anna boch pont aven
Théo Van Rysselberghe, Anna Boch dans son studio, détails, 1893

Le musée de Pont-Aven, dans le Finistère, accueille Anna Boch, un voyage impressionniste jusqu’au 26 mai 2024. En partenariat avec le musée d’Ostende, l’exposition rend hommage à la femme peintre et collectionneuse d’art belge méconnue, dont l’œuvre est représentative de la fin du XIXe siècle.

Après Artistes voyageuses, l’appel des lointains en 2023 et avant Femmes chez les Nabis. De fil en aiguille, à l’été 2024, le musée de Pont-Aven confirme son engagement dans le développement d’expositions pour la représentation et la place des femmes dans l’Histoire de l’Art. Anna Boch, un voyage impressionniste a réuni près de 100 000 visiteurs au Mu.zee, musée d’art moderne à Ostende en Belgique, avant que le musée finistérien n’ouvre ses portes à l’œuvre d’une artiste belge oubliée, grande collectionneuse de son temps, dont les coups de pinceaux ont traversé l’impressionnisme et le postimpressionnisme en toute liberté picturale.

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Anna Boch

En écho à la couleur lilas qui habite par touches l’ensemble de son œuvre, dans les bourgeons d’un champ de fleurs ou dans la pierre d’un pont en Bretagne, Anna Boch, un voyage impressionniste s’ouvre avec comme décor des murs aux douces teintes violines. Cette couleur qu’elle affectionne particulièrement se décline au fil des espaces d’exposition, au fur et à mesure que le public découvre sa création et sa collection. 

L’exposition dresse le portrait d’une artiste, d’une collectionneuse et d’une femme qui prônait un art total, mais aussi d’une époque. « Les artistes femmes du XIXe siècle n’ont pas accès à l’académie, mais Anna Boch, comme Berthe Morisot, ont bénéficié du même terreau fertile, une famille avec une certaine aisance et largesse d’esprit », renseigne la commissaire d’exposition Virginie Devillez. « Il était courant à cette époque que les filles de bonne famille pratiquent la musique. Elle aurait pu être aussi bien musicienne que peintre. » Anna Boch est la fille de Victor Boch, un des fondateurs dans les années 1840 d’une des branches de l’usine de céramique Villeroy & Boch en Belgique. « Elle est aussi issue d’un milieu proche des gens qui travaillaient, a donc toujours eu certaines affinités avec le monde du travail. » Mais à la différence de Berthe Morisot, et d’autres femmes de l’époque, elle ne s’est jamais mariée, ce qui lui a permis une très grande liberté de mouvements et de déplacements. 

Les visiteurs arpentent l’œuvre de cette femme moderne comme la grande voyageuse qu’elle était a arpenté plusieurs pays à la découverte de nouveaux paysages : Le Midi, la Suisse, la Bretagne, l’Italie, l’Espagne, l’Algérie, etc. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si elle s’offre en 1907 une Minerva, une automobile de marque belge, pour simplifier ses déplacements. 

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Anno Boch, Isidor Verheyden dans son atelier, 1884

À une période où les femmes n’évoluent pas encore de la même manière que les hommes dans l’art, Anna Boch a su s’y faire une place. Elle sera la seule à adhérer au cercle artistique d’avant-garde le Groupe des XX, fondé par son cousin Octave Maus en 1883. La peintre sera traitée d’égale à égale avec ses collègues masculins, un fait rare pour l’époque. À partir de ce moment-là, l’artiste fait évoluer sa peinture.

Dans ses tableaux aux influences pointillistes, on retrouve notamment la peinture de Georges Seurat qui la bouleverse, comme Un dimanche après-midi sur l’île de Jatte (1884-1886) qu’elle acquiert d’ailleurs quand elle en a l’occasion. Sa touche personnelle, un style en virgule, apporte du relief à des compositions lumineuses. On pense à Retour de la pêche qui a rejoint in extremis les 70 tableaux de l’exposition du musée Pont-Aven. Présumée détruite, l’œuvre était en réalité dans une collection particulière, elle est donc présentée pour la première fois depuis 100 ans. L’œuvre emprunte à l’Italien Giovanni Segantini et ce ne sera pas le seul contemporain qui l’inspirera. Octobre montre son talent pour retranscrire picturalement la lumière automnale avec justesse.

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Elle s’éloigne rapidement du pointillisme et s’inspire des peintures de sa collection pour ses propres créations. On aperçoit par exemple des touches de Vincent Van Gogh dans les bottes de paille de Moisson en Flandres (1890). « C’était une collectionneuse avec du flair, de l’avant-garde, notamment de Gauguin, Émile Bernard par le biais de son frère Eugène Boch et de Van Gogh », précise Sophie Kerléaux, directrice du musée Pont-Aven. Elle est d’ailleurs la seule à avoir acquis un tableau de ce dernier du vivant de celui-ci. LDans le cadre des « 150 ans de l’impressionnisme avec le musée d’Orsay (1874 -2024) », le musée de Pont-Aven bénéficie du prêt exceptionnel du tableau Le Portrait d’Eugène Boch de Van Gogh. Preuve du lien qui liait le peintre au frère et à la sœur.

Durant toute sa carrière, elle vogue d’un style à un autre dans une grande liberté picturale mais demeure la palette ensoleillée et l’harmonie des couleurs. Elle se rapproche en ça des peintres du luminisme. En 1904, elle rejoint d’ailleurs le cercle Vie et lumière.

C’est Pont-Aven qui l’accueille, mais Anna Boch n’est jamais passée par la cité des peintres bien qu’elle ait voyagé en Bretagne avec son frère Eugène Boch à deux reprises, une première fois en 1901 et une seconde fois en 1912, comme en atteste la section dédiée. On y voit son amour de la mer qu’elle saisit avec enthousiasme. Elle poursuit dans ses paysages ses recherches sur les effets de lumière : les reflets de la mer, les rochers ou les arbres, et leurs ombres portées.

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Dans les paysages qu’elle livre, Anna Boch transmet au final le rêve qu’elle a toujours chéri : vivre dans une cabane pour capter la beauté des paysages bucoliques.

Exposition Anna Boch, un voyage impressionniste, au Musée de Pont-Aven, jusqu’au 26 mai 2024

INFOS PRATIQUES

Musée de Pont-Aven
place Julia
29930 Pont-Aven

Ouvert tous les jours de 10h à 18h, sauf le lundi

Tarif réduit : 6 euros / Tarif plein : 8 euros

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