Miss Peregrine et les enfants particuliers : ce nouveau film de Tim Burton est en soi un petit événement cinématographique, ce qui doit immanquablement poser problème à l’auteur en question, en totale impossibilité de se rater. D’où la crainte d’une surenchère à base d’effets spéciaux et autres images numériques. Depuis les rêveries oniriques d’Edward aux mains d’argent ou les mortifères loufoqueries d’un beetlejuice déjanté, « magic Tim » a-t-il su garder ce regard fascinant et fasciné sur une jeunesse qui paraît ne l’avoir jamais quittée ?

Miss PeregrineLa première satisfaction de « Miss Peregrine » se tient déjà dans la lecture du casting. Le bougre n’a pas fait d’erreur en choisissant pour ce rôle la belle Eva Green (fille de Marlène Jobert), plutôt familière de l’« héroic fantasy » puisqu’on l’a déjà aperçue dans des films comme Dark shadows (Tim Burton) ou Kingdom of heaven (Ridley Scott). Même remarque pour l’excellent Asa Butterfield dont le regard inquiet a marqué de façon indélébile l’excellent « Hugo Cabret ». Malgré ses vingt printemps, il nous campe un adolescent en plein questionnement, des plus crédibles. Rien à dire non plus sur un effrayant Samuel L. Jackson, capable de tout faire sans la moindre bavure. Judi Dench, plus connue dans les James Bond sous le pseudo de M, leur donne une répartie dont ses 81 ans n’entament en rien la vigueur. Rupert Everett fait, en ornithologue, une apparition remarquée, nos faveurs particulières allant vers la charmante Ella Purnell dans le rôle d’Emma et Terence Stamp dans celui de Abe. Les meilleurs ingrédients étant rassemblés, pas de raison de s’inquiéter quant à la qualité de ce nouvel opus, malgré l’absence de l’acteur fétiche, de Burton, Johnny Depp.
Miss PeregrineUne fois encore Tim Burton, avec une redoutable efficacité sait nous faire revivre les terreurs d’enfants, les monstres qu’ils ne manquent jamais d’inventer, les passages secrets, les palais aux décors étranges, les pouvoirs magiques qui peuvent résoudre les énigmes les plus compliquées. Faut-il souffrir du syndrome de Peter Pan pour produire un cinéma aussi marqué par tout l’imaginaire de la petite enfance ? La caméra s’attarde sur les visages des petites filles en robe à jupons, portant nattes très sages ou anglaises parfaitement roulées, en donnant à leurs regards une intensité particulière. Il y a dans cette manière de les appréhender une sensibilité digne de Lewis Carroll.
Miss PeregrineMais qu’en est-il de l’histoire ? Elle est assez simple. Suite à la mort de son grand-père, dans des circonstances pour le moins déroutantes le jeune Jacob apprend l’existence des « boucles », périodes de temps qui se renouvellent chaque jour, permettant aux enfants particuliers qui y vivent de repousser des dangers propres à mettre fin à leur vie. Ils sont dotés de capacités étonnantes, pour certains un peu répugnantes, et sous la direction de Miss Pérégrine, coulent des jours heureux hors de l’histoire et de ses vicissitudes. Tout serait parfait sans l’existence des « sépulcreux », personnages effrayants déjà aperçus dans l’étrange Noël de monsieur Jack et dont l’ambition n’est autre que de s’emparer des enfants pour leur dévorer les yeux. Jacob, plongé dans le doute, se pose des questions sur son rôle, il découvrira tout au long du film que son pouvoir particulier est de protéger ces enfants si « spéciaux », à la fois puissants et vulnérables. Les ennemis en lice ne le sont pas moins.

Miss PeregrineNous avions choisi, pour vous en rendre compte, une séance 3D. Force est de constater, une fois de plus, que cette technique, à l’exception des très belles scènes sous marines, n’apporte pas grand-chose, si ce n’est la gêne d’arborer pendant deux heures des lunettes agaçantes. Pour le reste, le film est agréable, parfois un peu longuet, et un montage pas assez soigné fait voltiger sur le dos un personnage que l’on retrouve au plan suivant sur le ventre, c’est peu de chose, mais cela ne devrait pas être. S’éloignant d’une forme d’ésotérisme propre à ses premiers films, Tim Burton, plus lisible, propose avec Miss Pérégrine et les enfants particuliers, un film à voir en famille où petits et grands pourront frissonner de concert et retrouver le plaisir de se serrer les uns contre les autres.

Miss Peregrine et les Enfants particuliers (Miss Peregrine’s Home for Peculiar Children) est un film fantastique américano-belgo-britannique réalisé par Tim Burton et sorti en France le 5 octobre 2016. Durée : 127 mns

Réalisation : Tim Burton
Scénario : Jane Goldman, d’après Miss Peregrine et les Enfants particuliers de Ransom Riggs
Direction artistique : Rod McLean et Mark Scruton
Décors : Gavin Bocquet
Costumes : Colleen Atwood
Photographie : Bruno Delbonnel
Montage : Chris Lebenzon
Musique : Mike Higham et Matthew Margeson

Société de distribution : 20th Century Fox
Budget : 110 millions de dollars
Langue originale : anglais
Genre : fantastique

La musique du film est composée par Mike Higham et Matthew Margeson. C’est l’un des rares films de Tim Burton où il ne collabore pas avec Danny Elfman.

Liste des titres de la bande originale
Miss Peregrine’s Home for Peculiar Children
Bedtime Stories
Arrival At The Island
A Place Like This
Squirrel Rescue
Enoch’s Dolls
Projecting Dreams
The Augusta
I’ll Be Here Forever
Barron’s Experiment
Barron Revealed
Surprise Visitor
Hollow Attack
Raising The Augusta
Blackpool
Standoff At Blackpool Tower
Handy Candy
Ymbrynes, Ymbrynes, Here I Come
Peculiars Vs. Wights
Two Jakes
Go To Her

 

Miss Peregrine et les enfants particuliers : le mythe renouvelé d’une éternelle enfance was last modified: octobre 18th, 2016 by Thierry Martin

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