L’Élaboratoire, fameux collectif artistique rennais, fête ses 25 ans du 12 au 15 octobre 2022. Le dernier bastion de cette vénérable friche culturelle, au 48 boulevard Villebois-Mareuil, fait portes ouvertes pour présenter au public rennais les productions de ses habitants et usagers. En attendant un possible relogement de l’association, ces quatre jours, entre marchés de créateurs, initiation aux artisanats d’art, expositions, spectacles, concerts et festivités, devraient faire résonner une fois de plus la plaine de Baud de l’esprit libertaire, créatif et alternatif qui a fait la réputation de l’Élabo.

Ça s’agite au 48 boulevard Villebois-Mareuil. Dans la cour centrale de l’Élaboratoire, des bénévoles montent une scène. D’autres font des aller-retour entre les hangars et les espaces d’exposition, s’interpellent entre eux pour solliciter de l’aide ou se saluer. Bref, ça fourmille dans ce cirque rococo-punk où les préparatifs vont bon train en vue des quatre jours de festivités qui marqueront les 25 ans du collectif Élaboratoire, du 12 au 15 octobre 2022.

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Passé le portail sur lequel veille le robot géant sculpté par Georges Fortuna, Javier Dominguez, habitant et artisan du lieu, nous accueille. Il est accompagné de Benoît Guérin, crieur de rue, ancien membre des Troubaquoi ?, l’une des compagnies de spectacle de rue à l’origine de la création de l’association Élaboratoire et de son installation sur la plaine de Baud à Rennes, en 1997. Un fossile, comme il s’amuse lui-même à se qualifier. Un témoin de cette longue histoire artistique, culturelle et sociale, pourrait-on dire.

Avec sa plus belle voix de conteur, il nous narre cette épopée alternative rennaise. « Au départ, quatre compagnies se réunissent pour Halloween, le 31 octobre 1996. Ou était-ce cinq ? Un flou artistique s’immisce », sourit-il. Celui qu’on appelle affectueusement Groben a pu observer à l’époque « toute cette ébullition de compagnies qui ouvraient des lieux régulièrement pour répéter ensemble, des squats en plein centre-ville, des hangars ici plaine de Baud, qui se faisaient systématiquement fermer ».

À la suite d’un événement place de la mairie, accompagné d’une pétition réclamant « un toit pour les artistes de rue », la ville de Rennes finit par louer à l’association Élaboratoire nouvellement déposée, le 17 bis rue Chardonnet, en 1997. Le bâtiment était auparavant utilisé par l’entreprise Matériaux de l’Ouest, jusqu’à ce que la médecine du travail le juge insalubre et l’évacue, sort qu’ont connu la plupart des édifices industriels de la plaine de Baud. L’histoire de cette friche artistique rennaise débute ici, la même année que Main d’Œuvre à Saint-Ouen, qui fait figure aujourd’hui d’aîné des tiers-lieux français.

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Extrait de l’exposition d’archives.

« Pendant 25 ans, on a tenu ce lieu avec des spectacles, des répétitions, de la danse, de la musique, du cirque, tout ce qui concerne l’art vivant. On n’a eu aucun souci, même si la ville disait que le bâtiment était insalubre, qu’on n’avait pas le droit de faire quoi que ce soit. On l’a fait, et tout s’est bien passé pendant 25 ans au niveau de l’accueil public. On peut être hors-norme, mais responsables », raconte Benoît Guérin.

Le 17 bis s’avérant vite trop étriqué, pour les ateliers d’arts plastiques ou de construction de chars par exemple, l’aventure de l’Élaboratoire se poursuit à sauts de puce à travers la plaine de Baud. En 2000, est ouverte « La Villa », de grands hangars abandonnés qui seront squattés dans les règles de l’art par le collectif, lui donnant une autre dimension, celle d’habitat partagé. « Ceux qui décident de vivre ici ont fait un choix radical par rapport à un mode de vie normé. Ça peut paraître en marge du système, mais sur une page, c’est dans la marge qu’on note les erreurs », affirme Benoît Guérin. D’ailleurs, de la réhabilitation de lieux destinés à être détruits à la récupération de matériaux jetés par la société de consommation pour la création artistique, une des idées maîtresses du collectif est celle du recyclage, dont on voit bien aujourd’hui la pertinence.

Et même s’il caresse sans complexe l’illégalité, l’Élaboratoire est plutôt bien vu, pendant un temps du moins, de la municipalité. « On a rayonné par notre suractivité culturelle, on organisait des événements quand on en avait envie, on a même fait des portes ouvertes dans les hangars, avec les services sociaux et culturels de la ville, pour faire découvrir la culture alternative », se remémore Benoît Guérin.

Ils sont une centaine à vivre et travailler dans cette Villa de tôles et de béton quand le lieu est détruit par un incendie, en 2008. Un incendie « aux circonstances affreusement nébuleuses » selon Benoît Guérin, sur lequel toute la lumière n’a pas été faite, qui cause la mort de Joseph Sacco. En visite à l’Élaboratoire, celui-ci était président de l’association Halem, qui défend les habitants des logements éphémères et mobiles. Les principales suspicions à ce sujet viennent du fait que l’Élaboratoire devait alors évacuer les hangars pour permettre la construction d’un programme résidentiel.

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À la suite de cet incendie et du vaste mouvement de soutien pour l’Élaboratoire, la mairie confie un nouvel emplacement au collectif, le 48 boulevard Villebois-Mareuil. Le lieu est plus modeste que La Villa, mais permet de reloger une partie des habitants et des ateliers. « C’est la partie arts et métiers : arts plastiques, installations, création vidéo, studio de musique, atelier vélo, mécanique, sculpture, et une galerie d’art pour exposer les travaux de résidents ou d’autres artistes », détaille Javier Dominguez. 

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Le 17 bis reste dédié aux arts vivants pendant encore de longues années. La dernière répétition publique, cet espace temps qui permettait aux artistes professionnels et amateurs de montrer leurs travaux en cours, a eu lieu en décembre 2021. Le bâtiment a depuis été confié à l’association d’aide aux personnes migrantes et en situation de précarité Utopia 56. « Au moins ça sert à quelque chose de bien et pas à construire de nouveaux immeubles », se consolent les membres de l’Élaboratoire qui ont dû aménager de nouveaux espaces au 48 pour faire subsister les activités d’art vivant.

Le 48 est désormais l’ultime bastion de cette friche artistique qui fête en 2022 son quart de siècle. Depuis plusieurs années, des discussions sont en cours avec la municipalité qui souhaite évacuer le lieu pour refaire la digue le long de la Vilaine, qui borde le terrain. La date de janvier 2023 a été évoquée, mais le collectif tient bon. « On a besoin de nos ateliers, d’un lieu pour les répétitions publiques », affirme Javier Dominguez. « Ça fait longtemps qu’on veut nous reloger, mais les premières propositions n’étaient pas sérieuses, même si c’est déjà bien d’en avoir », commente Benoît Guérin. L’association serait prête à déménager si on lui confiait un terrain avec suffisamment de place et de bâtis pour y installer décemment ses activités. Mais là encore, la friche culturelle entre en rivalité avec la promotion immobilière, dans une concurrence infernale entre l’art et les intérêts financiers et économiques.

Qu’à cela ne tienne, les joyeux baladins de l’Élaboratoire fêteront en grande pompe leur 25 ans. Du 12 au 15 octobre 2022, le 48 propose un marché de créateurs, des portes ouvertes de tous les ateliers, et bon nombre d’animations pour petits et grands. Au programme on trouvera des spectacles d’arts du cirque (clown, marionnettes géantes), de théâtre, de cabaret, de drag, des projections de court-métrage, des initiations à la forge ou au soufflage de verre, des expositions artistiques ou d’archives du collectif, des concerts rock, rap ou musiques électroniques, et une foule de DJ sets pour prolonger les soirées. 

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En 25 ans d’histoire, nombreux sont celles et ceux qui sont passés par l’Élaboratoire, pour y vivre, y travailler, y assister à des manifestations culturelles, ou simplement y vivre des moments hors du temps. Et nombreux sont celles et ceux qui y passeront ce week-end pour mettre la main à la pâte, revoir des visages familiers, et saluer ensemble cette belle aventure alternative, artistique et humaine.

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Jean Gueguen
J'aime ma littérature télévisée, ma musique électronique, et ma culture festive !

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