En décembre 1994, le vol 8969 d’Air France est détourné par des terroristes du GIA. Leur but : faire exploser l’avion à Paris. Unidivers a rencontré le Breton Éric Delsaut, ancien membre du GIGN présent sur place.

Il y a 29 ans, du samedi 24 au lundi 26 décembre 1994, une prise d’otages allait marquer la France et les mémoires. Beaucoup de Français, et plus encore les Parisiens, se souviennent ne pas avoir quitté leur poste de radio, leur transistor ou encore leur télévision pour suivre les événements en direct. Au total, ce sont 54 heures qui resteront dans l’histoire de la prestigieuse unité d’élite du GIGN (Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale).

À bord du vol 8969 d’Air France au départ d’Alger et à destination de Paris, quatre membres du Groupe Islamique Armé (GIA), déguisés en policiers, montent dans l’avion Airbus A300 à l’aéroport Boumediene à Alger et prennent l’équipage et les passagers en otage. Les terroristes ont pour objectif de faire exploser l’avion en vol sur Paris, de préférence sur la Tour Eiffel. Partout les médias relayent l’information : le pays a peur et Paris tremble.

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Ravitaillement à l’aéroport d’Alger

Mais que s’est-il passé ? Samedi 24 et dimanche 25 décembre, sur le tarmac de l’aéroport Boumediene à Alger, les terroristes, équipés de Kalachnikov, Uzi et grenades pour la plupart artisanales, prennent en otage les 227 passagers et les douze membres de l’équipage. Les deux jours de négociations n’aboutissent pas avec les autorités algériennes et trois otages sont exécutés (un policier algérien, un ressortissant vietnamien et un français cuisinier à l’ambassade de France à Alger). L’avion reprend son vol.

Lundi 26 décembre, l’Airbus A300 en direction de Paris fait escale à Marignane à l’aéroport de Marseille, à 3 h, pour se ravitailler en carburant. Ce n’est qu’à 17 h 15 que l’ordre d’assaut est donné au GIGN sous la décision du premier ministre Édouard Balladur et du ministre de l’intérieur Charles Pasqua. L’unité d’élite entre en action sous les ordres et avec son commandant, Denis Favier. Trente gendarmes du GIGN vont se répartir sur les trois passerelles motorisées afin de pénétrer dans l’avion.

Aussitôt, le commando islamique ouvre le feu et les hommes du GIGN ripostent. L’intervention durera 20 minutes et 1 000 balles seront tirées. 160 passagers et 12 membres de l’équipage sont évacués par toboggans à l’arrière de l’appareil. Les quatre terroristes sont tués. On compte 25 blessés : treize passagers, trois membres de l’équipage et neuf gendarmes du GIGN, dont un grièvement.

Le Taupontais (Morbihan) Éric Delsaut avait 39 ans lors de l’assaut. Membre du GIGN depuis 12 ans, c’était loin d’être sa première intervention. Il s’engage pour trois ans alors qu’il n’a que 17 ans, d’abord dans l’Infanterie de Marine à Fréjus, puis au 27e Bataillon de Chasseurs Alpins (BCA) à Annecy. Quand le GIGN est créé en 1973, il se passionne rapidement pour ce groupe d’intervention, mais il n’a que 18 ans. Il doit patienter ! En 1975, il entre à la Gendarmerie Nationale dans l’escadron de gendarmerie mobile à Chambéry, puis à Maisons-Alfort. Son rêve n’a pas changé : il souhaite intégrer le GIGN. En novembre 1982, il réalise son rêve et passe le concours d’entrée au GIGN. Il réussit les test avec brio en étant 8e sur 120.

Éric coule aujourd’hui des jours heureux dans sa commune morbihannaise. Il est capitaine honoraire dans la gendarmerie nationale et président de l’UNC Taupont-Ploërmel. Ses nouveaux camarades sont les anciens combattants. Il participe avec eux à toutes les cérémonies officielles du département et bien au-delà. Il a également écrit un livre en 2013 avec le soutien de l’écrivain breton Guillaume Moingeon, titré “15 ans au GIGN”, paru aux éditions L’àpart. Pour Unidivers, il revient sur la prise d’otage de 1994.

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Eric Delsaut

Je voulais sauver des vies humaines, être dans l’action. Comme un pompier l’est pour les malades et les accidentés, le gendarme du GIGN l’est pour les otages.

Unidivers – Est-ce l’intervention la plus marquante de votre carrière ?

Éric Delsaut – Oui certainement, bien qu’il y en ait eu d’autres. Nous étions en entraînement et en répétition toute la matinée à l’aéroport de Marignane. Le groupe se mettait en condition. Au moment de l’assaut, notre motivation était grande et l’esprit d’équipe soudé. Notre objectif était de sortir les passagers sains et saufs.

Unidivers – Avez-vous été blessé ?

Éric Delsaut – Non, en dehors des traumatismes sonores en raison des tirs, comme dans toutes les opérations d’ailleurs. Je souffre d’acouphènes aujourd’hui encore, car nous ne portions pas de casque antibruit. Mon collègue Thierry Prungnaud* a été le plus atteint : à l’épaule, aux jambes, aux cuisses. Il a failli perdre un bras. Cela lui a valu la légion d’honneur : Il la mérite amplement.

Unidivers – Quel a été votre rôle précisément ce 26 décembre ?

Éric Delsaut – J’étais dans le peloton de la passerelle arrière. Mon rôle était de libérer et d’évacuer les passagers au plus vite vers la sortie et les toboggans. Ça tirait de partout ! Les tirs étaient intenses. Thierry était à l’avant avec son groupe. Leur rôle était de neutraliser l’avant de l’appareil et aussi de nous couvrir de manière à faciliter l’évacuation des otages, qu’on réalise en six minutes.

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Eric Delsaut

La moitié des gendarmes du GIGN ont été mobilisés sur cette opération, soit 30 sur les 60 au total.

Unidivers – Et la peur, parlez-nous en.

Éric Delsaut – La peur, on la contrôle tout en étant conscient qu’on peut rester sur le terrain. Je pensais surtout à ma famille. Toute l’année, nous avions des entraînements très difficiles qui nous plongeaient dans des situations réelles. Une fois par mois, on simulait une opération à bord d’un avion. La semaine précédant la prise d’otages nous nous étions encore entraînés. Le danger est aussi présent pendant les entraînements, comme dans les interventions.

Unidivers – Au cours de votre carrière avez-vous vu le danger de près ?

Éric Delsaut – Oui, pendant une démonstration devant des spectateurs, je descendais en rappel d’un hélicoptère. J’ai perdu la corde des mains, à 60 m de hauteur. Heureusement j’ai eu le réflexe de me rattraper à la corde. Jean-Michel, avec lequel j’ai été élève gendarme, n’a pas eu la même chance. Il a chuté lors d’un rappel comme celui-ci et il en est mort. En 1996, Jean-Louis un autre camarade a été victime d’un forcené qui lui a tiré dessus et la balle est venue malheureusement se loger sous le gilet pare-balles.

Unidivers – Racontez-nous votre accueil à l’Elysée, après Marignane ?

Éric Delsaut – La réception s’est déroulée une semaine après, avec salons, photos et champagne. L’intervention avait été très médiatisée. Nous étions devenus des héros pour le gouvernement et la population. Pour nous, c’était une belle réussite et nous en recevions les remerciements.

Unidivers – Un film d’action est sorti sur les écrans de cinéma en 2011, intitulé L’assaut et réalisé par Julien Leclercq. Le film relate la prise d’otages de Marignane et l’intervention du GIGN. Une remarque ?

Eric Delsaut Le film est très bien fait. Il est réaliste et près de la vérité.

Unidivers – Après une vie vécue au cœur de l’action, comment fait-on pour vivre “normalement” ?

Éric Delsaut – La roue tourne. Les jeunes arrivent. 15 ans au GIGN c’est déjà pas si mal ! J’ai quitté le GIGN par choix à 41 ans avec le grade d’adjudant, pour aller dans le privé. Je suis resté à la gendarmerie en qualité de réserviste. Puis le GIGN, c’est une grande famille à laquelle on reste attaché toute sa vie. Nous sommes des frères d’armes. Je reste observateur du monde qui bouge. Quand j’entends parler du GIGN, je suis toujours avec eux, près d’eux.

Unidivers – Je vous remercie Éric Delsaut.

eric delsaut

* 27 ans plus tard, Thierry Prungnaud a été décoré de la médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme. C’est lui qui parmi tous les hommes de sa colonne a payé le plus lourd bilan ce 26 décembre 1994 : sept balles dans le corps – deux dans le gilet qui lui a probablement sauvé la vie – deux dans l’avant-bras, une dans la joue, les deux dernières dans l’épaule dont une que le terroriste lui loge avec sa Kalachnikov dans l’acromion de l’omoplate. Celle tirée dans le casque lui atteint la joue. C’est grâce à des hommes comme lui qui défendent notre liberté, d’hier et d’aujourd’hui, que nous sommes toujours libres sur notre territoire !

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Martine Gatti
Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.

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