LES HISTOIRES D’AMOUR FINISSENT MAL …EN GÉNÉRAL …

Plaisir des sens, plaisir d’essence… C’est assuré avec le roman de Claire Renaud, Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères… Encore que ! Et pourtant si !

CLAIRE RENAUD

Dans un roman construit comme le chat qui joue avec la souris sans cesse, le lecteur est en droit souvent de se demander qui est le chat, qui est la souris ? Car la donne change régulièrement pour ne pas dire à chaque chapitre. Il n’y a ni proie ni prédateur quand il y a et la proie et le prédateur. Et prédateur ou proie n’est pas toujours celui ou celle qu’on attend, qu’on devine, qu’on espère, qu’on craint. Tout dépend du point de vue du narrateur. Et comme le narrateur change à chaque chapitre, il faudra épouser ou pas le point de vue de celui-ci, de celle-ci.

Trois temps importants dans ce roman en forme de huis clos : celui de l’approche, temps de la séduction, celui du passage à l’acte, la concrétisation d’une relation, celui de l’après, quand les habitudes peuvent faire des ravages et créer l’envie de la fuite, l’envie d’ailleurs, l’envie de recouvrer une liberté qu’on a le sentiment de perdre dès lors qu’on croit appartenir désormais à l’autre. Je ne suis pas celle de l’autre pas plus que celui d’une autre.

CLAIRE RENAUD

Raphaëlle et Philippe. Philippe et Raphaëlle. C’est son histoire à elle. C’est son histoire à lui. C’est leur histoire à eux deux. Tour à tour, le lecteur, spectateur, assiste à leur rencontre, à leur découverte, à leur amour, à leurs attentes, à leurs désillusions, à leur ennui, à leur fuite. Entre accords et désaccords. Entre harmonie et disharmonie. Si l’affaire peut sembler assez classique, l’auteur réussit à les rendre tant attachants qu’angoissants et singuliers souvent parce qu’ils sont aussi le miroir de nos amours personnelles, d’amours que l’on nous a parfois narrées, dans la vraie vie comme dans le romanesque, au détour d’un livre, d’un film, d’une chanson, d’une peinture.

Quant au plaisir des sens, il est présent à chaque page (ou presque). Claire Renaud réussit le tour de force d’en appeler à notre imagination, visuelle, olfactive, tactile. Ces deux-là, on a la conviction de les connaître alors que pas du tout. Ces deux-là, c’est nous, c’est les autres. C’est universel tout autant que sacrément ancré dans une époque où les couples sont presque éphémères. Ou les couples deviennent de plus en plus virtuels. Ou les couples se forment parfois même via le simple fantasme. Ou la notion de relations ne participe plus depuis longtemps à la notion de couple. Est-ce qu’un couple c’est deux en un seul ? Est-ce qu’un couple reste deux entités bien distinctes ?

« Elle lui invente la vie pleine que sa beauté appelle et mérite. Et ses yeux cernés, sa peau grise, sa barbe de trois jours, ses cheveux en bataille sont autant d’aveux de nuits arrosées, d’errances et de turpitudes. À l’opposé de la sienne, vide et sans attraits. Elle le pare de tout ce qu’elle ne vit pas, l’exclut de son existence morne dans son petit deux-pièces du nord de Paris, coquet et rangé, l’éloigne de son ennui, du domestique, du routinier. De cette petite bulle qu’elle s’est soufflée, à l’abri des hommes et de leur désir aveugle, des mots qu’elle a attendus d’eux en vain, des abandons qu’ils ont distribués. Elle n’en est pas pour autant aigrie. Ou lassée. Ni amazone ni nonne. Précautionneusement, elle se roule et se protège. Elle attend sans rien espérer. »

Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères un roman de Claire Renaud aux Éditions Les Escales. 204 pages. 16,90 €. Parution : novembre 2017.

Couverture : © Hokus Pokus Créations – Photo auteur Claire RENAUD © Les Escales

Claire Renaud
Claire Renaud vit et travaille à Paris. Elle écrit notamment pour la jeunesse. Après Déboutonnage (Stock, 2010), Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères est son deuxième roman.

CXXI – La Mort des Amants

Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d’étranges fleurs sur des étagères,
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Usant à l’envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux ;

Et plus tard un Ange, entr’ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.

Charles BaudelaireLes Fleurs du Mal

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