La forêt des renards pendus c’est d’abord un roman de Arto Paasilinna, ce texte dense est aujourd’hui adapté en BD avec brio par Nicolas Dumontheuil.

La forêt des renards pendusLa lecture d’un roman de Arto Paasilinna titille l’imagination et suscite inévitablement des images rocambolesques. La richesse descriptive et la loufoquerie des personnages permettent à un illustrateur de s’approprier aisément l’univers de cet auteur finlandais. Nicolas Dumontheuil ne pouvait que se réjouir d’un tel scénario.

La forêt des renards pendusArto Paasilinna est un ancien bûcheron. Dans ses romans qui se passent toujours dans le Grand Nord, les personnages marginaux et loufoques ne font pas dans la dentelle. Les trois protagonistes de La forêt des renards pendus en sont les meilleurs exemples. Rafael Juntunen, ancien gangster quitte Stockholm pour se terrer en Laponie avec quatre lingots d’or à l’abri de Siira, son ancien complice qui ne manquera pas de venir chercher sa part du butin dès sa sortie de prison. Paresseux et malhonnête, Rafaël n’a aucun scrupule.

Je trouve les emplois honnêtes détestables. C’est humiliant de bosser pour quelqu’un, qui vous paie, en plus. Et puis c’est fatigant. Les bourreaux de travail m’ont toujours fait pitié.

La forêt des renards pendusDans sa planque déserte, il est bientôt rejoint par le major Gabriel Amadéus Remes. Celui-ci, en plein divorce, ne supporte plus le carcan de l’armée, surtout en période de paix et décide de prendre une année sabbatique. Ses points faibles sont l’alcool et les femmes, mais il a le cœur sur la main, surtout avec l’argent des autres.

En garnison, on ne pense qu’à l’alcool. C’est une maladie professionnelle.

La forêt des renards pendusLa très touchante nonagénaire, Naska Mosnikoff, la plus vieille Lapone skolte au monde, entend préserver jusqu’au bout sa liberté. Énergique et décidée malgré son âge avancé, elle échappe aux autorités qui veulent la contraindre à s’enfermer dans une maison de retraite. Malgré l’hostilité du climat, elle rejoint, avec son vieux chat, la cabane isolée de Rafael, dans ce camp de bûcheron sur le mont Kuopsu.

La forêt des renards pendusVoici nos trois personnages réunis dans ce lieu désert, au confort sommaire. Enfin, pour l’instant…
Au cœur de cette nature sauvage, ils vont progressivement installer tout le confort grâce à l’or de Rafaël qui fait d’abord croire au major qu’il l’a trouvé dans la rivière, le fameux or de Laponie.
Sauna, papier peint, tapis d’Orient, luminaires, télé, chaîne stéréo, une baignoire pour Naska et un os en plastique pour le renard adopté et baptisé « 500 balles ».

La forêt des renards pendusMais l’esprit fécond d’Arto Paasilinna ne s’arrête pas là. L’esprit de Noël s’installe, deux prostituées invitées par le major Remes aussi. Tout cela attire les curieux comme le garde-renne ou bien évidemment l’ancien complice de Raphaël. Nicolas Dumontheuil traduit facilement le caractère des personnages du roman d’Arto Paasilinna tant dans le graphisme que dans les comportements. Les éléments essentiels de leur nature sont traduits dans les dessins en couleur sépia.

La richesse du scénario l’oblige à laisser beaucoup de texte ce qui surcharge légèrement le dessin, mais permet de traduire toute la truculence de Paasilinna. Ce côté, peut-être un peu vieillot, permet une plus grande fidélité au texte. Et s’associe bien au rocambolesque de l’histoire en lui donnant un petit côté « Pieds nickelés ».

Toutefois, la concision d’une bande dessinée ne permet pas de traduire toute la richesse des personnages et de leurs relations. Si l’on perçoit l’évolution des liens entre Raphaël et le major, leur tendresse pour Naska, le roman explore plus intensément leur humanité. La précision des dessins donne un grand réalisme aux forêts luxuriantes du Grand Nord. Les adaptations de romans en BD ou en film permettent de faire découvrir la littérature à un plus large public. Lorsqu’elles sont aussi fidèles à l’esprit de l’auteur, elles ne peuvent être que saluées.

La forêt des renards pendus illustré par Nicolas Dumontheuil paru chez Futuropolis le 25 août 2016 , 144 pages Prix de vente : 21 €

La Forêt des renards pendus

DESSINATEUR : Nicolas Dumontheuil

SCENARISTES : Arto Paasilinna , Nicolas Dumontheuil

ÉDITEUR : Futuropolis

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Le roman La forêt des renards pendus de Arto Paasilinna est paru chez Denoël le 25 octobre 1994 et en Collection Folio (n° 2869), Gallimard le 24-09-1996

Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise en 1942. Successivement bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il a publié une vingtaine de romans dont : Le lièvre de Vatanen, Petits suicides entre amis, Un homme heureux et prochainement aux Éditions Gallimard Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimés (en octobre 2016). La Forêt des renard pendus est paru en 1994 aux Éditions Gallimard. Les romans de Paasilinna sont traduits en 27 langues.

Nicolas Dumontheuil est né en 1967. Il vit à Bordeaux.
En 1993 paraît son premier album, L’Enclave (Dargaud).
En 1995, il crée l’événement avec Qui a tué l’idiot ?, qui reçut le Prix du Festival de Sierre 95, ainsi que l’Alph-Art du Meilleur Album à Angoulême et le Prix René Goscinny.
1999 : Malentendu (Casterman)
2001 : Première collaboration avec une scénariste, Éliane Angéli pour Le singe et la sirène, suivi en 2003 par Le singe et la dame blanche (Casterman)
2003/2004 : La femme floue, deux tomes parus (Casterman)
2005 : Le roi cassé (Casterman)
2007: Big Foot (3 tomes parus, Futuropolis), libre adaptation du Monstre des Hawkline de Richard Brautigan
2009: Le Landais volant (3 tomes parus, Futuropolis)
2013: La Colonne, tome 1, avec Christophe Dabitch (Futuropolis)
2014 : La Colonne, tome 2, avec Christophe Dabitch (Futuropolis)

Lectrice boulimique et rédactrice de blog, je ne conçois pas un jour sans lecture. Au plaisir de partager mes découvertes.

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