Le site de Pierre Carles donne à voir gratuitement un premier montage de sa dernière production intitulé DSK, Hollande, etc. À travers cette campagne présidentielle commencée en 2011, il décrypte les messages et informations diffusées dans les médias nationaux. Si par le passé, le propos de Carles a su se montrer (im)pertinent, la forme toujours radicale et les méthodes parfois à la limite de la déontologie journalistique s’est révélée souvent contreproductive. Ce nouvel opus ne semble pas vouloir échapper à la règle.

Mais qui est donc ce Pierre Carles ? Un réalisateur et documentariste indépendant, spécialisé dans le monde du travail et la collusion entre politiciens et journalistes. Imbu des théories du sociologue Pierre Bourdieu (auquel il a consacré La sociologie est un sport de combat), ses films sont militants et avec un objectif récurrent : donner à voir certaines dérives de notre société.

C’est donc naturellement qu’il s’intéresse à la campagne présidentielle 2012. Il diffuse depuis quelques jours sur son site un montage provisoire de son film. Commencé par une étude du cas DSK, il se termine par les déclarations de Franz-Olivier Giesbert à Des Paroles et Des Actes ou encore le clash de Nicolas Dupont-Aignan face à Jean-Michel Aphatie et Michel Denisot. Les extraits d’émissions sont entrecoupés par des interviews des journalistes comme Laurent Joffrin, Jean-Michel Aphatie ou Nicolas Demorand, pour ne citer que ces trois exemples de ce que l’on nomme la médiacratie. Il y ajoute des avis d’autres journalistes, jugés plus indépendants, comme l’un des fondateurs de Fakir, François Ruffin, également journaliste au Monde Diplomatique ou, encore, le sociologue Alain Accardo.

Dans ce premier montage, le réalisateur se concentre sur les deux candidats de centre gauche que sont DSK et Hollande et la manière dont leur ascension s’est faite à coup de couvertures et d’articles de presse du même bord (Libération, Le Nouvel Obs, Marianne). De challenger inutile, Hollande passe miraculeusement au statut de favori une fois DSK disqualifié. Le phénomène est appuyé par des extraits d’articles présentés aux rédacteurs de ces mêmes quotidiens.

Dans une seconde partie, Carles montre le traitement des « petits candidats ». Il interroge Eva Joly après un passage à la télé où elle est davantage interrogée sur un possible accord avec le PS et son report de voix au deuxième tour que sur son programme. (L’exemple récent de l’interview de Marielle de Sarnez – Modem – à iTélé aurait pu être ajouté :  tout est fait pour qu’elle ne puisse exprimer sur ses idées.)

Si l’ensemble est plutôt correctement respecté, la dernière partie s’avère beaucoup plus militante et s’emploie à distiller les arguments du Front de gauche, bien au-delà des thèses de Bourdieu. Dans ce cadre, l’interview d’Apathie est évidemment monté à charge. Juste retour des choses, diront certains, eu égard à celui qui pratique un journalisme à géométrie variable. Peut-être, mais attention à ne pas enfreindre les règles de déontologie et d’honnêteté intellectuelle. Le réalisateur retranscrit toutefois l’affirmation d’Apathie comme quoi « si les journalistes avaient un tel poids, Jean-Marie Le Pen n’aurait pas eu ce score en 2002″.

Et c’est précisément là, dans sa forme actuelle, que le documentaire rate son objectif. Apathie émet une hypothèse intéressante sans en dérouler le fil : la part d’exaspération s’exprime de toute part dans notre société, mais elle n’est jamais réellement majoritaire étant donné que le suivisme fait aussi partie de la nature humaine. Aussi de nos jours, tout l’art de la communication consiste à trouver le juste équilibre entre matraquage d’une idée et anticipation de l’exaspération devant ce même matraquage.

A notre avis, Pierre Carles aurait pu et dû opposer ces différents arguments à travers des interviews de militants et sympathisants de partis protestataires (comme le FN) afin d’examiner si ce rôle de communicant des journalistes était confirmé peu ou prou ou infirmé. De fait, en matière d’analyse de l’abstention et d’image du journalisme dans notre société, Pierre Carles ne creuse pas bien loin ni ne fait dans la nuance.

Quant à la dernière partie, elle insiste tant sur ladite collusion, jusque dans la caricature, qu’elle entrave l’objectif naturel du film : faire réfléchir le spectateur-électeur sur les informations qui lui sont présentées. En cela, DSK, Hollande, etc. devient du pain béni pour ses opposants qui dénonceront un montage éhonté (alors qu’eux-mêmes y recourent également sans vergogne). Au final, le montage rappelle le documentaire sur George Bush du militant Michael Moore : il n’avait guère pesé à l’époque dans la campagne en raison de ses enflures et autres artifices.

Peut-être, en définitive, Pierre Carles aime-t-il donner le bâton pour se faire battre. Peut-être accepte-t-il d’être contreproductif afin de cacher sa difficulté à déployer son propos avec nuance et dans le respect du contradictoire. Le cas échéant, c’est bien malheureux, car certains aspects de son travail ne sont pas dénués d’intérêt. Comme il s’agit encore d’un premier montage, espérons que Carles saura corriger le tir dans les semaines qui suivent. Au demeurant, la première partie du film vaut le détour, notamment le passage consacré au “rasage”…

Ice et Nicolas Roberti

à voir sur : http://www.pierrecarles.org

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