MATHIAS FINK ET MICKAEL TANTER FINALISTES DU PRIX DE L’INVENTEUR EUROPÉEN 2021

    Le physicien et entrepreneur originaire de PaimpolMickael Tanteren binôme avec un autre physicien, Mathias Fink figure dans la liste des 15 finalistes du Prix de l’inventeur européen 2021 (sur une liste de 400 propositions) pour la révolution qu’ils ont instauré dans l’imagerie médicale et dans la détection des cancers (notamment du sein et du foie) depuis les années 90. Ils sont à l’origine d’un système d’imagerie à ultrasons qui permet de sentir l’élasticité des tissus et donc d’identifier de possibles tumeurs cancéreuses sans passer par la case « biopsie » douloureuse et invasive pour les patients, et qui s’avère parfois inutile.

    Derrière leur nomination, il y a une belle histoire, que ce soit autour de l’invention elle-même, de leur parcours et un message optimiste sur les progrès dans la lutte contre les cancers.  

    Mickael Tanter et Mathias Fink sont des « serial » entrepreneurs : ils sont à l’origine de nombreuses autres entreprises, un bel exemple de concrétisation des recherches scientifiques.

    MATHIAS FINK MICKAEL TANTER

    Les deux physiciens français sont nommés finalistes du Prix de l’Office européen des brevets (OEB) pour l’invention d’un système d’imagerie numérique à ultrasons. Une première mondiale : le système combine l’imagerie ultrasonore ultra-rapide et les ondes de cisaillement permettant aux médecins d’identifier les différences d’élasticité des tissus qui peuvent indiquer la présence de tumeur. Résultat : un diagnostic rapide, efficace et non invasif est désormais possible, évitant aux patients de subir des biopsies douloureuses inévitables.

    Munich, le 4 mai 2021 L’Office européen des brevets (OEB) annonce que les physiciens français Mathias Fink et Mickael Tanter sont nommés finalistes du Prix de l’inventeur européen 2021 dans la catégorie Recherche pour leur nouveau système d’imagerie par ultrasons. L’élastographie par ondes de cisaillement (SWE) combine l’imagerie ultrasonore ultra-rapide et les « ondes de cisaillement » supersoniques, ce qui permet aux médecins de diagnostiquer les pathologies des tissus mous, comme le cancer du sein ou les maladies du foie. Pour les patients, le diagnostic est plus rapide et leur évite des biopsies douloureuses et invasives.

    À la croisée des mondes de la physique et de la médecine, Mathias Fink et Mickael Tanter ont utilisé le concept innovant de SWE issu de leurs recherches pour créer un prototype de système d’imagerie qu’ils ont commercialisé au travers de SuperSonic Imagine, une start-up qu’ils ont cofondée en 2005. À ce jour, la société a vendu plus de 2 700 dispositifs qui aident les médecins à établir des diagnostics dans plus de 80 pays à travers le monde.

    « En permettant des diagnostics plus rapides et plus précis, le dispositif de Mathias Fink et Mickael Tanter pourrait changer fondamentalement les différents choix de traitement qui se présentent aux patients » a déclaré le Président de l’OEB, António Campinos, lors de l’annonce de leur nomination au Prix de l’inventeur européen 2021. « L’obtention d’une protection par brevet à la fois pour la méthodologie et la technologie à l’origine de leur invention a été une étape essentielle pour fonder leur société et commercialiser leur technologie à l’international ».

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    Les lauréats de l’édition 2021 du Prix de l’inventeur européen décerné chaque année par l’OEB seront annoncés le 17 juin prochain lors d’une cérémonie qui débutera à 19h00 CEST et repensée cette année en un événement virtuel d’envergure mondiale.

    Suivre les ondes supersoniques pour un diagnostic non invasif du cancer

    Le diagnostic des maladies des tissus mous, comme le cancer du sein, peut être rempli d’incertitudes. Les médecins doivent souvent faire le choix difficile entre un diagnostic négatif – qui peut être fatal s’il est erroné – et la réalisation d’une biopsie invasive pour exclure la présence de la maladie. Toutefois, le développement de l’imagerie SWE de Mathias Fink et Mickael Tanter change la donne, en fournissant aux médecins un outil inédit.

    Le principe de l’imagerie SWE a été examiné pour la première fois par les inventeurs au laboratoire « Ondes et Acoustique » de l’ESPCI Paris – PSL en 1996. À l’époque, Mickael Tanter terminait un doctorat sous la supervision de Mathias Fink. Avec ses collègues Stefan Catheline et Laurent Sandrin, Mathias Fink a imaginé un dispositif simple combinant les ondes de cisaillement – des ondes de basse fréquence qui exercent une « poussée » – et les ultrasons, afin de mesurer l’élasticité d’une substance. Initialement, ils comptaient utiliser leur dispositif pour mesurer la rigidité, et donc la maturation, de certains fromages. Mathias Fink a toutefois rapidement reconnu son potentiel médical, qui permet d’obtenir des indications précises de la rigidité des tissus humains. « Dans chaque tumeur, la structure des tissus est différente » explique Mathias Fink, « et les ondes de cisaillement sont les seules ondes qui permettent de distinguer cette élasticité des tissus ».

    Avec Mickael Tanter, Laurent Sandrin et Jeremy Bercoff, un autre doctorant, Mathias Fink a pu mettre au point la condition préalable essentielle à la SWE : un système d’imagerie ultrasonore numérique ultra-rapide. Premier en son genre, il était capable de générer 10 000 images par seconde. Mathias Fink, Mickael Tanter et Jeremy Bercoff ont ensuite pu créer un prototype de SWE opérationnel en, à la fois, générant des ondes de cisaillement à une fréquence supersonique et en observant ces ondes grâce à l’imagerie ultrasonore ultrarapide.

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    Le système fonctionne en concentrant une impulsion ultrasonore de longue durée sur une zone de tissu et en la déplaçant à une vitesse supersonique, ce qui génère une onde de cisaillement intense. Lorsque le tissu vibre en réponse à cette « poussée », des images ultrasonores sont captées toutes les secondes pour observer comment l’onde de cisaillement se propage dans le tissu. « Notre système crée un film ultra-rapide de sondes de cisaillement se déplaçant dans le corps », explique Mathias Fink. « Grâce à ce film, nous pouvons cartographier la rigidité de n’importe quel tissu ». Une fois ces informations traitées par un logiciel dédié, une carte haute définition est générée, avec un code couleur qui indique l’élasticité des tissus. Les médecins peuvent la visualiser en temps réel en déplaçant la sonde à ultrasons sur la peau du patient, ce qui permet d’exclure rapidement la présence de tissus malades ou d’identifier des anomalies potentielles à examiner plus en détail.

    Muni d’un prototype réussi, Mathias Fink a approché les plus grandes entreprises d’électronique médical, dans l’espoir de trouver un partenaire pour développer son système. Le prototype n’a cependant pas été retenu en raison de ses grandes dimensions et de son architecture logicielle révolutionnaire – à l’époque, les appareils conventionnels étaient tous basés sur un support matériel. Après 10 ans de R&D et le dépôt de deux brevets européens en 2002, les inventeurs ont décidé de se mettre à leur compte pour faire avancer leurs recherches dans le secteur médical et commercialiser leur prototype.

    MATHIAS FINK MICKAEL TANTER

    L’introduction du diagnostic non invasif dans les établissements de santé

    En 2005, Mathias Fink et Mickael Tanter ont fondé la start-up SuperSonic Imagine avec six autres cofondateurs, dont Jeremy Bercoff. En 2006, la start-up a levé ses premiers fonds pour créer dix prototypes, installés, pour les premiers tests, dans des hôpitaux spécialisés dans le traitement du cancer du sein. « Nous avions ce brevet lorsque nous avons créé SuperSonic Imagine. Sans ce brevet, nous n’aurons pas pu réussir à lever 10 millions d’euros», explique Mathias Fink.

    Leur prototype de dispositif SWE s’est avéré très efficace : il a permis de réduire les biopsies inutiles du cancer du sein de plus de moitié. En 2009, SuperSonic Imagine a mis sur le marché son dispositif d’imagerie AixPlorer SWE (les locaux de la société sont basés à Aix- en-Provence). Approuvé pour un usage clinique en Europe en 2008 et aux États-Unis en 2009, le dispositif a depuis été adopté dans le monde entier : en 2017, une étude internationale réalisée sur 1 134 patients a confirmé les avantages de la SWE pour le diagnostic de la fibrose hépatique, une pathologie sous-estimée dans 10 à 30 % des cas. À ce jour, le dispositif SWE de SuperSonic Imagine a été soutenu par plus de 300 publications scientifiques, a servi à des dizaines de millions d’examens cliniques dans le monde et il a été démontré qu’il améliorait la gestion clinique de maladies allant du cancer de la thyroïde au cancer de la prostate, ainsi que des maladies gynécologiques et pédiatriques.

    Aujourd’hui, SuperSonic Imagine est bien établi en Chine et accroît sa présence sur le marché mondial grâce à son acquisition par la société américaine de technologie médicale Hologic, Inc. en 2020. Le marché mondial de l’imagerie médicale devant atteindre 30,1 milliards d’euros d’ici 2024. L’invention de Mathias Fink et Mickael Tanter devrait tirer parti de cette croissance.

    À propos des inventeurs

    MATHIAS FINK MICKAEL TANTER

    Le professeur Mathias Fink est né à Grenoble le 18 octobre 1945. Il a étudié les mathématiques à l’Université de Paris et a obtenu une maîtrise en physique à l’Université Paris-Sud en 1968, avant de décrocher un doctorat en physique des solides à l’École normale supérieure (ENS) en 1970. Il a occupé des postes de professeur à l’Université Louis Pasteur de Strasbourg, à l’Université Paris Diderot et au Collège de France. De 1990 à 2009, il a été directeur du Laboratoire « Ondes et Acoustique » de l’ESPCI Paris – PSL et, en 1997 il a obtenu le poste de professeur à l’ESPCI Paris – PSL qu’il occupe aujourd’hui. Mathias Fink a fondé l’Institut Langevin (CNRS/ESPCI Paris) en 2009 – un institut de recherche sur les ondes et les images – et en a été le directeur jusqu’en 2014. Ses recherches ont conduit à la création de six start-ups : Echosens, Sensitive Object, Time-Reversal Communications, Cardiawave, Greenerwave et SuperSonic Imagine (dont il est toujours actionnaire et conseiller scientifique).

    MATHIAS FINK MICKAEL TANTER

    Le professeur Mickael Tanter est né à Paimpol le 31 décembre 1970. Après des études de licence en génie électrique à Supélec (École supérieure d’électricité), Mickael Tanter a obtenu une maîtrise en acoustique à l’Université Paris Diderot, où il a également décroché un doctorat en physique en 1994. Il a été chargé de recherche au CNRS, le Centre national de la recherche scientifique, à Paris de 2000 à 2005, après quoi il est devenu directeur de recherche à l’INSERM, l’Institut national français de la santé et de la recherche médicale. Il a ensuite occupé les fonctions de directeur adjoint de l’Institut Langevin entre 2009 et 2018, de directeur de Wave Physics for Medicine au sein de l’Institut Langevin de 2008 à 2018, et est maintenant directeur du Paris Institute of Physics and Technology for Health(Inserm/CNRS/ESPCI Paris). En 2005, il a cofondé la start-up SuperSonic Imagine et a également été cofondateur des sociétés Seisme, Cardiawave et Iconeus.

    Mathias Fink et Mickael Tanter détiennent respectivement 42 et 13 brevets européens, dont les brevets EP2561380, EP2342582, EP1866667, EP1546757, EP1998680 et EP1531734 pour lesquels ils ont été nommés pour le Prix de l’inventeur européen 2021.

    MATHIAS FINK MICKAEL TANTER

    A propos du Prix de l’inventeur européen

    Le Prix de l’inventeur européen est l’une des compétitions européennes les plus prestigieuses de sa catégorie. Lancé par l’OEB en 2006, ce prix annuel récompense, individuellement ou en équipe, les inventeurs dont les innovations ont apporté des réponses aux grands défis de notre temps. Les finalistes et les lauréats sont sélectionnés par un jury indépendant constitué d’autorités internationales issues du monde universitaire, des affaires, de la politique, des sciences et de la recherche. Il examine les innovations à l’aune de leur contribution au progrès technologique, au développement social, à la croissance économique et à la création d’emplois en Europe. Le Prix est décerné dans cinq catégories (Industrie, Recherche, Petites et moyennes entreprises, Pays non membres de l’OEB et Œuvre d’une vie). Par ailleurs, les internautes choisissent le gagnant du Prix du public parmi les 15 finalistes en votant en ligne sur popular-prize.epo.org.

    A propos de l’Office européen des brevets

    Avec près de 6 400 agents, l’Office européen des brevets (OEB) est l’une des plus grandes institutions publiques européennes. Son siège est à Munich et il dispose de bureaux à Berlin, Bruxelles, La Haye et Vienne. L’OEB a été créé dans l’objectif de renforcer la coopération sur les brevets en Europe.

    Grâce à sa procédure centralisée de délivrance de brevets, les inventeurs peuvent obtenir une protection par brevet de haute qualité dans pas moins de 44 pays, couvrant un marché de quelque 700 millions de personnes. L’OEB fait aussi autorité au niveau mondial en matière d’information brevets et de recherche de brevets.

    Ce Prix de l’innovation organisé par l’Office européen des brevets (OEB), unique compétition en la matière en Europe, célèbre cette année sa 15e édition. S’il y avait une comparaison à faire, on pourrait dire que c’est l’équivalent de « L’Eurovision de l’innovation ». Les finalistes ont été dévoilés mardi : 15 finalistes répartis dans 5 catégories différentes : « Recherche », « Industrie », « PME », « Oeuvre d’une vie » et « Pays non-membres de l’OEB ».


    Et au-delà de ces finalistes français, il y a 14 autres inventions qui méritent le détour : toutes autour de femmes et d’hommes aux parcours fantastiques qui ont apporté une contribution exceptionnelle à la technologie, à la société et à la croissance économique.

    La cérémonie de remise des Prix (= l’annonce des gagnants) aura lieu le 17 juin 2021 sur www.inventoraward.org

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