Nouvel arrêt : le château de Schönbrunn au cœur de Vienne. Le voyageur : Olivier Hodasava. Un voyageur virtuel. Il arpente quotidiennement les artères du monde de Google Street View. Quand l’image saisie devient le réel ultime de la fiction commune… Pour Unidivers, l’arpenteur – qui se fait un peu géomètre – avance à la façon d’un fildefériste sur une ligne (presque) imaginaire : le 48e parallèle Nord. La latitude sur laquelle est située la ville de Rennes.

 

Voyager, c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination. Tout le reste n’est que déceptions et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force. Il va de la vie à la mort. Hommes, bêtes, villes et choses, tout est imaginé. C’est un roman, rien qu’une histoire fictive. Littré le dit, qui ne se trompe jamais. Et puis d’abord, tout le monde peut en faire autant. Il suffit de fermer les yeux. C’est de l’autre côté de la vie. (Céline, Voyage au bout de la nuit)

hodasava vienne chateau schonbrunnAujourd’hui, exceptionnellement, ma chronique ne tiendra pas du carnet de voyage. Pas plus ne fera-t-elle écho à un quelconque souvenir de ma jeunesse passée. En fait, cette chronique est cette fois-ci marquée par un drôle de hasard auquel j’ai été aux prises ces derniers temps. En effet, en un mois à peine, pas moins de trois personnes ont éprouvé le besoin de me parler d’un même joyau du patrimoine autrichien : le château de Schönbrunn.

Comprenons-nous bien : si la chose est remarquable, c’est essentiellement parce que je n’ai pas une once d’accointance avec Vienne. Je ne connais pas le moindre autrichien. Et s’il fallait que je choisisse une destination pour des vacances, fort à parier que jamais l’Autriche ne me viendrait à l’esprit. Et pourtant…

château de schönbrunn vienne autriche rennes hodasavaLa première personne à avoir évoqué le château de Schönbrunn est une amie journaliste qui vit maintenant à Munich. Elle revenait d’un week-end viennois en amoureux. Et son petit ami avait tenu à lui faire visiter ce qu’il tenait comme étant la merveille absolue. Elle s’y était ennuyée. Elle avait eu froid (en fait, elle couvrait un mauvais rhume). Elle m’appelait pour se confier. À plusieurs reprises, elle avait prononcé ce nom de château de Schönbrunn avec un tel désarroi dans la voix que je n’avais pu que retenir le nom de l’édifice.

olivier hodasava vienne chateau schonbrunnLa seconde fois que le nom est apparu, c’était il y a tout juste quinze jours alors que j’étais invité à une soirée chez une amie d’ami. La maîtresse de maison était suisse, elle portait un nom à particule. Physiquement, elle avait des petits airs de Castafiore. Sur l’un des murs de son salon était accroché un grand tableau à encadrement doré – c’était un portrait. Et, alors qu’un silence se prolongeait au cœur de notre conversation, je ne trouvai rien de mieux à demander que le nom de la personne représentée. Elle me répondit que c’était Maria Josepha de Habsbourg et que le tableau était une copie d’époque d’une œuvre exposée au château de Schönbrunn.

olivier hodasava vienne chateau schonbrunnMa troisième confrontation c’était hier soir, au cours d’un vernissage jusque là barbant dans une galerie du Marais. Je m’apprêtais à repartir quand je suis tombé sur une copine des Beaux-arts. Je ne l’avais pas vue depuis près de vingt ans. Nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre ; puis nous nous sommes raconté nos vies. J’ai été heureux de découvrir qu’elle est toujours artiste ; elle est photographe. Elle vient d’entamer, depuis peu, une série sur la signalétique de guidage dans les musées, les monuments. Elle joue, dans un même cadre, du rapprochement entre ces objets contemporains et le patrimoine historique. Et bien sûr, le premier lieu qu’elle a évoqué (elle en revenait), c’est le château de Schönbrunn. Elle a voulu savoir si je connaissais. L’espace d’un instant, je me suis demandé si une caméra était cachée dans les parages et si l’on n’était pas en train de vouloir me jouer un mauvais tour…

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