Michel Théron livre aux lecteurs d’Unidivers une réflexion particulièrement spirituelle… Ces dernières d’ailleurs sont légion dans son dernier ouvrage qui vient de paraître Des mots pour le dire – L’actualité au fil des jours.

L’humour est le remède essentiel face au sentiment de notre finitude. La vie, comme le dit Hermann Hesse à la fin du Loup des steppes, est une TSF. Pour quelques instants de musique sublime, il faut subir les parasites, les crachotements, les miaulements des ondes folles. Un instant on entend Mozart, l’instant d’après les grésillements, ou le spot publicitaire, ou l’interférence de la station voisine. Mozart violé par de la friture : c’est l’image et c’est la loi de l’existence.

Dans la vie, on ne peut zapper. Il faut donc prendre au sérieux ce qui en vaut la peine, et rire du reste. Admettre le mélange, s’émouvoir quand il y a lieu, et à côté de cela admettre le sordide, le grotesque, et s’en mo­quer. Regarder les choses en farce. L’humour est garantie de santé psychique : il prouve la plasticité de l’être, sa capacité à échapper au refuge stable des certitudes. Il ne s’agit pas de nier l’exaltation, mais l’orgueil de l’exaltation ; une part de banalisation est inévitable. Le tragique demeure, même quand le sérieux disparaît. « Il n’y a pas de sérieux, mais il y a le tragique », dit Montherlant dans Le Chaos et la Nuit. Dans cette existence mêlée, je navigue entre deux interjections, l’admiration et le mépris : la vie est faite de Oh ! et de Bah !

On a défini l’humour comme la « politesse du désespoir » ; ou comme une façon élégante de se sortir d’une situation, sans pour autant se tirer d’affaire. Ainsi faudrait-il, par exemple, mourir avec savoir-vivre. On pourrait dire aussi que l’humour est comme les essuie-glaces d’une voiture : ils permettent d’avancer, mais n’empêchent pas la pluie de tomber.

L’humour est renversement de l’importance habituellement accordée aux choses. Il invite l’esprit à la prudence et au mystère. Que savons-nous du tout des choses ? Savons-nous si nos déterminations à leur propos sont justes ? « Dieu rit quand l’homme pense », dit un proverbe juif. L’humour juif (Chaplin, Woody Allen, mais aussi Freud) peut-être lu comme sentiment et signe de la transcendance absolue de Dieu – ou de l’échec du logos humain. Réhabilitation du petit, dévalorisation du grand, l’humour subvertit les habitudes mentales. Il joint le futile à l’agréable. La parole évangélique : « Les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers », est de ce point de vue totalement humoristique.

Dans un monde d’humoristes, les chefs subjuguant les peuples, les ayatollahs divers, sont impossibles. L’humour est le meilleur antidote au fanatisme. Tout ce qui concerne le rire est tabou dans les cultures closes, psychorigides. Si on commence à rire de quelque chose, où s’arrêtera-t-on ? Dans Le Nom de la rose, Umberto Eco montre qu’un traité d’Aristote sur le rire et la comédie, exhumé en plein intégrisme médiéval, peut être le salut humain de cette époque : le symbole ici est évident. En ce sens l’humour est le plus grand des bienfaiteurs culturels, peut-être le signe des cultures les plus achevées.

Michel Théron

  www.michel-theron.fr

Animula blandula vagula : Âme de diaphane intimité, hôtesse et compagne de mon corps, tu verses vers des lieux délavés, escarpés et dénudés, où ne résonnent tes jeux d’esprit…

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