PHILIPPE ECHAROUX. DES BANCS D’ÉCOLE AU MUSÉE…

Paru dans le cadre de l’installation Dans la mémoire du monde au musée du Quai Branly – Jacques Chirac, l’ouvrage des éditions In Fine est une plongée personnelle dans l’univers artistique de Philippe Echaroux, des bancs d’école au musée. Tout à tour éducateur spécialisé, photographe et street-artiste, de quelle manière le Marseillais est-il passé des bancs d’école au musée ? … Philippe Echaroux par l’artiste lui-même.

Rien ne prédestinait Philippe Echaroux à devenir l’artiste que l’on connaît aujourd’hui, mis à part sa curiosité et son goût de l’aventure peut-être…

Ses mots succèdent rapidement à la préface de Nathalie Simon et au texte introductif de l’historien de l’art Cyrille Gouyette. La plume de l’artiste est illustrée par un florilège de photographies profondément humaines et d’une beauté saisissante. Le ton est léger et la lecture fluide. L’artiste raconte son parcours, ses réflexions personnelles et artistiques et sa vision de l’art. Celle d’une vision artistique sociale, soucieuse des problématiques sociétales de son temps. Il se livre avec simplicité et sincérité. Les pages autrefois blanches convoquent ses œuvres, de souvenirs en souvenirs, de projets en projets. Et toutes pointent dans la même direction : la rencontre de l’humain. « Un portrait n’est autre que l’illustration d’un échange, d’une rencontre. »

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Peuple Suri d’Amazone (Brésil). Double page du livre Philippe Echaroux, des bancs d’école au musée, éditions In fine.

« RENCONTRES : ce que nous ne choisissons pas et qui forge ce que nous sommes. Nous nous construisons avec les autres, que cela soit en opposition ou en symbiose et surtout dans les nuances entre ces deux notions », Philippe Echaroux, des bancs d’école au musée. Conversation entre Gérard Lemarié et Philippe Echaroux (p.197)

L’histoire commence dans la cité phocéenne, « par hasard ». Le parcours du photographe est, semble t-il, jalonné de ces moments inexpliqués, imprévus. « C’est une notion qui revient souvent dans ma vie même si je n’y crois pas une seconde […] mais c’est rassurant de pouvoir nommer ce que l’on ne comprend et ne maîtrise pas, vous ne trouvez pas ? » Cependant, il s’agit de hasards qui n’en sont pas. Des hasards que Philippe Echaroux a su saisir au vol et transformer en expériences.

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Photographies tirées du livre Philippe Echaroux, des bancs d’école au musée.

Peu à l’aise dans le système scolaire, le photographe se revoit alors qu’il n’était « qu’un jeune adolescent grandissant dans la tumultueuse Marseille » qui découvre l’escalade à l’âge de 16 ans. « Mon truc c’était le sport, être dehors, transpirer […] » Cette nouvelle passion lui permet d’apprendre à se connaître et lui donne confiance. « Je pouvais donc être en échec quelque part et, pourtant, tout à fait capable de faire des choses et d’être valorisé ailleurs. »

À l’âge de 24 ans, il entreprend une carrière de travailleur social, plus précisément d’éducateur spécialisé afin de montrer « que l’on peut à la fois représenter le cadre tout en étant soi-même effrayé par celui-ci. » Curieux de nature, le futur artiste met un pied dans le monde de la photographie à la même période. Il s’équipe alors d’un appareil photo bridge, « un Fuji 6500FD pour l’anecdote ». De tous les domaines, le portrait retient son attention. « Le portrait est une œuvre que l’on crée avec le modèle. C’est bien une alchimie éphémère qui s’est créée entre les deux pendant un court instant. »

L’art devient un moyen de braver son angoisse du quotidien, qui « avait le pouvoir de l’éteindre. » et l’humanité le fil rouge. Cette peur de la routine sera par la suite son carburant, un signal qui le guidera sans cesse vers d’autres horizons. Elle pousse l’artiste à se surpasser et l’emmène vers l’inconnu. Philippe Echaroux cherche, crapahute et s’aventure hors de sa zone de confort, préférant les chemins de traverse aux sentiers pavés et éclairés que l’on nous conseille d’emprunter. Ce besoin de nouveauté le mènera par exemple dans la forêt amazonienne à la rencontre du peuple Surui d’Amazonie ou au sommet d’un glacier.

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© Philippe Echaroux

« Le vrai pouvoir de la photographie : le message. »

Adultes handicapés, personnes sans abri, Paiter Suruí d’Amazonie (Brésil), habitants de Calcutta (Inde), etc., l’objectif de Philippe Echaroux semble capter l’humanité des visages. L’intensité des regards et leur sincérité dévisagent, poussent à porter un regard différent sur eux. Et c’est le but recherché. Les personnes sont souriantes ou plus énigmatiques, mais la grande expressivité des clichés saisit le lecteur au-delà de la dimension artistique du papier glacé. « Ce n’était pas la partie esthétique qui marquait le plus, mais leur énergie et ce qu’elles portaient en elles. » L’historien de l’art Cyrille Gouyette souligne d’ailleurs avec justesse : « Le temps d’une pose, l’artiste parvient à déclencher cet état de confiance où son modèle se lâche, se livre et dévoile sa part lumineuse. » À l’instar de sa série pour la Fondation Abbé Pierre : des portraits vivants aux traits tirés et l’image d’une minorité à la rue qui se meurt. Aujourd’hui, même si les outils numériques permettent facilement de prendre de belles photographies, très peu arrive à capter l’âme humaine et à aller au-delà de la façade de chaque individu. Philippe Echaroux en fait partie et redonne vie à ces invisibles.

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Photographie extraite du livre Philippe Echaroux, des bancs d’école au musée, éditions In fine.

« Mon street-art est basé sur la réflexion et le paradoxe »

Depuis quelques années, le Marseillais transforme l’espace public sans le toucher… Le street-art est venu à lui sous la forme d’un ouvrage sur Bansky, une nouvelle fois « par hasard ». « Je ne m’imaginais pas faire du collage ou du graffiti, car il y avait déjà des gens brillants dans ce domaine : je voulais vraiment créer ma propre manière de faire du street-art », sa propre forme d’expression. Dans une réappropriation des codes, la technologie succède aux traditionnelles bombes de peinture et à la colle pour un art éphémère respectueux de la nature. « Ce street-art est un pur reflet de moi-même […] Venant des sports de pleine nature, j’ai toujours été sensible au fait de ne pas laisser de trace de son passage. » Photographe, la lumière devient naturellement un medium, « un moyen original qui m’est personnel et qui fait sens avec mon passé et mon métier de photographe. Et… c’est éphémère. » La deuxième plus grande ville de France devient alors un laboratoire d’expériences visuelles où portraits de célébrités, comme Zinedine Zidane, et phrases se matérialisant sur l’architecture.

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Double page du livre Philippe Echaroux, des bancs d’école au musée, aux éditions In Fine.

« J’aime pointer du doigt que l’on oublie souvent des choses simples au profit de la course effrénée du quotidien. » Des phrases simples « à la limite de la naïveté absolue », mais impactantes, habillent les façades urbaines et des visages se matérialisent dans les arbres. Les projections lumineuses de Philippe Echaroux donnent une autre couleur aux villes et à la nature environnante, son terrain de jeu favori. Avec la lumière comme moyen d’expression, il poursuit ses questionnements : les minorités, la déforestation en Amazonie, la fonte des glaciers, le ramassage de déchets égarés, etc. Toutes ces préoccupations actuelles devraient résonner en chacun de nous. La liberté d’expression également…

En 2014, le photographe atterrit à Cuba en tant qu’artiste invité à la Biennale d’art contemporain de la Havane. « Je projetais le mot « LIBERTAD », mais pixellisé, brouillé ; car si la liberté était là, elle était tellement masquée, floue presque imperceptible. Mais catastrophe, affolement… une partie de mon équipe me lâche ! J’ai compris à ce moment-là que ce n’était pas par désaccord avec moi, mais uniquement par peur. » Dans cette ville « pauvre et délabrée », « au charme de l’ancien », l’artiste se retrouve face à un choix. Dans ce pays où la peur paralyse les citoyens, il choisit la liberté d’expression. De la même manière qu’il a dénoncé la déforestation amazonienne et chercher à donner une visibilité au peuple Surui, l’artiste s’envole pour l’Inde et réalise une série de portraits des habitants de Calcutta afin de la mettre en vente aux enchères et permettre de financer un soutien scolaire.

Après un projet avorté et frustrant au musée du Louvre, « ce projet sortira un jour, je le dois aux Indiens. Bien sûr, c’est un projet majeur dans la carrière d’un artiste, mais […] je me bats pour la survie de gens qui ont marqué ma vie et avec lesquels je me sens lié à jamais », la course se termine au musée du Quai Branly – Jacques Chirac avec sa plus récente installation, Dans la mémoire du monde. Le sujet ? Le peuple Surui. Le projet, une forme alternative et repensée spécifiquement, a finalement bien vu le jour.

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Rien ne prédestinait Philippe Écharoux à devenir artiste. Il est pourtant un de ses artistes actuels de référence qui, au-delà de la dimension artistique, donne une dimension humaine, militante et « pratico pratique et sociale » à leur travail.

Philippe Echaroux : Des bancs d’école au musée, chez In Fine, Éditions d’art, 240 pages, parution le 22 octobre 2020. Prix de vente : 35 €.

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