À RENNES ARIANE DOUBLET PRÉSENTE LES RÉFUGIÉS DE SAINT-JOUIN

Le village de Saint-Jouin, en Normandie, a récemment ouvert ses portes à une famille syrienne fuyant la guerre. Ariane Doublet, cinéaste, a suivi les différentes étapes de cet accueil dans un documentaire intitulé « Les réfugiés de Saint-Jouin ». Elle sera présente – après la projection gratuite organisée dimanche 13 janvier au Musée de Bretagne (Champs-Libres) – afin d’aborder avec les Rennais cet épineux sujet devenu inévitable.

« En septembre 2015, la commune de Saint-Jouin-Bruneval se porte volontaire pour accueillir une famille de réfugiés syriens. Une partie des habitants s’organise et rénove un appartement de fond en comble. Et puis, plus rien. Commence une période incertaine, une longue attente. Le maire se heurte à la mauvaise volonté de l’État français et le logement proposé reste vide, pendant des mois. L’hostilité sourde et anonyme s’exprime, mais grâce à la ténacité de certains villageois, enfin, la famille Hamoud arrive de Syrie. »

réfugiés de saint jouin

Sélectionné en 2018 par le FIPA (Festival International des Programmes Audiovisuels) dans la catégorie « Documentaire national », Les réfugiés de Saint-Jouin (Quark/ARTE) a l’habileté de faire réfléchir à la question migratoire en exposant un exemple éloquent de solidarité collective. Que peut faire un village de moins de 2000 habitants dans une question qui concerne l’Europe entière, le monde entier ? Alors qu’à l’échelle nationale l’opinion se déchire toujours autant autour de la question de l’accueil des migrants, certains villages et certaines villes françaises ont déjà fait leur choix. Malgré les discordes de ses habitants, le village de Saint-Jouin s’est très tôt porté volontaire pour accueillir une famille syrienne dans le besoin.

« Je sais que c’est une goutte d’eau dans ce monde en guerre, mais pour eux c’est une chose inestimable », François Auber, maire de Saint-Jouin

Dépassant la question de l’adhésion ou non à l’idée de l’accueil des réfugiés, le documentaire d’Ariane Doublet s’attache plus particulièrement à retracer l’expérience de cet accueil une fois la décision du conseil municipal actée. Actée malgré les « Non aux Syriens ! » tagués sur les édifices ; malgré les réfractaires, du PMU ou d’ailleurs ; surtout malgré l’effort que cela requiert d’ouvrir sa porte à l’inconnu.
La caméra de la cinéaste est présente à toutes les étapes du processus d’accueil : de la prise de décision du conseil municipal jusqu’à la réception de la famille Hamoud à l’aéroport, en passant par l’aménagement, par un collectif de bénévoles, de l’appartement mis à disposition par la commune. Le film s’intéresse autant aux rôles des élus qui portent le projet qu’aux petites mains qui le soutiennent et jusqu’à l’officier de « police rurale », sympathique, mais visiblement réfractaire à ce possible « trouble de l’ordre public ».

Nous y constatons aussi l’improbable délai de plus d’un an qui s’écoule entre la demande d’accueil faite par le village et la première réponse de l’Etat. Une attente qui laisse chacun dans le désarroi, notamment le maire de Saint-Jouin, François Auber qui s’adresse ainsi à la Préfecture : « On est dans un contexte où c’est un mauvais message que l’on envoie. Si vous êtes dans une commune où il y a 35 % de Front National (…), on leur donne raison », jugeant par là que ce n’est pas par le discours, mais par l’action que l’on pourra prouver que l’accueil des réfugiés est possible, si ce n’est souhaitable.

réfugiés de saint jouin

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« Si chaque petit village faisait comme nous, le problème serait vite réglé » Un habitant de Saint-Jouin.

Dire que c’est possible

Au travers de l’expérience d’un village, la cinéaste dresse le tableau d’un pays entier. Le vote extrême-droite qui menace, l’apathie de l’État, la peur viscérale de l’inconnu et les valeurs de solidarité présentes à Saint-Jouin le sont partout en France. Cette expérience d’entraide réussie au sein d’un petit village normand encourage à réitérer l’expérience à différentes échelles. Contre les réactions primaires de repli, les « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde », ce film représente l’expérience de l’ouverture comme le moyen de se convaincre de la possibilité et de l’utilité de le faire. Face aux chiffres et aux comptes, la preuve par l’humain.

Finalement, ce que l’histoire de ce village exprime, c’est l’illégitimité des craintes primaires lorsqu’elles ne sont pas précédées d’une tentative concrète d’accueil. Elle exprime aussi comment le courage de tendre la main peut transformer la peur de l’inconnu en griserie de l’aventure, celle de découvrir l’Autre dans sa différence et de se redécouvrir soi-même dans sa propre originalité. Tel le policier de Saint-Jouin qui après avoir longtemps exprimé son scepticisme face à l’accueil de la famille Hamoud, admet enfin la réussite du projet : « J’aurais cru que c’était pire que ça… Mais faut pas mourir idiot. Faut changer. »

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Extrait du film « Les réfugiés de Saint-Jouin » (2017)

« On n’a pas le choix. Moi je n’avais pas ce rêve, d’être réfugié » Muaoya Hamoud

Plus de 5 millions de Syriens ont dû quitter leur pays : un chiffre difficilement concevable. Face à l’inimaginable de la situation, mettre des visages sur les mots « réfugiés » est une autre manière d’humaniser le débat. Justement, l’une des particularités de ce documentaire est qu’il nous propose à nous aussi (spectateurs) de rencontrer cette famille syrienne. Près de la moitié du film se déroule après l’arrivée au village des 5 membres de la famille Hamoud. « Merci à chaque personne qui a amené une petite chose ici. Merci à ce beau pays qui nous a accueillis. » entonne Mohammad, le père de famille, en arabe, dès son arrivée dans l’appartement. Puis la parole est donnée à chacun d’eux pour faire le récit de leur parcours et exprimer leur sentiment vis-à-vis de leur nouvelle vie qui s’annonce en France. Ils effectuent leurs premiers efforts pour apprendre notre langue et les villageois se pressent pour écouter Muaoya Hamoud (arrivé en France 3 ans avant sa famille) faire en bon français le récit de la guerre syrienne telle qu’il l’a vécue. La mise en commun de la culture, l’échange du savoir, le partage des histoires se met tranquillement en route…

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Ariane Doublet (cinéaste), François Auber (maire) et Muaoya Hamoud (réfugié syrien) à Saint-Jouin, en Normandie.

Cette projection est organisée par l’association Les Comptoirs du Doc, au musée de Bretagne. Chaque dimanche à 16h, le musée projette un documentaire et accueille une personnalité en rapport avec le film, souvent son réalisateur. En ce début d’année c’est la thématique de la Ville qui y est notamment développée, avec, en plus des « Réfugiés de Saint-Jouin », « Souvenirs d’un futur radieux » (le 27/01) traitant des bidonvilles en région parisienne, ainsi que « Archi-faux » (le 10/02) et « La ville-monde » (le 17/02). Notons que trois de ces quatre films évoquent à la fois la ville et les flux migratoires, soulignant le fait que ces deux thématiques sont plus que jamais liées.

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Rennes Projection ‘Les Réfugiés de Saint Jouin’, 13 janvier 2019 16:00-13 janvier 2019 19:00, Les Champs Libres. 

En partenariat avec le Musée de Bretagne.
Projection suivie d’une rencontre avec la réalisatrice.

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