Pascal Klein découvre que le tableau accroché dans la chambre d’enfant de son père est une œuvre de Chagall qui a disparu durant la Seconde Guerre mondiale. La recherche de ce tableau entraîne le lecteur dans des univers aussi éloignés que l’art conceptuel, la quête spirituelle d’un homme et des continents aussi distants que l’Europe et l’Asie. Sur fond d’histoire vraie, un roman étonnant. Voilà en effet un livre qui offre des lectures différentes selon l’angle retenu :  pure fiction, il est parfois désarçonnant et déroutant;  en tant qu’autobiographie, il est édifiant. Un témoignage remarquable sur la disparition des œuvres d’art durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Mikaël Hirsch nous livre un roman protéiforme. Partant d’un noyau central qu’est le tableau de Chagall qui a appartenu à sa famille avant d’être volé durant la dernière guerre, l’auteur promène successivement son lecteur dans des univers quelque peu discordants : l’art conceptuel, la vie de Ferdinand de Sastres, les pillages durant la Seconde Guerre mondiale et les atermoiements métaphysiques d’un homme qui cherche désespérément à aimer son père. En vain attend-on, à l’issue du roman, le dénouement qui établira le lien entre ces histoires qui forment un puzzle hétéroclite et déconcertant.

En tant que roman purement fictif, Les Successions est intéressant mais laisse un sentiment d’inachevé : les sujets, hormis peut-être celui abordant Ferdinand de Sastres, sont survolés. On démarre sur les chapeaux de roue avec des réflexions osées et habiles sur l’art, on termine avec les considérations vagues et sans grand intérêt d’un homme qui se cherche et tergiverse.

Oui, mais voilà… Ce qui est raconté dans ce roman est en grande partie véridique – et cela change tout. Ce qui semblait être une histoire assez bancale (qui croirait qu’un tableau de Chagall ait été suspendu au-dessus du lit d’un enfant de 10 ans avant d’être subtilisé ?), à la lumière de cette information, devient une épopée étrange et fascinante. Celle d’un homme qui remonte dans son histoire familiale et fait le lien avec son présent, sa passion pour l’art, ses difficultés avec son père, l’empreinte qu’a laissée la guerre  sur sa famille. Ce roman vaut décidément le détour si le lecteur l’aborde sous l’angle autobiographique.

Reconnaissons par ailleurs à Mikaël Hirsch une érudition empreinte de simplicité et d’humilité, laquelle lui permet de faire passer des idées sans pontifier et avec une certaine pédagogie. L’auteur possède par ailleurs un style clair, académique et par conséquent agréable à lire ; il se prête bien à la narration, un peu moins aux dialogues.

A conseiller si…
… vous êtes intrigué par cette anecdote dont part l’auteur pour dérouler son intrigue : sa famille a véritablement possédé un tableau peint par Chagall, tableau qui a été volé et dont Mikaël Hirsch a retrouvé la trace, mais qu’il ne peut cependant pas récupérer.
… vous êtes curieux de savoir quels arguments les amateurs d’art conceptuel utilisent pour défendre l’exposition d’étrons dans les musées et galeries !

Pourquoi mettre à l’index les déjections, les fluides ou n’importe quoi d’autre? En vertu de quoi, de la bienséance, de la morale, de la culture? Que ma merde entre au musée avec tout le reste, façon Manzoni, et on aura enfin quelque chose de global, de significatif. À force de côtoyer l’Extrême-Orient, je finis par penser que la véritable beauté réside en chaque chose. C’est uniquement dans l’accumulation, dans l’exposition totale que peut naître le grandiose. Je rêve d’un musée universel, contre la sélection des œuvres. Ce musée serait à la taille du monde et le contiendrait tout entier. Le Mundaneum. Autant vous dire que mon point de vue est un tantinet avant-gardiste.

Hélène

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L’éditeur (25 août 2011), 336 p., 18€
Mikaël Hirsch est né à Paris en 1973. Après des études universitaires de lettres et de langue, il consacre une monographie à l’œuvre de John Fante et rédige un DEA sur le mythe du Grand Roman Américain. Devenu libraire, il publie plusieurs nouvelles dans des revues, ainsi que des articles traitant de littérature américaine, ou de Céline.
Depuis mai 2006, il anime un blog. Ce  journal littéraire, en marge de son travail d’écriture, est aussi dédié au monde de l’édition. Son premier ouvrage, Chants de partout et d’ailleurs (Librairie-Galerie Racine), est un recueil de poèmes paru en 2000. Viendront ensuite trois romans, OMICRoN (Ramsay) en 2007, Le Réprouvé (L’Éditeur) en 2010, qui fut particulièrement remarqué par la critique et sélectionné pour le prix Fémina, enfin Les Successions (l’Éditeur) en 2011.

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