Au temps de Shakespeare (comme de Molière), le théâtre était populaire. Durée et temps ne se mesuraient pas à la même aune. Véritable feuilleton épique, Henry VI de William Shakespeare déroule une histoire d’Angleterre tragique et violente. Le pari de Thomas Jolly et de la compagnie La Piccola Familia est de rendre proche et accessible cette œuvre unique. Avec des moyens qui ne sont plus ceux dont le théâtre a longtemps bénéficié.

 

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Il faut saluer l’admirable énergie que dégagent tous les membres de la troupe La Piccola Familia. Ils assument tout : plusieurs rôles pour chaque acteur, costumes faits main, mouvements de décors, nettoyage de la scène après un passage singulièrement poignant mais salissant. Ainsi, malgré des choix qui nuisent parfois à l’ensemble (effets sonores et ressorts comiques un peu trop appuyés, notamment lors de la première partie), le résultat est haletant, énergique, enthousiasmant.

Plus la pièce se déroule, plus le tragique et le sombre deviennent prégnants. Et plus ses énergies s’équilibrent, résonnent juste. Plus la mise en scène se met au service du texte. Car en s’effaçant elle-même, cette dernière se fait écrin. Elle ne cherche plus à se démarquer en tant que telle et gagne alors une authentique originalité.

Dans sa mise en scène, Thomas Jolly a su intégrer un éventail de contraintes sans jamais désaxer le texte du  centre, de son incarnation. À cette fin, il peut être mis à distance, moqué, parodié, contourné (plutôt que détourné). Il demeure central, armature vivante, squelette irriguant et inspirant tout. Dans cette perspective, certains spectateurs peuvent regretter le choix « opéra rock gore » du début du cycle II… Le guignolesque outrancièrement « transgressif » ne transgresse plus rien. Dans notre morne époque de « déjà vu », les paires de fesses ou les seins dénudés ne suggèrent plus grand-chose.

D’autant moins quand ces expositions charnelles se voient confronter à la parfaite scénographie d’une scène de la bataille, toute faite d’ombres et de cinglantes lumières rouges, de cris déchirants et de tension sonore. (Point de détail : il serait sans doute bon que les actuelles mises en scène osent… le silence. Le silence sait être un grand allié dramaturgique à celui qui sait le ponctuer. Loin de vouloir sans cesse remplir l’espace « de bruits et de fureurs ». Souvent « pour rien »)

Saluons le colossal travail de la troupe qui prouve que cette œuvre-fleuve – relatant « la lente dégénérescence du monde » (Thomas Jolly) – continue à enseigner.  À nous enseigner les ressorts – grands, fous ou médiocres – du gouvernement des hommes. De quoi constater que le gouvernement des hommes aura simplement perdu des nos jours grandeur et poésie.

William Shakespeare Henry VI mise en scène par Thomas Jolly, Compagnie La Piccola Familia Cycle 1 épisode 1-2 et création Cycle 2 épisode 3, donnés du mardi 5 au samedi 9 novembre 2013 au TNB, salle Jean Vilar.

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Mettre en scène Henry VI par Thomas Jolly : Fougueuse épopée au TNB

La culture est une guerre contre le nivellement universel que représente la mort (P. Florensky) Journaliste, essayiste, musicien, a entre autres collaboré avec Alan Stivell à l'ouvrage "Sur la route des plus belles légendes celtes" (Arthaud, 2013) thierry.jolif [@] unidivers .fr

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