C’est à Pina Bausch et au projet NELKEN-Line que l’association Hors Mots s’intéressait le 10 janvier au Triangle de Rennes. Cette conférence s’employait à mettre en lumière le travail de la danseuse et chorégraphe allemande Pina Bausch. En développant une nouvelle approche chorégraphique, elle a profondément bouleversé l’univers de la danse et continue de questionner les générations actuelles. Céline Roux, docteure ès Histoire de l’art, spécialisée en art chorégraphique et dans les pratiques performatives, est revenue sur la notion de Tanztheater et sur l’héritage du courant expressionniste dans le travail de Pina Bausch.

 

pina bauschCette conférence consacrée à Pina Bausch s’inscrit dans le cadre d’un projet ambitieux entrepris par l’association Hors Mots. Cette compagnie de danse, créée en 2005, promeut la création en danse contemporaine auprès de jeunes.

Nadine Brulat, chargée de la direction artistique, ancienne professeure de danse, souhaitait mettre en place un projet en lien avec la Fondation Pina Bausch. Après plusieurs échanges, la Fondation a proposé à Nadine Brulat de participer au projet Nelken Line, mis en place en partenariat avec Arte. Il s’agit de proposer à quiconque à travers le monde, dans tous les espaces de se rassembler pour danser cette « chorégraphie en ligne ». Plusieurs répétitions ont déjà eu lieu pour apprendre les mouvements correspondant aux quatre saisons. La séquence dansée sera mise en scène dans des lieux de Rennes. Les deux films de 3 à 4 minutes seront envoyés à Arte pour être diffusés lors de rétrospectives et expositions sur l’œuvre de Pina Bausch. Vous pouvez les découvrir au pied de cet article.

pina bauschL’intervention de Céline Roux apporte un volet théorique et éducatif au projet. L’historienne de l’art a tout d’abord mis en exergue le parcours de Pina Bausch (1940-2009) en insistant sur l’influence déterminante de Kurt Jooss (1901-1979), danseur, chorégraphe et pédagogue allemand. Ce dernier est le fondateur de la danse expressionniste allemande. En 1927, il créé l’Ecole Folkwang de musique, de danse et de parole à Essen. Âgée de 14 ans, Pina Bausch entre à la Folkwangschule. Elle obtient ensuite une bourse lui permettant d’aller travailler aux États-Unis en tant que danseuse et interprète au Metropolitan Opera où elle sera remarquée. À la demande de Jooss, elle revient en Allemagne en 1962 pour être son assistante et danseuse. Elle prendra ensuite la direction de l’École et décidera de déplacer la compagnie à Wuppertal. Le succès ne sera pas immédiat, il lui faudra attendre les années 1970.



pina bauschPina Bausch, tout comme Susanne Linke, est héritière de la danse expressionniste. Kurt Jooss considérait la danse comme une façon de « s’exprimer avec vérité » en s’inspirant des attitudes et actions humaines. Un travail sur l’expressivité des corps qu’on retrouve dans le Tanztheater, « théâtre de danse » devenu la signature chorégraphique de Pina Bausch. Une attention particulière est portée au haut du corps (le buste, la tête et les bras). Les gestes sont le prolongement corporel des émotions. Dans Café Müller (1978), Pina Bausch superpose dans une partie de la pièce trois « plans chorégraphiques » ayant des charges émotionnelles différentes. Un premier plan est formé par un trio avec une manipulation de chaises et où on ressent la violence des gestes et des déplacements. Le plan intermédiaire est constitué d’un solo émotionnel et en fond de scène se déroule une boucle chorégraphique. L’émotion est suscitée par l’interaction entre les danseurs. Pina Bausch aborde des thématiques universelles telles que la solitude, les relations hommes/femmes et l’incommunicabilité. Elle explore un spectre émotionnel très dense puisque, selon ses propres mots, elle « cherche à parler de la vie, des êtres, de nous, de ce qui bouge en nous ». La musique est aussi abordée davantage pour ses apports émotionnels que ses qualités rythmiques.

La scénographie des pièces est souvent très grande et épurée. Dans la fameuse relecture du Sacre du Printemps (1975) d’Igor Stravinsky, le parquet est recouvert de terre battue et pour Nelken (1982), le plateau est piqué d’une centaine d’œillets frais. Le travail préliminaire de Pina Bausch commence par des questions qu’elle pose à ses danseurs auxquelles ils répondent par des improvisations. Ainsi à la question faites quelque chose dont vous êtes fier, Lutz Förster répond en interprétant la chanson The Man I Love en langue des signes. Le vécu des danseurs et danseuses est donc un terreau d’inspiration pour les gestes chorégraphiques. Le danseur s’approprie le geste, l’intériorise.

pina bausch
Les danseuses aux bougies, tableau expressionniste d’Emil Nolde

Pina Bausch mêle également une part autobiographique à son travail. Café Müller fait écho au restaurant familial de Solingen où petite, elle se cachait sous les tables pour observer et écouter les conversations des adultes. Pina Bausch, à l’image d’un compositeur de musique, assemblait les blocs autonomes pour former la juste « partition ». Le Journal de répétitions de Two Cigarettes in the dark (1985) montrent que jusqu’à la veille du spectacle, Pina Bausch n’était pas sûre de l’assemblage. Céline Roux a également abordé l’expressionnisme sous l’angle d’autres formes d’expressions artistiques à travers la peinture notamment. L’huile sur toile intitulée Les Danseuses aux bougies (1912) de Nolde offre une représentation intéressante de la danse. Emil Nolde avait rencontré des danseurs parmi lesquels Mary Wigman. Le caractère extatique et la transe qui animent ses danseuses n’est pas sans rappeler la dimension existentielle de la danse chez Pina nous exhortant à « danse[r], danse[r], sinon nous sommes perdus ».

Conférence sur PINA BAUSCH et la NELKEN-Line par Céline Roux le 10 janvier 2017 18 h 30 au Triangle, Rennes

À Rennes l’association Hors Mots invite les personnes intéressées à participer à la Nelken-Line, projet proposé par la Fondation Pina Bausch en partenariat avec Arte : il s’agit d’apprendre un court extrait de la pièce Nelken de Pina Bausch, un enchaînement de gestes accessibles à tous, typique du travail de la chorégraphe allemande, souvent présenté sous forme de défilé comme c’est le cas dans le film Pina de Wim Wenders. La séquence dansée sera mise en scène en extérieur dans deux lieux différents de Rennes, et filmée par un professionnel. Les films de 3 à 4 minutes chacun seront envoyés à Arte pour être diffusés lors de rétrospectives et expositions sur l’œuvre de Pina Bausch. Pas de tenue particulière lors des répétitions, juste prévoir d’enlever ses chaussures.

Calendrier :
Apprentissage de la séquence dansée sur 3 ou 4 samedis à choisir parmi ces dates : samedis 7, 14, 21 et 28 janvier 2017 dans la salle de sports du collège Les Ormeaux.
Chacun choisit son horaire : 10 h-11 h ou 11 h-12 h
Tournage des films samedi 4 et 11 février 2017, 10 h-13 h à Rennes. Les lieux seront précisés ultérieurement. Vous pourrez être présents au choix sur l’un ou sur les 2 samedis de tournage.
Inauguration des films et « pot » convivial au Triangle le 28 février 2017 à 18 h 30
Conférence sur Pina Bausch par Céline Roux le 10 janvier 2017 18 h 30 au Triangle

La participation à la Nelken-Line est gratuite, mais il est nécessaire de s’inscrire par mail à horsmots.asso[@]gmail.com

La NELKEN-Line de PINA BAUSCH à Rennes was last modified: mars 7th, 2017 by Rémi Baert

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