous voudrions prolonger, et c’est pourquoi nous dédions à sa mémoire cette première livraison. Indépendance et exigence en étaient les valeurs cardinales, dans le refus des conformismes et des clientélismes, des indifférences et des complaisances.
L’ambition de la Revue du crieur est d’incarner un journalisme d’idées qui conjugue les engagements et les savoir-faire de Mediapart et de La Découverte, pour aborder de manière inédite le monde de la culture, des savoirs et des idées, en France et à l’étranger, dans toute sa diversité – les sciences, la littérature, l’art, le cinéma, le spectacle vivant, etc. – sans exclure ses formes les plus populaires.
Les idées et la culture ne planent pas au-dessus de nos têtes, elles s’incarnent, elles vivent dans des institutions qui ne sont pas à l’abri des enjeux de pouvoir, d’argent, de réseaux et d’une certaine tendance à cultiver l’entre-soi. C’est pour rendre compte de cette réalité que la Revue du crieur publiera des enquêtes et des reportages, sur des sujets les plus variés, mais toujours dans un esprit incisif, quitte à faire vaciller certains magistères…
La Revue du crieur est là pour rappeler que le monde des idées et de la culture se trouve, doit se trouver au cœur de la vie publique démocratique, et qu’à ce titre, il appartient à tous.

(Hugues Jallon
PDG des éditions La Découverte
Edwy Plenel
Directeur de Mediapart)

La Revue du crieur : un cri dans le désert (éditorial) ? was last modified: juin 24th, 2015 by Thibault Boixiere

4 Commentaires

  1. Quand le niveau intellectuel de ceux qui font de Marcel Gauchet un réactionnaire (ignorance de ce que signifie réactionnaire, ignorance de l’oeuvre de Gauchet) atteindra le sien, ils entreront enfin dans la cour des grands et nous laisseront en paix avec leur incapacité de penser de manière nuancée. Mais hélas ça n’arrivera pas et il y aura toujours des gens de bonne volonté qui s’y feront prendre – car ça permet de se croire en résistance du côté du Bien. A ceux qui mènent ce genre de grandiloquences pour se faire valoir, ayez s’il vous plait un peu de décence, de respect, vous manquez de nuance et vous devriez savoir que Camus, que vous semblez admirer, était considéré par des gens de votre acabit comme étant un réactionnaire. Camus ne pratiquait pas vos manières, manières que vous avez d’épingler, lui qui avait justement à se défendre de gens comme vous, prompts à la critique radicale, prompts aux lynchages (verbalement), prompts à épingler. Ce n’est pas Camus que vous devez invoquer, mais Sartre.
    Vous abaissez les débats et que vous dire : pourquoi faîtes-vous cela ? C’est à désespérer ou à en rire. Vous aimez à vous inventer des Maurras ou des Barrès, c’est flatteur, on se sent bien ainsi. Gauchet ? Un réactionnaire ? Mais ça veut strictement rien dire.
    On ne peut même pas déduire, en ayant lu ses livres et entendu ses interventions médiatiques, qu’il soit de droite. Et combien même le serait-il, est-on un réactionnaire lorsqu’on vote à droite ? Internautes ou lecteurs de telles grandiloquences, de telles absurdités, ne vous laissez pas prendre par ça et lisez Marcel Gauchet, il est de la trempe d’un Tocqueville. Par contre je vous préviens, c’est abrupt. C’est abrupt, oui, mais si vous n’aimez pas vous fatiguer, vous risquerez de tomber dans le panneau des facilités dont Madiapart ou le Crieur sont friands, ici ou là. Ceux qui critique Gauchet en terme de réactionnaire sont d’un bord, ils tanguent d’un côté comme on peut dire que d’autres tanguent à l’inverse, mais au fond ce sont les mêmes facilités, des méthodes similaires, même structure dans la manière de parler, de débattre, de réfléchir, suis du côté du bien, eux du côté du mal, sachez qui sont les bons, qui sont les les méchants, qui sont les progressistes, qui sont les réactionnaires, voyez comme je suis près du peuple, voyez comme je suis la vraie gauche et si vous n’êtes pas comme moi, si vous ne pensez pas comme moi, vous êtes un réactionnaire !
    Bref, ces façons-là, c’est du grand n’importe quoi.

    • Je pense que vous avez confondu les discours : c’est la revue du Crieur qui qualifie Marcel Gauchet de  » réactionnaire  » (avec Onfray, sur la couverture de la revue). D’où, de ma part, l’emploi des guillemets.

  2. Boiter à droite ou boiter à gauche c’est toujours boiter… ou plus prosaïquement : « Etre de gauche ou être de droite, c’est choisir une des innombrables manières qui s’offrent à l’homme d’être un imbécile ; toutes deux, en effet, sont des formes d’hémiplégie morale. » Ortega y Gasset

  3. Cette revue, bien que vouloir parler au peuple se trouve inefficace: les intervenants ne parlent qu’ à leurs propres égos narcissiques. Ils connaissent combien de personnes vivant au seuil de la pauvreté qui vont lire ses élucubrations narcissiques? Nous voilà mal parti pour le reposte intellectuel…les mêmes ou presque, qui ont signés non à l’union sacré et qui ont ignorés et renié des millions de français…pas crédible à moins qu’ils soient tous des GCN?

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