« On nous Claudia Schiffer – On nous Paul-Loup Sulitzer » chantait Alain Souchon en 1993. Il faut être un personnage célèbre pour voir son nom changer en verbe dans une chanson populaire. C’était avant son accident vasculaire cérébral, Paul-Loup Sulitzer était l’homme de toutes les admirations et, comme c’est souvent le cas en France lorsque l’on a du succès, de tous les mépris. Dans son autobiographie, il donne à ses détracteurs des raisons supplémentaires de le détester, mais l’homme aux 60 millions de livres vendus n’en a que faire, et nous explique pourquoi Sa vérité est aussi La vérité. 

Jérôme Enez-Vriad : Au début du livre, l’autocongratulation mène à vous rendre insupportable. Puis, au fur et à mesure, vous apparaissez presque sympathique et, à la dernière page, on vous serrerait volontiers la main. On se demande si vous n’entretenez pas cette antipathie pour mieux la gérer.

"Monstre sacré" de Paul-Loup Sulitzer - Editions du RocherPaul-Loup Sulitzer : Si j’ai pu sembler présomptueux, je m’en excuse, d’ailleurs je n’ai pas choisi le titre du livre, c’est mon Editeur qui m’a dit : « tu es un monstre sacré ». J’ai également évolué pendant son écriture, ça a été un dur et long travail qui, en fin de compte, m’a apaisé. Disons que j’ai tenu à rétablir, non pas Ma vérité, mais La vérité. On peut ne pas apprécier mon œuvre mais les chiffres parlent d’eux-mêmes : 60 millions de livres vendus.

Vous expliquez comment « le » personnage Paul-Loup Sulitzer est devenu une création par marketing littéraire, et plus loin vous regrettez que votre exceptionnel parcours (lié en partie à ce marketing) ait toujours évincé l’intérêt de vos livres. N’y a-t-il pas contradiction ?

Pas le moins du monde ! Je me suis mis en scène, certes, j’ai été l’acteur de ma vie, mais en ce qui concerne mes livres, je réclame d’être jugé sur pièces. Je pense avoir diverti et instruit le public. Il faut aussi dissocier l’homme de son œuvre pour y découvrir une autre vérité. Certaines attaques m’ont blessé. Etre appelé « le gros con au cigare » n’est pas agréable, et la cabale menée par Bernard Pivot était indigne d’un journaliste. Ce n’était plus une émission littéraire mais de l’inquisition !

Préférez-vous la casquette d’homme d’affaires ou celle d’écrivain ?

Elles sont étroitement liées et on me l’a assez reproché. Je préfère regrouper ces deux facettes sous le terme de « créateur ». Mes affaires ont nourri mes livres et mes livres ont parfois nourri mes affaires ou celles des autres, car j’ai également été une source d’inspiration pour certains. C’est d’ailleurs une grande fierté.

On vous a souvent reproché de ne pas écrire vos livres. Pourquoi y consacrer un chapitre entier ? Croyez-vous que Dumas, avec lequel vous faites un parallèle entre vos œuvres respectives, se souciait d’un tel qu’en-dira-t-on ?

Contrairement à ce que disent les mauvaises langues, je n’ai pas connu Alexandre Dumas ! Mais c’était un immense auteur. J’ai tenu, là encore, à dire la vérité. Oui, j’ai travaillé avec Loup Durand dans une belle harmonie, moi au scénario, lui à l’écriture. C’était un homme de lettres talentueux. Je suis entouré de collaborateurs qui m’assistent dans mon travail, aujourd’hui comme hier. J’en ai d’ailleurs cités dans mes livres. Vladimir Colling qui a travaillé avec moi sur Le conglomérat et L’empire du dragon, ou Yannick Boutot qui a assuré la documentation sur Angolagate. Cela veut-il dire que je n’écris pas mes livres ? Du tout, je travaille et me donne du mal contrairement à d’autres.

"Money" de Paul-Loups Sulitzer

N’êtes-vous pas un concepteur de belles histoires qui a besoin d’une aide pour la mise en forme ? Un peu comme certains mélodistes ont besoin d’un musicien pour mettre en gamme leurs composions.

Oui et non. J’ai écrit Money seul. J’ai ensuite collaboré avec Loup Durand qui est malheureusement disparu trop tôt. L’écriture réclame de véritables qualités d’auteur, c’est aussi cela respecter son public.

Vous dites avoir été le premier à initier les profanes au monde de la finance, mais on est contraint de vous rappeler l’existence des romans de Pierre Rey et d’Edouard Chambost qui, dans les années 70, expliquaient déjà le système bancaire de l’époque.

J’ai bien connu Pierre Rey et Edouard Chambost, deux hommes de talent. Mais c’est par leur ampleur et leur aspect documenté que mes livres ont marqué leur différence, grâce à une véritable immersion au sein d’un univers : la finance, jusque là inconnue du grand public. J’ai également été le premier à mettre en œuvre le « marketing littéraire » et l’ampleur de mes livres s’en est trouvée décuplée.

Le secret de la réussite sociale serait, je vous cite : « Travailler, tenir, avoir l’idée originale à laquelle personne n’aura pensé. » Est-ce si simple?

Agir de cette façon, c’est en tout cas mettre toutes les chances de son côté. Rien ne s’accomplit sans travail ni sans faire face aux évènements et à l’adversité. Il ne faut pas se laisser abattre, j’en suis la preuve vivante. Dans les affaires, avoir une idée originale, conserver une longueur d’avance, c’est souvent une partie du chemin de fait.

On retrouve chez vous cette idée de l’homme grandi par la pratique plutôt que par la théorie. Quelle est la plus belle aventure de votre vie ?

J’ai fait HEC, Hautes Etudes Communales, mais j’avais l’envie de réussir et de créer. Il faut croire en soi et en ses chances. La plus belle aventure de ma vie : c’est ma famille, mes enfants et ma petit-fille. J’ai accompli de belles choses, vécu des moments forts et fait de belles rencontres. Je n’ai pas tout réussi, mais je peux me retourner avec satisfaction sans rougir.

Lors de la sortie du  Roi Vert (nous sommes en 1983) vous mettez en place une idée marketing brillantissime – c’est à la page 116 -, qui vaut largement les anémies publicitaires actuelles. Que pensez-vous de la promotion des auteurs à grand tirage d’aujourd’hui : les Bernard Werber, Guillaume Musso, Marc levy ?

"Le roi vert" de Paul-Loups SulitzerPour faire ce que j’ai fait, il fallait être convaincu de la qualité du Roi vert. Je connais les auteurs dont vous parlez, ils touchent un large public et nous avons des choses en commun. Les éditeurs restent dans l’ensemble frileux alors qu’un livre est un bien de consommation comme un autre. Il se vend et s’achète. Partant de là, il faut donc le mettre en valeur afin qu’il trouve son public. Si on ne met pas la culture à la portée de tous, elle reste bêtement élitiste. Or, il doit y avoir des œuvres grand public, et si possible faire en sorte qu’elles soient belles, réussies, intéressantes et instructives.

Comment, vous, chantre de l’économie de marché, profilez-vous l’avenir dans le marasme économique actuel ?

Je suis un pragmatique. Je ne crois pas aux dogmes ni aux attitudes figées. Je crois en l’homme et en ses capacités de création. Il ne faut surtout pas mettre un frein aux activités humaines et moins encore à la créativité. Le capitalisme pur et dur a oublié l’homme et cela ne me convient pas. Il a enfanté des monstres : Maddoff, Jacobson, … J’en appelle à un capitalisme moral qui fasse la part belle aux créateurs et non aux simples spéculateurs ou rentiers. Le monde a toujours traversé des crises. Celle-ci est grave, mais elle n’est pas insurmontable.

Votre vision d’un futur européen noyé dans la mondialisation est-elle optimiste ?

"Un scandale d'état, oui !" de Bernard Tapie - Editions PLONLes USA, la Chine, prochainement l’Inde, et bien d’autres pays sont des concurrents de plus en plus sérieux, mais l’Europe a aussi des atouts à faire valoir. La réponse sera surtout politique. C’est à nos élus de faire émerger un horizon européen commun à l’ensemble des états membres. Pour l’instant, l’Europe manque de vision et reste dans les nimbes.

Un conseil de lecture après avoir lu Monstre sacré ?

J’ai plaisir à suivre le duel éditorial Levy-Musso. Sinon, le dernier livre de Bernard Tapie : Un scandale d’Etat, oui ! Mais pas celui qu’ils vous racontent, est intéressant sur une affaire complexe. 

Si vous aviez le dernier mot, Paul-Loup Sulitzer ?

Je dirais merci à mes lecteurs, ce sont eux qui ont fait mon succès. Je dirais aussi aux Français de garder espoir en toute occasion.

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Monstre sacré de Paul-Loup Sulitzer
Editions du Rocher
227 pages – 18,00 €

Un commentaire

  1. Bonnes questions bien posées mais personnellemnt je n’ai jamais osé lire Monsieur Sulitzer, qui est pour moi un monstre de la littérature et peut être un peu inaccessible pour ma petite tête !

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